Les enfants d’aujourd’hui courent moins vite que leurs parents

Une étude australienne aboutit à un constat inquiétant : les enfants d’aujourd’hui courent moins vite que leurs parents lorsqu’ils avaient le même âge. Les performances baisseraient même de 5 % par décennie. Plusieurs facteurs sont mis en cause, dont l’obésité.




Principalement du fait de l'obésité et de la sédentarité, les enfants d'aujourd'hui courent moins vite que ceux d'autrefois. Et c'est mauvais signe pour le cœur
Assisterions-nous à un certain paradoxe ? Car à regarder les records d’athlétisme, on pourrait croire que l’être humain court de plus en plus vite. Les 9’’95 de Jim Hines sur 100 m aux Jeux olympiques de Mexico (1968) sont longtemps restés le temps de référence mais depuis, le chrono a été amélioré de 3,7 % par Usain Bolt (9’’58). Dans le même laps de temps, l’exploit de Ron Clarke en 1965, qui pulvérisait son propre record sur 3.000 m (27’39’’) paraît peu de chose à côté des 26’ 17’’ réussis en 2005 par Kenenisa Bekele (+ 4,3 %). Pire encore : les 2 h 12’’de Morio Shigematsu sur marathon en 1965 font pâle figure à côté des 2 h 03’ 23’’ que le Kényan Wilson Kipsang vient d’effectuer il y a à peine deux mois lors du parcours berlinois (+ 6,5 %).Mais l’amélioration des méthodes d’entraînement (et peut-être des techniques dopantes…) cachent une réalité bien moins glorieuse. D’après une vaste étude menée par Grant Tomkinson, chercheur à l’université d’Australie-Méridionale (Adélaïde), nos enfants courent de moins en moins vite. Et pas qu’un peu ! En l’espace de 30 ans, les performances auraient globalement baissé de 15 %.Ces travaux, présentés lors du congrès de l’American Heart Association, se basent sur l’analyse de 50 études publiées entre 1964 et 2010, portant sur plus de 25 millions d’enfants répartis dans 28 pays. Il s’agissait en fait de comparer la distance parcourue en un temps donné (entre 5 et 15 minutes) ou, à l’inverse, le temps nécessaire pour finir une course précise (entre 800 m et 3,2 km) pour des enfants et adolescents âgés entre 9 et 17 ans. Depuis 1975, les performances chutent en moyenne de 5 % par décennie.Des enfants moins rapides car plus gros

Ce constat s’applique aussi bien aux garçons qu’aux filles et aux plus jeunes qu'aux plus âgés. Il reste semblable pour différentes régions géographiques du monde mais, en revanche, on note quelques différences entre les pays. Les territoires d’Europe occidentale, l’Australie et la Nouvelle-Zélande semblent enfin se stabiliser et ne déclinent plus. Les États-Unis devraient bientôt les imiter. En revanche, la Chine et le Japon pourraient continuer à sombrer.
La sédentarité constitue probablement l'une des causes expliquant la baisse des performances à la course à pied de génération en génération. © Lars Plougmann, Flickr, cc by sa 2.0

Quelle explication avancent les scientifiques ? Ils mettent en cause plusieurs facteurs, qu’ils soient sociétaux, comportementaux, physiques ou physiologiques. Mais le parallélisme entre la prise de masse graisseuse et la baisse des performances laisse supposer que l’obésité y joue un rôle majeur, et serait même responsable de 30 % à 60 % du déclin des performances, selon Grant Tomkinson.Des résultats inquiétants. Car comme le scientifique le rappelle : « une personne jeune qui n’est pas dans une bonne condition physique a davantage de risque de développer une maladie cardiaqueplus tard dans sa vie ». Il devient donc urgent d’agir pour éviter d’en payer les conséquences dans les prochaines décennies.Davantage de sport pour la bonne santé des enfants

Le chercheur rappelle que les autorités sanitaires préconisent 60 minutes de sport par jour pour les enfants, et qu’il faut développer des politiques pour les encourager à les faire. Malheureusement, selon les chiffres de l’OMS, seuls 20 % des jeunes remplissent le quota. Car même une activité physique dans une association et l’exercice pratiqué à l’école ne suffisent pas toujours à se dépenser autant qu’il le faudrait.Parents et enseignants doivent donc trouver des nouvelles occasions pour pousser les enfants à faire du sport. Mais pas n’importe quel type d’effort, précise Grant Tomkinson. L’activité doit être soutenue et dynamique, et doit faire transpirer. La marche, le vélo et la course à pied sont à privilégier car ils font intervenir des muscles volumineux qui réclament davantage de ressources énergétiques pour fonctionner.Toutes ces mesures permettraient-elles de protéger nos jeunes de pathologies cardiovasculaires ultérieures ? Même pas sûr. Une étude parue cette année dans la revue BMC Medicine se montre même plus exigeante. Les auteurs y préconisent 80 minutes d’activité physique par jour pour les enfants, dont 20 minutes intenses. Un pari qui est loin d’être gagné pour tout le monde…


Cancer : les bactéries intestinales à la rescousse

Les bienfaits de la flore intestinale ne sont plus à prouver. Deux nouvelles études montrent que les bactéries digestives participent à la lutte contre le cancer en améliorant l’efficacité du système immunitaire lors d’une chimiothérapie.

Plus de 500 espèces de bactéries cohabitent dans notre système digestif. Au total, nous vivons avec environ 100.000 milliards de cellules bactériennes, soit dix fois plus que de cellules humaines. Loin d’être nocifs, ces microbes nous sont bénéfiques sur plus d’un point.
Nichées par milliards bien au chaud au fond de nos intestins, des bactéries se nourrissent allègrement des aliments que nous leur fournissons. En retour, elles nous aident à bien digérer et nous protègent contre les envahisseurs en libérant des molécules antibactériennes et en stimulant nos défenses immunitaires.Ces bactéries amies nous aident également à combattre le cancer. C’est en tout cas le résultat de deux nouvelles publications, toutes deux parues dans la revue Science, qui montrent que certainesthérapies anticancéreuses fonctionnent plus efficacement lorsque les microbes intestinaux sont en bonne santé. Elles suggèrent que les antibiotiques et le cancer ne font pas toujours bon ménage.

Le cancer touche 350.000 personnes par an en France. Le succès de la chimiothérapie contre le cancer dépend de la composition de la flore intestinale. © Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0


La flore intestinale optimise les défenses immunitaires

La première étude a été menée à l’Institut Gustave Roussy (IGR) à Villejuif. Les chercheurs de l’Inserm se sont penchés sur le fonctionnement du cyclophosphamide, un médicament utilisé pour traiter différents cancers, comme celui du sein, du cerveau et du sang. Il fait partie de la famille des agents alkylants, qui ajoutent des groupements alkyles à l’ADN et bloquent la multiplication des cellules. Ce médicament est également connu pour stimuler la réponse immunitaire contre les cellules tumorales.Les scientifiques ont tout d’abord donné du cyclophosphamide à des souris atteintes de sarcomes, des tumeurs malignes des tissus conjonctif et musculaire, ou de cancer de la peau. Ils ont ensuite observé les conséquences de la prise de ce médicament sur l’équilibre de la flore intestinale desrongeurs. Après deux jours de traitement, certaines bactéries, s’échappant de l’intestin, se retrouvent dans les ganglions lymphatiques et dans la rate. Une fois arrivées, elles stimulent lesystème immunitaire. « Cette réaction en chaîne, effet secondaire de la chimiothérapie, va s’avérer très utile, explique Laurence Zitvogel, la directrice de l’étude dans un communiqué de presse de l’Inserm. De façon surprenante la réponse immunitaire dirigée contre les bactéries va aider le patient à mieux lutter contre sa tumeur. »Pour mieux évaluer l’importance des bactéries intestinales dans la lutte antitumorale, les scientifiques ont donné aux souris de la vancomycine, un antibiotique qui perturbe la flore intestinale, avant de débuter la chimiothérapie. Leurs résultats sont sans appel : le cyclophosphamide est beaucoup moins efficace chez les souris privées de bactéries digestives.

Utiliser les antibiotiques avec vigilance lors d’une chimiothérapie

Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, une équipe de l'Institut national du cancer à Frederick dans l’État du Maryland (États-Unis) s’est également penchée sur cette thématique. Ils se sont intéressés à l’oxaliplatine, un autre anticancéreux alkylant capable d’inhiber la multiplication cellulaire. Ce médicament peut aussi stimuler la réponse inflammatoire et induire la libération de dérivés réactifs de l’oxygène nocifs pour les cellules.Les chercheurs états-uniens ont injecté ce produit sous la peau de 50 souris atteintes de différents types de cancer et dont la moitié avait reçu un cocktail d’antibiotiques. Leurs résultats vont dans le même sens que ceux des scientifiques français : les chances de survie sont beaucoup plus élevées chez les rongeurs possédant une flore intestinale intacte. « Nous avons été surpris de voir à quel point la flore intestinale influence la réponse immunitaire lors d’une chimiothérapie », explique Girgio Trinchieri, un des participants.L’ensemble de ces résultats met en lumière le rôle primordial des bactéries intestinales lors d’une chimiothérapie. Il montre également l’influence du régime alimentaire, étroitement lié à la flore intestinale, sur notre santé. En faisant attention à l’alimentation et en la complémentant avec desprobiotiques, les médecins pourraient mieux contrôler l’efficacité des chimiothérapies chez leurs patients. Enfin, ces découvertes invitent les soignants à être très vigilants lors d’une prescription d’antibiotiques. Les spécialistes veulent cependant rester prudents : « extrapoler ces résultats chez l’Homme nécessite de plus amples études, indique Cynthia Sears, scientifique à l’université Johns Hopkins à Baltimore. Les antibiotiques sont parfois essentiels pour vaincre des infections chez les patients souffrant de cancer ».