Un jour, le 5 Octobre !SOIT DIT EN PASSANT
05 Octobre 2016
Par Malika Boussouf
journaliste, écrivaine
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Il est des jours comme ça où je ne sais plus vraiment si quelqu’un
se souvient des émeutes du 5 Octobre 88, celles que d’aucuns
aiment à qualifier d’explosion populaire, tandis que ses promoteurs,
les vrais, savent qu’il n’y avait rien de spontané à cette colère.
Même si, supportée de main de maître au départ, la fureur a
dépassé les prévisions de ses concepteurs. A cette époque où
un seul parti régnait sur la respiration des Algériens et où la presse
unique à laquelle un pouvoir bien autoritaire à son goût
ne tolérait aucun dépassement, je travaillais à la Chaîne III de la
Radio nationale. A cette dernière, plus qu’à d’autres, on ne passait
rien. Le moindre souffle des journalistes ou animateurs était
enregistré dans ce que l’on appelle dans le jargon
«le mouchard». J’ignore si, aujourd’hui encore, ce dernier existe,
mais je suppose que oui pour les besoins de contrôle et de
surveillance des services de sécurité. Tout se passait ainsi, en
tout cas, dans les années 80 et 90. Le moindre dérapage ou ce
qui était considéré comme tel, y compris le fou rire à l’antenne,
était dénoncé comme un égarement à sanctionner. On était
plus en embuscade autour de cette chaîne francophone,traitée
déjà par ceux qui officiaient sur la Chaîne I, arabophone, de
mesmar Dj’ha ! On disait d’elle que lorsque la France avait
«vidé» les lieux, elle avait fait en sorte d’y laisser son hizb.
Et nous étions, donc, le «Hizb França» qui, malgré la forte
présence de cerbères qui veillaient à faire respecter les
recommandations du parti, faisait le plus rayonner la culture
algérienne. A la rédaction, nous travaillions par brigade, et
le 5 Octobre de cette année-là, j’étais dans celle qui
préparait le journal de 19 heures. Même si nous avions entendu
dire qu’il se préparait quelque chose, nous n’étions pas
autorisés à en faire état. En quittant le studio, nous avons
appris que beaucoup d’édifices publics avaient été pris d’assaut
puis dévastés, des routes étaient coupées. La police, au
poste de garde, nous conseilla de ne pas bouger.
Comment ne pas courir les rues après ce vent de liberté, malgré
les odeurs de fumée ?
M. B.



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