Abandonnés et solitaires !
Abandonnés et solitaires !
SOIT DIT EN PASSANT
19 Septembre 2016
Par Malika Boussouf
journaliste, écrivaine
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Il est des jours comme ça où, à des moments plus qu’à d’autres
et alors que la ville empeste le mouton en voie d’extinction, on se
dit qu’il n’est pas question de se montrer délicat à l’égard de ceux
qui mettent en marge les aînés de la famille et les coupent d’un
monde, peut-être bancal, mais qui n’en demeure pas moins celui
d’une raison de vivre essentielle. Oui, je sais qu’en général, on
n’aime pas trop s’entendre reprocher un comportement en rupture
avec ce culte des aînés propre à des sociétés comme la nôtre. J’ai
déjà eu à parler de cette facilité déconcertante avec laquelle on se
sent de plus en plus apte à abandonner ses proches quand leur
prise en charge embarrasse la belle- fille, le beau-fils ou les enfants
qui se réveillent un matin délestés de cette gêne qui les empêchait,
jusque-là, de les confier à des centres destinés à abriter les
abandonnés.Je me réjouis de ne pas avoir dans la famille un vieux
ou une vieille qui soit victime d’un tel traitement. Il faut dire que,
aujourd’hui, les valeurs qui interdisaient pareil comportement sont
évoquées avec plus de légèreté. Et pourtant ! Qui pourrait jurer être
à l’abri d’un tel renoncement ? Je n’appelle pas ces endroits «asiles»
mais «dépotoirs» pour parents abandonnés. Il ne faut pas hésiter à
le dire en ces termes. Peut-être qu’appuyer là où ça peut faire mal
aidera à se détourner de l’individualisme qui commande, parfois, les
rapports familiaux ? Car qu’est-ce qui fait que l’on renonce plus
volontiers à son père, à sa mère, à ses grands-parents devenus
encombrants une fois leur devoir accompli ? Il m’est arrivé de regarder
ceux que l’on a fourgués aux autres, désespérés de revoir un jour leur progéniture, et de me demander comment on a fait pour en arriver là !
L’objet de ce billet n’est pas de jouer les moralisatrices, mais de dire
combien les distances que mettent les gens entre eux, sans
s’apercevoir des dégâts que cela produit, sont terrifiantes. En dehors
de ceux qui préfèrent adopter des chiens et des chats, il y en a
beaucoup qui, dans les sociétés occidentales, ont divorcé avec le genre humain. Chez nous, on y va allègrement.
M. B.
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