Le beurre et l’argent du beurre !
SOIT DIT EN PASSANT
21 Mai 2016 Le beurre et l’argent du beurre !
Par Malika Boussouf
journaliste, écrivaine
Malika Boussouf.jpg
[email protected]
Il est des jours comme ça où les reproches d’expatriés algériens à leurs compatriotes
restés au pays me font doucement suer. Je trouve un peu saumâtre de rouler
ailleurs pour son propre compte et de manifester son mécontentement à propos de ce
qui n’avance pas assez vite à leur goût au pays. Il y en a qui n’ont plus jamais remis
les pieds en Algérie depuis leur départ ou qui n’ont jamais envoyé le moindre sou
à leur famille pour le bien-être de laquelle ils prétendaient vouloir s’exiler. Je n’ai,
personnellement, rien contre celles et ceux qui, un jour, ont pris la décision d’aller
tenter l’aventure ailleurs. Quand il y a possibilité de réussir sa vie dans un autre pays,
il ne faut pas réfléchir longtemps et surtout pas faire la fine bouche. Il y en a
beaucoup qui y parviennent, et même brillamment. Ce ne sont pas ceux-là qui
interviennent le plus lorsqu’il faut louer les efforts ou critiquer le retard enregistrés
par l’Algérie. Etonnamment, ce sont ceux qui ont raté leur parcours dans cet ailleurs,
qu’ils s’éreintent à vouloir faire passer pour un milieu idéal à tous points de vue,
qui jacassent le plus. Et pour mieux convaincre de leur intégration, leurs remarques
pleuvent pour le plaisir d’une comparaison vide de sens. J’ai croisé, un jour,
la parfaite incarnation de l’imposture. L’oncle d’une amie proche qui a tout raté là-bas
et qui, ici, va presque s’étouffer en allumant son cigare avant de vous expliquer
comment vous réapproprier le pouvoir citoyen ou débloquer les rouages du système.
Le tout ponctué par des renvois réguliers à des repères du genre «là-bas, chez nous»,
sans aucune bienveillance pour ceux qui n’ont pas eu la révélation et sont restés là,
tout juste bons à applaudir ceux qui les tyrannisent. Je déteste me faire traiter d’abrutie
ou m’entendre dire que je n’ai rien compris à rien sous prétexte que je n’ai pas eu
l’audace d’aller m’épanouir ailleurs. Je reconnais qu’il faut une certaine dose de courage
pour partir. Mais comment ne pas noter l’impudence de ceux qui vouent aux gémonies
un pays et dont le nationalisme s’évapore un matin comme par enchantement ?
M. B.
Atlas-HD-200 B102 B118
Icone I-5000
ZsFa