SOIT DIT EN PASSANT
16 Mai 2016
Abandonnés et solitaires !
Par Malika Boussouf
journaliste, écrivaine


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Il est des jours comme ça où l’on a un mal fou à écouter ou regarder ces émissions diffusées par
la radio ou la télé à des occasions particulières comme les Aïds, le Mouloud ou autres fêtes religieuses.
Des émissions suivies de débats ou des documentaires qui nous confrontent au reflet de ce que nous
sommes, de ce que l’être humain peut renvoyer comme image, lorsqu’il a abandonné sur sa route cette
belle perception que beaucoup d’entre nous ont su préserver de la notion de famille.
Des aînés, ceux-là mêmes qui ont fondé le socle sur lequel se construit et se renforce la personnalité de
chacun. Ils sont, heureusement, plus nombreux, les parents qui font que les leurs n’ont pas, toujours,
envie de couper le cordon ombilical, ce lien qui, s’il venait à se rompre, emporterait avec lui tout ce qui
relie chacun d’entre nous à son histoire. Ce qui a influencé ce billet, c’est la rencontre d’une ombre, d’une
personne que l’on soupçonne de ne plus être qu’un vague souvenir de ce qu’elle a été jusqu’à cette étape
de la vie où l’on croit, parfois, que pour réussir son parcours et avancer plus vite dans la vie, il devient
impératif de se débarrasser de ses aînés. Une façon, jusqu’à ces dernières années, plus occidentale
qu’orientale de vouloir exister par soi-même, sans dépendance familiale, sans boulet au pied. Je redoute,
de plus en plus, ces moments de grande émotion où l’on vient vous démontrer par l’image combien il est
devenu courant de croiser la détresse due à l’abandon.Il n’est pas dans mon intention de jouer les
moralisatrices. Chacun d’entre nous s’arrange avec sa mémoire et sa conscience comme il peut. Mais
j’avoue que les distances que l’on a de moins en moins de scrupules à mettre avec les siens sont terrifiantes.
Ce qui chagrine le plus, c’est que beaucoup ne s’aperçoivent même plus des dégâts induits par la séparation.
L’isolement est terrible. Personne ne peut certifier à celui qui se défait des siens qu’il ne subira pas, un jour,
le même traitement qu’il a infligé à ces derniers. J’ignore si, dans pareille situation,
les regrets peuvent aménager une quelconque réparation.

M. B.