Les vrais boucliers contre le cancer
3. La promotion : deuxième phase du cancer

Retournons au cœur du foyer tumoral naissant. Suite à la phase d’initiation, des cellules tumorales ont fait leur apparition. Lors d’un contrôle d’identité classique, la patrouille immunitaire s’aperçoit que ces cellules ne sont pas comme les autres (leur membrane les trahit). L’alerte est donnée immédiatement : « Des cellules atypiques ont été détectées au niveau du sein droit ! ». Pour guider les forces de sécurité, les patrouilleurs répandent des substances attirantes à leur proximité. L’ordre est donné de les anéantir le plus vite possible. Des protéines (les P53) s’occupent de pousser ces cellules difformes au suicide.
Malheureusement, ce système n’est pas toujours efficace : il dépend notamment de la fatigue de l’organisme, d’un éventuel manque de micronutriments ou de carences alimentaires. Plus le système est défaillant, et plus les cellules cancéreuses se multiplient, deviennent envahissantes. Leur multiplication reste assez lente mais peut prendre de la vitesse en utilisant de nouveaux acteurs : les promoteurs. Il en existe de nombreux mais les plus connus sont certainement les hormones sexuelles (oestrogènes et testostérone notamment) et les facteurs de croissance. La progestérone ou même l’insuline dans certains cancers sont aussi des promoteurs. Or, on sait que cette dernière hormone est excessivement élevée dans le cas d’un surpoids par exemple.
Quand les cancers sont minuscules, et donc invisibles, le comportement est très important : il peut offrir à la tumeur un environnement hostile qui les empêche de se développer suffisamment pour devenir détectable ou à l’inverse, un environnement favorable qui leur permet de grossir à vitesse grand V. Il est donc toujours possible de s’armer de boucliers pour les ralentir, voir les bloquer.

4. Les aliments anti-promoteurs

Certains aliments bien spécifiques sont des boucliers très intéressants contre la promotion. Un chercheur canadien, Richard Béliveau, travaille justement sur ce lien entre alimentation et cancer. Et d’après lui, pas de doute : nos meilleurs boucliers ne sont pas à la pharmacie mais au marché !
Parmi eux, on compte notamment le thé vert qui a un effet inhibiteur indéniable de l’absorption du fer. Quel rapport entre le fer et le cancer ? En plus d’être un facteur de stress oxydatif, il favorise le développement de tumeurs déjà existantes. Les cellules cancéreuses l’utilisent comme facteur de croissance pour se multiplier plus rapidement. Or, des millions de gens sont surchargées en fer à travers le monde, principalement à cause d’une consommation de viande inappropriée. Bien sûr, les carences existent (surtout chez les femmes) mais globalement, l’expression « avoir une santé de fer » nourrit l’illusion que le fer est un nutriment qui « rend fort ». Ainsi, la consommation excessive de viandes est un facteur clé de cancer du côlon. D’autres aliments contenant des flavonoïdes ont ces mêmes propriétés anti-promotrices : les légumes bien sûr, les fruits mais aussi les céréales.
Parmi les fruits, l’un d’entre eux se détache nettement : le jus de grenade. Celui-ci aurait une capacité à pousser les cellules cancéreuses au suicide : on appelle cela l’apoptose. De nombreuses études ont démontré son efficacité mais il semble que les principes actifs isolés dans la grenade ne soient pas aussi efficaces que dans le jus.
Un autre aliment, plus controversé, mérite d’être cité : le soja. Celui-ci réduirait le risque de promotion tumorale, du fait de sa richesse en phytoestrogènes, des hormones végétales qui rentrent en compétition avec les oestrogènes dont l’action de promotion est bien connue désormais. Sa consommation dans les pays asiatiques expliquerait, en partie, leur faible taux de cancer du sein.
Enfin, nombre d’épices peuvent s’avérer utiles dans la lutte contre la promotion. Le curcuma serait par exemple capable de bloquer un signal essentiel à la prolifération des cellules tumorales : le NF kappa B, tout comme legingembre. Les aliacées (ail, oignon, échalote, fenouil, poireau) auraient, tout comme certaines algues comme le kombu ou le wakamé, la capacité de pousser au suicide des cellules anormales.
N’oubliez pas que leurs effets ne s’additionnent pas : ils se potentialisent !