Deuil et drapeaux en berne !
Deuil et drapeaux en berne !
SOIT DIT EN PASSANT
21 Juillet 2016
Par Malika Boussouf
journaliste, écrivaine
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Il est des jours comme ça où une tragédie qui plonge tout un pays dans le
chagrin ne vous épargne rien quand elle vous renvoie, inévitablement,
l’image d’autres corps déchiquetés, d’autres corps sans vie, d’autres
épreuves que l’on a tenté, un jour, ailleurs, de surmonter et qui ont valu
tellement de deuils successifs aux familles et au pays. Une fois la brutalité
du choc quelque peu atténuée et que la colère a cédé le pas aux
interrogations, les questions affluent et parmi elles certaines qui
pourraient aisément passer pour incongrues. Allez savoir pourquoi, en même
temps que je regarde des citoyens français se recueillir et rendre hommage
aux victimes d’un fou furieux qui, un matin, a décidé d’en finir avec la vie en
s’en prenant à celle des autres, je me surprends à compter. Je compte
les journées de deuil décrétées par les uns, concernés en premier lieu, et
celles décrétées par d’autres, indirectement impliqués mais qui n’en font
pas moins une affaire de première importance. Ce n’est pas tant l’acte en
lui-même qui interpelle mais la gravité qu’il suppose dès lors qu’il est annoncé
et aussitôt appliqué. Trois jours de deuil pour les uns quand la situation est
douloureuse, grave et que cela concerne le pays et huit jours pour d’autres,
histoire de marquer une proximité dont personne ne doute avec un
peuple en mal d’autodétermination qui perd de façon naturelle son leader.
Le président Bouteflika semble attaché au chiffre huit. A chaque disparition,
naturelle ou qui survient à la suite d’une maladie, le palais d’El-Mouradia plonge
d’autorité tout le pays dans un deuil qu’il ne conteste d’ailleurs pas, conditionné
qu’il est, dans sa grande majorité, à adhérer sans discuter.Drapeaux en berne,
musique classique et programmes insipides sur les chaînes de radio et de
télévision témoigneront d’une tristesse solidaire qui,au-delà de la symbolique,
finit, fatalement, par se banaliser. Lorsque le deuil est partagé, il est censé
permettre à ceux qui en sont d’œuvrer spirituellement pour recouvrer une part
de sérénité. Mais pourquoi faire autant de zèle quand les intérêts communs
ne sont pas menacés ?
M. B.
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