La justice gèle le rachat d’El-Khabar. Et elle le gèle comment ?
Dans un…… frigo Brandt ? Autant le faire tout de suite, qu’on en finisse ! Je n’ai plus la force de me cacher. Je n’ai plus l’âge des cavales et des nuits passées à fuir les patrouilles de police ou à me terrer comme un rat dans quelque casemate improvisée. Alors, plutôt que de tergiverser, autant passer maintenant aux aveux : oui ! C’est moi l’auteur de ce crime. Oui ! J’ai tué cet homme ! Non ! Je ne suis pas un criminel patenté, un serial killer. Non, je n’aime pas le sang ni ôter la vie à mon prochain. Mais, j’ai effectivement assassiné cet homme-là. Je vous indiquerai volontiers l’endroit où vous pourrez retrouver sa dépouille. Je n’ai même pas cherché à la dissimuler. Il vous sera donc possible de récupérer le corps sans effort particulier. Oui, j’ai un mobile ! Si je n’en avais pas, je serais franchement un détraqué, un fou à enfermer vite fait, car pouvant récidiver à tout moment. Je ne suis pas fou. Et je n’ai pas agi sous le coup d’une pulsion irrésistible, d’une envie incontrôlée d’éliminer un être humain. Non ! J’ai tué volontairement. J’ai tué froidement. J’ai tué méthodiquement. J’ai librement choisi le moment de passer à l’acte. Je savais qu’il fallait le faire à cet instant, et pas à un autre. Oui, je connaissais la personne que j’ai trucidée. C’était même un ami. Mais aujourd’hui encore, 24 heures après le meurtre, je ne regrette rien. Je sais que de le dire ainsi, cela va aggraver les circonstances de mon délit majeur. Mais j’assume pleinement. Oh ! J’ai un maigre espoir de bénéficier de quelque indulgence en révélant que j’ai tué vite, proprement, en faisant le moins souffrir cet ami aujourd’hui passé à trépas par mes mains. Il est mort sur le coup. Et puis, qu’importe si cela ne m’aide pas de préciser qu’il n’a pas mis longtemps à mourir. Car il me faut faire face à mon acte. Je n’ai que mon alibi à brandir en guise de maigre et puérile défense : j’ai tué l’homme, l’ami qui, le matin, en me croisant dans le quartier, m’a salué chaleureusement, puis a déclaré avec un air triomphaliste : «Tu vois Hakim ! Déjà 13 jours de Ramadhan passés !
Ça va vite, hein ?» Le «hein» a été la dernière syllabe prononcée par le malheureux. Voilà ! Maintenant que j’ai avoué, que j’ai soulagé ma conscience,
je peux enfin fumer du thé pour rester éveillé à mon cauchemar qui continue.
H. L. |