A la une/Actualité_La crise pétrolière plus grave que prévu
17 Janvier2016|10h00



L’Etat face à ses faux calculs


Le gouvernement sera-t-il amené à actionner plus tôt que prévu le très contesté
article 71 de la loi de finances 2016 ? Fort probablement, si l’on se réfère à
la nouvelle réalité des cours pétroliers mondiaux.

De fait, les prix du brut évoluent désormais à de nouveaux plus bas jamais atteints
depuis douze ans et, surtout, pas du tout prévus, lors de l’élaboration du budget
de l’Etat pour l’année qui commence.
Alors que le baril de brent, qui sert de référence
pour l’Algérie, ne vaut plus que quelque 29,20 dollars actuellement, les recettes
et les dépenses prévues dans la loi de finances 2016 sont basées, elles, sur un prix
de référence fiscale du brut à 37 dollars et un prix réel du marché à 45 dollars.

A ce calcul, le déficit budgétaire prévisionnel pour l’année en cours sera de l’ordre
de 3237 milliards de dinars, tandis que le solde du fameux Fonds de régulation
des recettes (FRR) devra se contracter, après prélèvement pour financer
le déficit du Trésor, à seulement 1797 milliards de dinars.

Or, toute cette arithmétique budgétaire, déjà porteuse en l’état de graves déséquilibres
pour les finances publiques, semble être d’emblée faussée par la nouvelle réalité
des cours pétroliers, qui se situent désormais - excusez du peu !- à moins de 7 dollars
de celui de référence fiscale de la loi de finances et à moins de 15 dollars de celui qui
fonde le cadrage réel du budget de l’Etat.
Que fera donc le gouvernement pour rectifier
sa copie et éviter un épuisement accéléré des ressources financières de l’Etat, sachant
que le nouveau dévissage vertigineux que viennent d’amorcer les prix du brut, risque
de perdurer, voire de s’accentuer, selon de nombreux analystes ? Voté par l’Assemblée
populaire nationale (APN), presque «malgré» elle, l’article 71 de la loi de finances offre
une petite sortie de secours à l’Exécutif, mais qui risque de vite s’avérer socialement
et politiquement trop coûteuse.
Cet article, qui outrepasse les attributions du pouvoir
législatif, donne pour ainsi dire une sorte de pouvoir «discrétionnaire» au ministre des
Finances de geler ou d’annuler à tout moment et sans passer par le Parlement des
financements déjà votés par ce dernier, et ce, dans le cas où les équilibres budgétaires
prévus viennent à être faussés.
Ce scénario étant déjà de mise, le gouvernement pourrait
donc recourir à cette solution politiquement périlleuse, qui consisterait à geler des projets
d’investissements en sacrifiant au passage quelques salaires et emplois. A défaut
ou même peut-être en même temps - il pourrait être amené à renoncer ne serait-ce que
partiellement à sa position dogmatique de ne pas recourir aux financements extérieurs,
en sollicitant dès à présent quelques emprunts auprès de créanciers internationaux.

Quoi qu’il en soit, la crise de la rente pétrolière étant désormais installée pour longtemps,
le gouvernement devra tôt ou tard opérer des choix économiques douloureux, même s’il
dispose encore de quelques subterfuges, dont ses responsables se servent habituellement
pour ne pas perdre complètement la face.
Et tandis qu’aucune alternative hors hydrocarbures
ne s’offre au pays à court terme, toutes les hypothèses convergent actuellement vers
l’imminence d’un retour à l’endettement extérieur et surtout vers de nouveaux tours de vis
dans la politique de rigueur et d’austérité. 

Akli Rezouali