SOIT DIT EN PASSANT
23 Avril 2016

J’avais deux amours !
malika boussouf
journaliste, écrivaine


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Par Malika Boussouf
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Il est des jours comme ça où lorsque, à Alger-Centre, j’emprunte la rue Khelifa-Boukhalfa,
deux adresses que j’affectionnais particulièrement il y a un certain temps déjà insultent
mon regard. Le Feu de Braise, ce restaurant à la carte raffinée, remplacé, depuis, par
une supérette, sans doute plus rentable pour les héritiers, et l’ancien cinéma Le Français,
en piteux état depuis que l’on a échoué à en faire une cinémathèque digne de ce nom.
Les deux enseignes m’étant chères pour des raisons différentes, je remarque à chacun de
mes passages l’état honteux du bel ouvrage qui côtoyait, à sa façon, l’une de mes cantines
favorites comme je l’appelais dans les années 80. C’est là, pas loin de la rue Zabana,
que nous allions goulûment rompre le jeûne pendant le Ramadhan. Lorsque nous étions
de brigade à la rédaction de la Chaîne III, le Feu de Braise nous faisait oublier que nous
n’étions pas à la maison.De l’autre côté de la rue, campait une belle entrée de cinéma,
aujourd’hui triste à en pleurer. Je me demande de qui relèvent ces lieux si affreux?
Ils pourraient bien avoir appartenu à des privés spoliés de leur bien pour des raisons inconnues.
Il se peut, aussi, ce qui paraît le plus évident, qu’ils soient la propriété d’un Etat trop occupé ailleurs.
Il est clair, en tout cas, que les responsables chargés de promouvoir la vraie culture en
Algérie lui préfèrent les grandes manifestations et les énormes dépenses.
Quel joli souvenir je garde de cette salle qui avait abrité mes premières curiosités d’adolescente.
La Piscine de Jacques Deray, et un après-midi de libre au lycée ! Nous n’avions pas 18 ans et
aurions dû attendre encore deux ans pour voir le film. L’idée coquine de demander à un adulte
de nous acheter les tickets nous aura permis de contourner l’interdit.A l’entrée, la placeuse ne posait
pas de questions. A nous les yeux magnifiques de Maurice Ronet que je préférais à ceux d’Alain Delon !
C’est là que nos rêves les plus fous s’élaboraient. Depuis quelques jours, le dépotoir est en travaux.
A qui le destine-t-on ? A nous, j’espère ! Histoire de ne plus croire que la culture se fait ailleurs !


M. B.