SOIT DIT EN PASSANT
16 Mars 2016
Affronter ou capituler ?
Malika Boussouf

Journaliste, écrivaine

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Par Malika Boussouf
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Il est des jours comme ça où, tout à fait par hasard, à l’occasion d’une simple évocation
sans lien réel avec l’immédiat, il nous arrive d’être submergé par les images d’une
Algérie qui résiste. Et alors que l’on se surprend à faire l’inventaire des qualités qui font
qu’elle ne capitule pas, on pense inévitablement à sa sœur jumelle. Celle qui, au contraire,
a décidé, un jour, de finir réfractaire à toute idée d’aller de l’avant. Les flash-back sont là,
nombreux, qui, comme dans un film de science-fiction, vous projettent dans une atmosphère
que votre mémoire a gardée intacte parce que réconfortante. Dans le même temps et comme
dans une séance d’automutilation, vous renouez avec cette autre Algérie qui accueille de
plus en plus fraîchement les promesses qu’elle sait sans issue.
S’il est vrai que lorsque l’on est aux manettes du pays on se fait vite aux explications hasardeuses,
il est tout aussi vrai qu’il faut un imaginaire en béton pour survivre aux rêves qui volent en éclats.
Et si surfer sur le désarroi des gens devient une pratique courante, la démission côté résistance
prend, elle, une ampleur inquiétante tant il devient difficile d’avancer quand on veut réussir.
Bien sûr que des populations sont régulièrement mécontentes et qu’elles ont au quotidien des
raisons essentielles d’exprimer leur colère. Mais alors, qu’est-ce qui renvoie l’image
d’un pays amorphe qui a renoncé à arracher ses droits ? Qu’est- ce qui pousse à croire que
la revendication ne mène à aucun résultat, et qu’en troquant cette dernière contre de l’adhésion
au discours dominant, on a plus de chances d’arriver à ses fins ? Même si je me dis que l’on
ne peut, en haut lieu, se permettre d’éviter indéfiniment de fournir les réponses qui s’imposent,
je ne peux m’empêcher de trouver redoutable cette propension
à tout ramener à ceux qui nous dirigent et qui n’ont pas réfléchi longtemps avant
de trahir l’espérance. Si en 54 ans d’indépendance,les choses ont quelque peu progressé aux yeux
des uns, elles n’ont pas assez abouti au goût des partisans du travail acharné qui refusent
de brader la valeur travail contre le gain facile.

M. B.