L’Algérie exige des excuses de la France. Des
excuses ? Pourquoi des excuses ? Les ……appartements ne sont pas assez
confortables à Neuilly ? Tout le monde est sur le pont. Sellal a convoqué le gouvernement dans son ensemble. Même le Premier ministre, Bouchouareb, est là ! Réunion de crise. Que dis-je ? Cellule de crise ! Avec un seul point inscrit à l’ordre du jour de cette rencontre : keskecé que ça, le «désaccord majeur ?» Faut dire que depuis la démission en France de la ministre de la Justice, Christine Taubira et depuis surtout sa phrase énigmatique «je suis partie suite à un désaccord majeur», l’Algérie de la gouvernance est en émoi. Qu’a voulu dire cette femme à travers cette formule ésotérique ? Il ne faut jamais oublier que la France, vue d’Algérie, ce n’est pas n’importe quel pays. Et une ministre de la Justice qui balance un cryptogramme, un rébus pareil, «j’ai démissionné suite à un désaccord majeur», c’est tout simplement préoccupant, pour ne pas dire hautement intrigant, voire profondément inquiétant. Sellal a procédé à un tour de table rapide. Sait-on jamais ! Peut-être que dans la salle du Conseil des ministres, il s’en trouverait un qui aurait déjà la clé à cette histoire de la «démission suite à un désaccord majeur». Regards gênés de l’ensemble des présents. Regards penauds même. Personne n’a compris ce qu’a voulu dire Taubira. Le ministre de l’Intérieur, en homme de l’ordre et de la discipline, a alors proposé de segmenter la formule en deux, pour mieux la disséquer, et peut-être enfin la décoder. Donc, d’un côté, le mot «Démission» et de l’autre un mot et un adjectif «Désaccord» et «Majeur». Ensuite, Sellal a chargé le ministre des Sports de chronométrer la séance. Et de donner le top départ à une demi-heure pour le gouvernement ainsi scindé en deux afin qu’il travaille à déchiffrer les deux blocs du mystère Taubira. Au bout d’une demi-heure, Benghebrit, la ministre de l’Education, a ramassé les feuilles et les a remises au Premier ministre – pas Bouchouareb, l’autre- non sans faire la moue devant des fautes grossières que son regard perçant a relevées au passage sur plusieurs copies. Et là, rien ! Aucune des deux équipes n’a trouvé la solution. Ni pour «Démission». Ni pour «Désaccord Majeur». Le brouillard total. Le smog intégral. Le trou noir. La séance a donc été levée sur ce gros point d’interrogation. Le mystère Taubira restait entier. Dans le communiqué sanctionnant traditionnellement les Conseils des ministres, tout un paragraphe a cependant été consacré à l’excellence des relations entre Alger et Paris, à leur exemplarité
et à l’accord majeur qui régit la coopération entre les deux pays.
Je fume du thé et je reste moi aussi en accord majeur avec mon cauchemar qui continue.
H. L. |