Des terroristes habités par l’amour ?
SOIT DIT EN PASSANT
03 Juillet 2016
Des terroristes habités par l’amour ?
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Par Malika Boussouf
journaliste, écrivaine
Par Malika Boussouf
[email protected]
Il est des jours comme ça où je me trouve stupide de ne pas avoir compris
plus tôt qu’il y avait des terroristes «habités par la haine». Lorsque dans
un discours à la nation française et alors qu’il rendait hommage à un
couple de policiers sauvagement assassinés, le président Hollande a
prononcé la phrase, j’ai cru halluciner. J’ai spontanément supposé que si
le chef de l’Etat français avait tenu à dénoncer la tuerie en employant ces
termes, c’est qu’il était sans aucun doute convaincu de l’existence de
terroristes habités par l’amour ! Pourquoi évoquer un chef d’Etat qui n’a aucun
rapport avec ce qui se passe chez nous ? Comme l’ancienne puissance
coloniale garde toujours un l’œil rivé sur le reste de la planète et donc sur
nous, je ne vois pas pourquoi je me priverai du plaisir de relever les
incohérences ou les bourdes, si l’on préfère, que je trouve bien amusantes,
de son magistrat suprême. Et comment ne pas applaudir, par ailleurs, les
propos de celui par la voix duquel j’apprends qu’il y a une distinction à
faire entre les terroristes qui portent la haine en eux et ceux qui seraient
habités par l’amour de leur prochain et une générosité de cœur qui les
affranchiraient des premiers ? Et pendant que l’on s’éreinte à comprendre
comment un profil lambda peut passer d’un état d’esprit serein à un autre
aussi troublant par la violence qu’il incarne, un chef d’Etat s’adresse à
ses administrés dans un langage qui contredit le fait que pour se comporter
comme il le fait, il faut incontestablement que le terroriste ou celui qui
s’entraîne à le devenir soit mû par des sentiments violents.Je serais française,
j’aurais du mal à croire que l’on travaille à me protéger parce que je ne peux
pas imaginer un apprenti égorgeur habité par autre chose que la haine.
Du coup, allez savoir pourquoi je repense à ces thrillers où l’on regarde,
impuissants, le héros s’asseoir sur un lit sous lequel est cachée une bombe.
De l’autre côté de l’écran, on lui crie en vain de courir se mettre à l’abri. On sait
que notre agitation est inutile. Il ne nous entend pas.
M. B.
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