Antonio Guterres remplacera Ban Ki-moon
ONU
le 07.10.16 | 10h00
Le Portugais Antonio Guterres a obtenu hier le soutien unanime des
15 membres du Conseil de sécurité pour devenir le neuvième
secrétaire général des Nations unies.
Se voulant homme d'action et de consensus, l'ancien Premier ministre portugais,
Antonio Guterres, soutenu hier pour être le prochain secrétaire général de l'ONU,
est un socialiste modéré, catholique et pro-européen, qui a gagné ses galons en tant
que Haut commissaire de l'Onu aux réfugiés (HCR). Plus convaincant que ses rivaux
dès les auditions passées à la mi-avril devant l'Assemblée générale, l'ex-patron de
l'agence onusienne pour les réfugiés s'était imposé comme favori à la succession de
Ban Ki-moon en remportant tous les scrutins indicatifs organisés au Conseil de
sécurité. Jonglant avec aisance entre français, anglais et espagnol, cet homme
de 67 ans au sourire discret, cheveux grisonnants tirés sur le côté, a promis
alors de dynamiser la bureaucratie onusienne «Il y a trop de réunions, avec
trop de participants et pas assez de décisions.» Mis à l'épreuve par la plus
grave crise de réfugiés depuis des décennies en raison de la guerre civile en
Syrie, il n'a cessé de lancer des cris d'alarme à la communauté internationale
pour plus de solidarité envers les millions de migrants et demandeurs d'asile.
Tribun
Le bilan de ses deux mandats à la tête du HCR (2005-2015) est également marqué
par une réforme de son organisation interne, qui a permis de réduire le personnel
basé à Genève afin d'augmenter sa capacité d'intervention d'urgence à l'international. Ingénieur de formation, né à Lisbonne le 30 avril 1949, Antonio Guterres entame son
parcours politique au sein des mouvements catholiques avant d'entrer au Parti socialiste portugais (PS), pour lequel il milite au lendemain de la Révolution des œillets de 1974,
qui a mis fin à près de 50 ans de dictature. Elu député de la première législature en
1976, Antonio Guterres a longtemps siégé au Parlement, gagnant dans les joutes
oratoires une réputation de tribun au verbe facile qui lui a valu le sobriquet de
«marteau-piqueur parlant».En 1992, il devient secrétaire général du Parti
socialiste, alors dans l'opposition. Sous la direction de cet homme d'appareil
à l'allure simple et affable, les socialistes remportent les législatives d'octobre
1995, une victoire qui le propulse au poste de Premier ministre. Le Portugal
connaît alors une période d'expansion accélérée et de quasi-plein emploi, qui
permet à M. Guterres de créer le «revenu minimum garanti», une de ses
mesures phare, et de faire passer dans l'opinion l'image d'un homme politique
ouvert au dialogue.
Diplomate
Cet Européen convaincu se fixe pour objectif prioritaire l'entrée dans l'euro, pari qu'il remporte avec succès. Reconduit après les législatives de 1999, Antonio Guterres
restera dans l'histoire comme le premier chef d'un gouvernement minoritaire à mener
son mandat à terme depuis l'avènement de la démocratie au Portugal.Ses détracteurs, notamment au sein du PS, lui reprochent cependant d'avoir contribué à la
victoire du «non» lors du référendum de 1998 sur la dépénalisation de
l'avortement, car ce fervent catholique n'a jamais caché ses réticences à l'égard
de l'interruption volontaire de grossesse. Lorsque le Timor oriental, ancienne
colonie portugaise, est ravagé par les massacres de milices pro-indonésiennes
en 1999, après la victoire des partisans de l'autodétermination au référendum,
M. Guterres met en œuvre toute son habileté diplomatique pour parvenir à convaincre la communauté internationale de la nécessité d'une intervention
des Nations unies.Au premier semestre 2000, sa présidence tournante
de l'Union européenne est considérée comme une réussite, grâce à
l'organisation du premier sommet UE-Afrique et à l'adoption de l'Agenda de
Lisbonne pour la croissance et l'emploi. Pourtant, au Portugal, sa popularité
faiblit. La conjoncture économique se détériore et M. Guterres apparaît
incapable de donner un nouveau souffle à son second gouvernement. Fin 2001,
les socialistes perdent les élections municipales et leur secrétaire général démissionne du poste de Premier ministre sur-le-champ, à mi-parcours
de son mandat.Président de l'Internationale socialiste déjà depuis 1999, il
abandonne alors la vie politique portugaise pour se consacrer à sa carrière diplomatique à l'étranger. Depuis, son nom revient tout de même parmi les
candidats potentiels à chaque élection présidentielle au Portugal, mais il a
toujours refusé d'endosser ce rôle d'arbitre : «J'aime l'action, le terrain, les
choses qui m'obligent à intervenir en permanence.» M. Guterres a eu deux
enfants avec sa première épouse, décédée en 1998. Il s'est remarié depuis.
Agences



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