Kiosque
Chronique du jour
25 Mai 2015
Un siège plus grand pour la Ligue arabe

Par Ahmed Halli
[email protected]

Humour égyptien : l'ex-président Morsi, issu du mouvement des Frères musulmans, va être jugé pour «outrage à magistrat», risquant ainsi une lourde amende, voire une peine de prison sévère. Ceci, sachant que Morsi est déjà condamné à mort pour son évasion «illégale» et mortelle lors de la «révolution» de janvier 2011, de la prison du Caire où l'avait enfermé Moubarak. Théoriquement, Morsi et ses compagnons devraient être exécutés, après l'avis favorable du mufti de la République, conformément à la tradition égyptienne, scrupuleusement respectée. Quant aux actes terroristes qui se commettent actuellement en Égypte, au nom de Morsi et du mouvement des Frères musulmans, l'ex-président ne peut pas en être accusé, l'alibi de la prison jouant à fond. De plus, les dirigeants islamistes d'Égypte, relayés par leurs porte-voix arabes, ne cessent de protester de leur pacifisme, pendant que leurs troupes tuent sans désemparer. Et puis, pourquoi se casseraient-ils la tête à nier des crimes qui sont désormais revendiqués, séance tenante, par le nouveau bras armé de l'islam politique, j'ai nommé Daesh ? Pourquoi les nouveaux «soldats de l'islam» se priveraient-ils d'occuper des espaces que la géographie et l'idéologie, ainsi que la grande stratégie de Washington leur livrent sans coup férir ?
Humour onusien : le Conseil de sécurité des Nations-Unies décrète que Daesh, ou l'État islamique doit être vaincu (!!), et ce alors que Palmyre (Tadmor) est tombée comme un fruit mûr. La cité de la reine Zénobie était, depuis des mois, sous la menace des milices islamistes, sans que les Occidentaux s'en émeuvent et tentent de l'enrayer. Du côté des potentats locaux qui condamnent du bout des lèvres les crimes et destructions des islamistes, on sait quel genre de patrimoine et quels trésors de l'humanité les intéressent. Pour leur part, les coalisés occidentaux obéissent à une tactique qui tient en quelques mots : attendre et voir venir, traduction libre du célèbre «wait and see» anglo-saxon. Cet attentisme a été confirmé par les déclarations du sénateur américain, John McCain, qui a affirmé que 75% des avions de la coalition ne faisaient que des vols de routine et ne lâchaient pas une seule bombe. De là à suggérer que ces appareils battaient des ailes, en signe d'amitié, lorsqu'elles survolaient une colonne de Daesh... Avec la chute de Ramadi en Irak et le phagocytage de l'opposition armée syrienne par les milices islamistes pro-Daesh, on voit se dessiner les contours de cet État islamique, mobile et extensible à volonté. Du coup, la thèse d'un plan de l'architecte américain en vue d'agrandir le siège de la Ligue arabe, pour y accueillir encore plus d'Etats, se précise.
Les actuels membres risquent, en effet, de s'y sentir bientôt à l'étroit, avec l'afflux de nouveaux adhérents.
Pour le chroniqueur égyptien Ahmed Meslamani, considéré à juste titre comme l'héritier du grand Hamdi Qandil, la théorie du complot américain pour redessiner la carte du monde arabe ne fait aucun doute. Il a affirmé ce samedi sur le plateau de la chaîne satellitaire Al-Hayat que l'objectif était sans nul doute de faire de Daesh une «grande puissance» dans la région. Il a rappelé qu'en l'état actuel des choses, la moitié de la Syrie était entre les mains de l'État islamique, alors Baghdad était désormais à une heure de route seulement de Ramadi, bastion avancé de Daesh. Notre confrère s'est étonné que ces conquérants aient pu mener une nouvelle «guerre des Six Jours», en battant l'armée syrienne et l'armée américaine en moins d'une semaine. «Qui est cette puissance extraordinaire qui peut battre deux armées et conquérir deux villes stratégiques de façon quasi simultanée ?» Si ce n'est pas dans ce but, «on ne comprendrait pas pourquoi depuis un an, les États occidentaux, Washington en tête, ne font rien depuis un an pour s'opposer aux avancées et aux conquêtes de l'État islamique», a affirmé Ahmed Meslamani dans son émission «Sawt-Al-Kahéra» (la Voix du Caire). Le raisonnement est logique, mais il pèche par omission, car lorsque le journaliste évoque la complicité entre Daesh et l'Occident, il met de côté le rôle de l'Arabie Saoudite. Il est vrai qu'on ne peut pas trop demander à un défenseur affirmé du partenariat stratégique entre l'Égypte et le royaume wahhabite.
Quant à la «victoire» militaire des islamistes à Palmyre (Tadmor), elle ne serait pas due à une supériorité militaire des assaillants, mais à un repli tactique des troupes syriennes, selon le magazine en ligne Transparency.
Ce dernier affirme, en effet, que Bachar Al-Assad, moins soucieux d'archéologie et d'histoire que de survie de son régime, a décidé de concentrer son effort de guerre sur le «pays utile». Damas aurait donc donné l'ordre à son armée d'opposer une résistance de pure forme, avant d'évacuer la ville avec armes et bagages. Du même coup, Assad met les puissances occidentales au pied du mur en laissant Daesh s'emparer de la ville antique et s'employer à détruire ses sites historiques.
Un scénario presque identique aurait présidé à la chute de Ramadi, en Irak, puisque les militaires américains eux-mêmes ont affirmé que l'armée irakienne s'était retirée sans combattre. C'est le commandant en chef du corps d'armée, chargé de défendre la ville, qui a décidé d'opérer un retrait et de se positionner sur un site plus facile à défendre. Seulement, et contrairement aux Syriens, les soldats irakiens ont «oublié» là aussi une quantité impressionnante de matériels militaires. Sans doute, est-ce le prélude à une autre intervention iranienne plus massive et plus directe, avec la bénédiction de Washington, bien sûr.
A. H.


A. H.