Kiosque arabe
Chronique du jour
16 Mars 2015
L'alternative du diableKiosque arabe
Par Ahmed Halli
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Qui a reconquis la ville de Tikrit, en Irak, occupée par Daesh ? C'est l'armée irakienne, appuyée par des milices chiites, répondent les communiqués officiels. Rien n'est plus faux, répliquent des comptes-rendus de presse, provenant de la ville après la bataille. Il se confirme, en effet, que s'il y a bien des milices chiites dans la bataille de Tikrit, la seule armée engagée est celle de l'Iran. Nous voici donc à nouveau au cœur de l'équation religieuse et du conflit intercommunautaire, avec d'un côté le «califat» sunnite, les «méchants», et de l'autre les «gentils» chiites libérateurs. À première vue, entre l'enfant monstrueux, venu d'Europe, assassinant sans frémir un pseudo-espion israélien, et le général iranien Suleïmani, le vainqueur de Tikrit, il n'y a pas photo. La sauvagerie des brigands de Daesh, qui se réclament d'un sunnisme sanglant enrobé de versets et de hadiths, suffit à faire accepter le «péril persan». Depuis des mois, ces bourreaux ont commis tant d'horreurs que n'importe quel envahisseur, aussi malintentionné qu'il fût, serait accueilli en héros. On en viendrait presque à y croire et à se jeter dans les bras de Téhéran, pour défaire l'étreinte de Djeddah, s'il n'y avait pas la même lueur de fanatisme dans le regard de l'une et de l'autre.
Comme pour signifier qu'un califat rétrograde peu en cacher un autre, un représentant des mollahs a salué cette victoire historique et prédit la restauration de l'Empire perse sassanide(1), avec Baghdad pour capitale. C'est en substance ce qu'a affirmé Ali Younsi, conseiller du «modéré» président iranien, après l'entrée triomphale(2) des troupes iraniennes dans Tikrit. Quelques jours auparavant, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud Al-Fayçal, avait déclaré que l'Iran exerçait désormais sa domination sur l'Irak, comme en témoignait la présence du général iranien Kassem Suleïmani. Il avait également cité comme forces d'intervention iranienne, le «Bataillon Al-Quds», fer de lance des «Gardiens de la révolution», ainsi que le «Bataillon Badr». La presse du royaume s'emploie d'ailleurs à entretenir un certain alarmisme concernant les visées iraniennes sur une partie du monde arabe, ce qui contrarierait évidemment les projets du wahhabisme. Je ne vois toujours pas au nom de quoi nous serions sommés de choisir entre la peste et le choléra, pourquoi l'on devrait se résigner à l'alternative du diable. Ceci étant, et dans les cas de violente tempête, il est parfaitement compréhensible que l'on se jette sur Charybde, juste pour éviter Scylla.
Bref, ayons le sens des opportunités, comme nous l'enseignent si bien des organisations aguerries comme les Frères musulmans, avec leurs branches orientales et maghrébines, ou leurs théologiens attitrés. Même lorsqu'ils ne sont pas d'accord avec les méthodes de Daesh, les islamistes du monde arabe argumentent sur des problèmes de forme et non pas de fond. Ainsi, lorsqu'ils voient les supporters, forcés ou consentants, de l'État islamique, lapider une femme pour adultère, ils ne sont pas choqués par la cruauté du châtiment, mais par les carences du jugement. Ils ne remettent pas en cause la sentence et son exécution, mais demandent pourquoi le partenaire adultérin est absent, et pourquoi on ne voit pas les quatre témoins de l'acte délictueux. «S'il n'y a que ce détail qui vous pose problème, nous allons y remédier à la prochaine lapidation», pourraient rétorquer les théologiens de Daesh, qui puisent dans le même arsenal. Et il est fort à parier, comme le note notre confrère syrien Alouane Zaïtar, que les juges et bourreaux de l'État islamique tiendront compte de ces réserves de forme, lorsqu'ils commettront de nouveaux crimes.
D'où la nécessité de rénover, voire de changer le discours religieux, comme le réclament depuis des siècles les esprits les plus éclairés du monde musulman, sans qu'ils soient entendus. Parmi ces contestataires, plus intéressés par la qualité de la lame que par l'usage qui en est fait, on pourrait ranger Al-Azhar, selon notre ami Khaled Mountassar, pourfendeur de la bêtise de l'ignorance sacrée. Dans un récent article, paru sur le journal électronique arabe El-Watan, il s'étonne que le recteur de l'institution millénaire ait recommandé la lecture du livre d'un guide des Frères musulmans. Il s'agit de l'ouvrage de Hassan Hodheibi, intitulé Prêcheurs et non pas juges(3), publié dans les années soixante-dix et considéré comme un rejet de l'utilisation de la violence. Khaled Mountassar estime, en effet, que ce n'est pas la meilleure manière de répondre au discours intolérant des Frères musulmans que de citer l'un de leurs dirigeants. Or, dit-il, lorsque Hodheibi prêche la persuasion, c'est juste comme une première étape avant l'action et la soumission des gens au diktat de l'organisation. Comme tous les militants et dirigeants de son mouvement, Hodheibi estimait que sa piété et sa dévotion l'élevaient au-dessus du commun des mortels. Pourquoi au lieu de Hodheibi, ne pas conseiller la lecture du magistrat Mohamed Saïd Achemaoui, qui est l'un des rares à avoir démonté les ressorts de l'Islam politique(4) ? interroge Khaled Mountassar, qui ne se fait guère d'illusions, d'ailleurs, sur la capacité d'Al-Azhar à se réformer. Quant à croire que l'institution est capable de rénover le discours religieux, il n'y a que Sissi qui semble encore le croire.
A. H.
(1) La dynastie sassanide qui englobait l'Irak et une partie de la Syrie et de la Turquie, avant de disparaître après les conquêtes arabes, avait pour capitale Cétiphon, appelée Al-Madaïn (les villes) par les Arabes. Ce n'est pas par hasard que la chaîne satellitaire fondée par le transfuge d'Al-Jazeera, Ghassan Bendjeddou, s'appelle aussi Al-Madaïn.
(2) Je ne peux m'empêcher, à ce propos, de rappeler la mésaventure d'un confrère de la Radio Chaîne 3, au moment de la guerre indo-pakistanaise pour le Bangladesh, dans laquelle l'Algérie soutenait alors le Pakistan. Arrivé in extremis au studio pour le flash de 17h, et sur la foi d'une dépêche d'agence, il avait annoncé «l'entrée triomphale des troupes indiennes» dans Dacca. Licencié pour avoir eu raison trop tôt, puisque l'Algérie a fini par reconnaître le Bangladesh, notre confrère n'a jamais digéré sa «sortie décevante» de la RTA.
(3) Le livre publié en 1977, soit quatre ans après le décès de son auteur présumé, a suscité des doutes. Les idées défendues étaient en contradiction avec l'idéologie dominante professée alors par le livre de Sayed Qotb, Repères sur la route, que Hodheibi avait lui-même préfacé. Les véritables auteurs seraient des dirigeants du mouvement des Frères musulmans, sous la coupe des services égyptiens.
(4)«L'Islam politique» de Saïd Achemaoui, a été réédité en Algérie, en 1990, par l'ENAG, sous la direction du regretté Mohamed Benmansour, et il ne me semble pas avoir vu récemment des exemplaires du livre dans nos librairies.
A. H.
Ahmed HALLI
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Chronique du jour
23 Mars 2015
Le wahhabisme,navire en perdition ?
Par Ahmed Halli
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Chaque fois que les barbares d'aujourd'hui, et j'entends ceux qui se livrent à des actes de barbarie, commettent des horreurs quelque part dans le monde ou sous nos fenêtres, nous nous révoltons. Nous cherchons à savoir pourquoi, et au nom de quoi, tout en sachant, en toute bonne logique, que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Alors, nous trouvons souvent dans les médias et sur les réseaux sociaux des citoyens bien intentionnés et bien documentés, qui se font un plaisir de nous rappeler tous les crimes des autres. Images d'archives à l'appui, ils nous parlent du massacre des Indiens d'Amérique, du nord et du sud, s'attardent sur les enfumades du Dahra, et sur la sauvage répression du 8 Mai 1945. Ils en appellent à Bugeaud, à Cavaignac, à Bigeard, et même à pharaon, pour ne pas se brûler le palais à prononcer des noms trop proches, trop évocateurs du présent. Avec la plus mauvaise foi du monde, ces avocats du diable justifient consciemment les abominations du présent au nom de la stigmatisation des crimes du passé, ou de ceux plus actuels d'Israël. Et pour peu qu'ils aient conservé un certain sens de l'humour, ils iraient jusqu'à dire que si Daesh a détruit les statues de Mossoul, Clovis n'a pas hésité à casser le vase de Soissons.
Heureusement qu'il y a des «justificateurs» qui ménagent nos montures, et se soucient de ne pas nous entraîner trop loin dans les méandres de l'Histoire, tout en rafraîchissant nos mémoires. Ainsi procède le magazine électronique Elaph, qui nous rappelle incidemment que la destruction des richesses archéologiques d'Irak n'a pas commencé en février 2015, mais bien avant. Cette destruction a commencé, en réalité, le 20 mars 2003 lorsque les États-Unis ont envahi l'Irak, à la tête d'une coalition occidentale, et ont fait émerger cet État irakien impuissant. C'est à ce moment-là par exemple que les soldats américains, puis polonais ont établi leurs campements dans les ruines de la ville antique de Babel. Ils ont détruit les anciennes rues, et les turbulences engendrées par leurs hélicoptères ont provoqué l'effondrement de plusieurs temples. A l'époque déjà, les scientifiques avaient parlé de bêtise et d'ignorance, pour qualifier l'installation des troupes alliées sur ce site. Ils disaient que c'est comme si l'on édifiait une base militaire au pied de la grande pyramide d'Égypte. Avant même l'invasion de l'Irak, des archéologues américains avaient mis en garde contre le danger qui menaçait 8 000 ans d'histoire de l'humanité.
En janvier 2003, une délégation de scientifiques avait rencontré des responsables du Pentagone pour les convaincre de protéger les sites archéologiques d'Irak. Mais d'autres intérêts étaient en jeu, et un responsable de la propriété culturelle américaine était même allé jusqu'à affirmer que le meilleur moyen de protéger les pièces archéologiques était de les laisser à la loi du marché. Ce qui avait été interprété à l'époque comme un appel et un encouragement au pillage. De fait, ce pillage fut méthodiquement mené, puisque 15.000 pièces archéologiques ont disparu du musée central irakien. On déplore également l'incendie la bibliothèque nationale de Baghdad, entre le 10 et le 12 avril 2003, ainsi que la destruction de 70% des ouvrages de la bibliothèque universitaire de Bassora, entre autres. Des précisions utiles, mais qui ne justifient pas que des Irakiens, ou d'autres, en viennent à abattre leurs propres maisons, sous prétexte que des étrangers ont percé des trous dans le toit.
Plus accessible désormais aux réalités, et pour cause, le journal saoudien Al-Hayat relie ces destructions à l'attaque contre le musée du Bardo à Tunis, et note que cet attentat visait un triple objectif, humain, économique et historique.
Du point de vue de l'Histoire et de la religion précisément, le quotidien rappelle que selon certains théologiens, l'Islam a interdit les statues et les images de personne. Cette interdiction s'appuie sur le fait que les premiers musulmans ont détruit les statues et les idoles, à l'intérieur et autour de la Kaâba, après la conquête de La Mecque. Toutefois, et à l'encontre des postulats établis plus tard par le wahhabisme, l'éditorialiste saoudien note que les conquêtes musulmanes n'ont pas détruit les sites historiques. Et il cite parmi les plus connus, les vestiges archéologiques d'Égypte, de l'Afghanistan (avant l'arrivée des talibans wahhabites) et de l'Inde. Al-Hayat va ensuite puiser dans le Coran, une référence aux statues, avancée par l'islamiste égyptien Mohamed Amara, pour justifier leur existence, à savoir le verset 13 de la sourate 34 (Saba). «Ils fabriquaient pour lui ce qu'il voulait: des sanctuaires, des statues, des chaudrons grands comme des bassins et de solides marmites.»
Citant encore le même Mohamed Amara, le journal relève que les choses ont changé sous le patriarche Ibrahim, lorsque les hommes ont délaissé Dieu pour adorer les idoles, tout comme ce fut le cas dans la Djahilia. Ce qui fait dire à Amara que la position du Coran, par rapport aux représentations, est fonction «des objectifs assignés à ces statues». Plus inattendu, enfin, Al-Hayat estime que Mohamed Amara, l'un des théoriciens de l'Islam politique, est en accord avec Mohamed Abdou, éminente figure du réformisme musulman. Pour ce dernier, «les monuments et vestiges historiques ne constituent pas un danger pour la foi en un Dieu unique. Ils sont simplement une partie de la mémoire historique des peuples». Diantre ! Les jours du wahhabisme seraient-ils comptés, et serait-il déjà lâché par les siens, comme un navire en perdition ? Ses fossoyeurs, dont nous attendons des actes de repentance, seraient-ils issus du sérail wahhabite lui-même?
Décidément en veine d'audace, le quotidien s'appuie aussi sur certains épisodes de la vie personnelle du Prophète. Aïcha, son épouse, avait acheté du tissu imprimé, avec des images idolâtres, pour en garnir ses fenêtres, et le Prophète lui avait demandé de les retirer, car il était incommodé par leur vue lorsqu'il priait. Elle les retira effectivement, mais elle les utilisa pour en recouvrir des coussins sur lesquels s'appuyait le Prophète. Ce qui a fait dire à certains théologiens que si le Prophète avait eu l'intention de les interdire, il ne s'en serait pas servi, pour s'y accouder ou s'y adosser. Et pour couronner le tout, le quotidien saoudien rapporte le fameux épisode de la poupée d'Aïcha, que certains de nos théologiens ignorent systématiquement, sauf lorsqu'il s'agit de parrainer des poupées voilées, pour concurrencer les «Barbie».
A. H.
Kiosque arabe
Chronique du jour
30 Mars 2015
Des histoires pour enfants
Par Ahmed Halli
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Tout d'un coup, les événements s'enchaînent : on ne parle plus de Daesh, mais du nouvel ennemi public numéro un, les Houtistes du Yémen. L'offensive irako-iranienne contre la ville irakienne de Tikrit, occupée par Daesh, est stoppée net, alors qu'elle semblait devoir être irrésistible. La ville stratégique du nord-ouest de la Syrie, Idlib, tombe entre les mains d'on ne sait qui, Al-Qaïda dit-on ici et là, Al-Nosra et ses alliés, réplique-t-on ailleurs. Ce qui laisse supposer que les «ouvreurs», ou conquérants d'Idlib pourraient tout aussi bien venir de Mossoul. Les Saoudiens qui ont touillé dans toute cette mangeoire stoppent la chasse aux athées, les séances de flagellation des opposants, et se lancent dans une vraie guerre au Yémen. Comme ils sont définitivement contre l'innovation, source de mécréance, ils reprennent à leur compte un code opérationnel militaire ancien, «Tempête du désert» qui devient «Tempête de la fermeté». Les Américains qui ont expérimenté cette «tempête» en 1995 contre l'Irak de Saddam Hussein ont leur part puisqu'ils assurent le ravitaillement en vol des avions saoudiens.
Washington, le seul vrai allié indéfectible, comme on dit, de la monarchie wahhabite, comparé aux alliés de circonstance, comme l'Égypte, ou l'inattendu Pakistan. L'Égypte qui a mangé son pain noir au Yémen, de 1962 à 1967, jusqu'à hypothéquer durablement son pain blanc, remet ça, mais dans le «bon camp» cette fois-ci. En 1962, Nasser faisait intervenir son armée pour soutenir le républicain Sallal, contre les royalistes, soutenus par l'Arabie Saoudite. À la fin de cette guerre, tout le monde a trouvé son compte, sauf l'Égypte qui a beaucoup perdu, humainement et financièrement, et qui perdra encore plus en juin 1967. L'Égypte, on la comprend, mène à l'intérieur de ses frontières une bataille acharnée contre le terrorisme des Frères musulmans, qui ont une religion, sauf lorsqu'ils ne sont pas au pouvoir. En l'état actuel des choses, et compte tenu des plans élaborés ailleurs que dans la région, le pouvoir égyptien a tout lieu d'être satisfait de son alliance avec l'Arabie Saoudite, et les monarchies du Golfe.
Mais le Pakistan? Que vient faire le Pakistan dans cette intervention militaire, dans «l'éveil arabe», comme se sont empressés de le claironner les éditorialistes que vous savez ? Le Pakistan, c'est pourtant loin, comme dirait un guide saharien. Sauf à considérer, à l'instar du regretté Khaddafi, que tout ce qui est musulman est arabe, et tout ce qui est arabe est musulman, une confusion prégnante. Alors que la participation militaire pakistanaise à la «Tempête de la fermeté» n'est pas confirmée, l'Arabie Saoudite a reçu le soutien de Hinan Rabani Khar. Fille de notables du Penjab, femme d'affaires avisée et soupçonnée de corruption, elle est décrite comme la «Balqis» du Pakistan, en référence à la fameuse reine de Saba. Très influente dans son pays, Hinan Rabani Khar est la première Pakistanaise à être élue députée, hors du quota réservé aux femmes, et à occuper le poste de ministre des Affaires étrangères, de 2011 à 2013. Elle a dénoncé sur son compte Twitter la tentative des Houtistes de s'emparer du pouvoir au Yémen, et elle a affirmé que la sécurité du Pakistan était tributaire de la sécurité du Golfe.
Le Pakistan est une «République islamique», fortement teintée de wahhabisme, et disposant qui plus est de la bombe atomique, avec la bénédiction conjointe des États-Unis et d'Israël. L'Iran chiite, contrarié dans ses projets nucléaires par les deux précités, aura beau jeu de crier à une alliance guerrière sunnite, approuvée par Obama et applaudie par Netanyahou. Ce qui serait de la pure mauvaise foi, si l'on peut dire, considérant que l'Iran des ayatollahs n'est mu, lui aussi, que par ses affinités religieuses. Outre ses appuis militaires et financiers aux factions chiites engagées en Irak, en Syrie et au Liban, l'Iran rêve tout haut du seul patrimoine durable des Saoudiens : les Lieux Saints de l'Islam. Quant à «l'éveil arabe» qui tend, par effet de mode, à se substituer provisoirement à l'éveil islamique, les droits d'auteur de la formule devraient revenir à Al-Azhar. Critiquée vertement pour sa léthargie, face au terrorisme islamiste, la célèbre et ancienne université du Caire est régulièrement accusée d'être noyautée par les Frères musulmans. Pour nombre de journalistes et de penseurs égyptiens, Al-Azhar, si prompt à censurer des livres jugés non orthodoxes, a fermé les yeux sur les dérives des programmes scolaires.
Devant cette inertie, le ministère égyptien de l'Éducation a décidé récemment de procéder sans attendre à la révision de certains manuels scolaires, dans l'enseignement primaire, jugés nuisibles pour l'image de l'Islam. Ainsi le récit «Okba Ibn Nafaâ, le conquérant de l'Afrique", a-t-il été amputé de plusieurs chapitres ou passages qui incitent à la violence et à la haine, selon le ministère. Parmi ces passages, il y en a qui accréditent l'idée répandue en Occident selon laquelle l'islam s'est propagé par la force de l'épée, et de citer celui-ci : «Okba Ibn Nafaa est entré dans le village, et a tué ses habitants pendant qu'ils dormaient.» Ce passage a été expurgé, parce qu'il porte atteinte à l'Islam, et qu'il incite à tuer des civils innocents à l'intérieur de leurs maisons, a expliqué un responsable du ministère. Un autre passage supprimé raconte la manière brutale avec laquelle Okba a réprimé les actes d'apostasie en Afrique du Nord.
Pour faire sans doute contrepoids, et suivant les mêmes arguments, le ministère a biffé des passages concernant les guerres menées par Saladin contre les croisés et pour la libération d'Al-Quds. Est-il nécessaire d'ajouter que ces petites corrections de textes scolaires ont été mal accueillies par les islamistes et assimilés, qui y voient encore l'influence des États-Unis et d'Israël réunis. C'est le cas du responsable du parti fondamentaliste Al-Nour, allié transitoire du régime contre les Frères musulmans, qui a déploré ce qu'il a estimé être une atteinte à deux grandes figures de l'Islam, Okba et Saladin. Il a prédit qu'à leur place, les écoliers retrouveront à la prochaine rentrée des histoires sur Le Héros Richard Cœur de Lion, et Napoléon le conquérant. Gageons que cette petite réforme des manuels scolaires va s'arrêter net, pour la seule raison qu'il s'agira encore de faire échec à la main de l'étranger, des histoires pour enfants, un cauchemar pour adultes.
A. H.
Ahmed HALLI
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