Affichage des résultats 1 à 10 sur 20

Discussion: Kiosque arabe

Vue hybride

Message précédent Message précédent   Message suivant Message suivant
  1. #1
    Date d'inscription
    novembre 2012
    Messages
    12 937
    Thanks
    0
    Total, Thanks 15 318 fois
    Pouvoir de réputation
    177

    Post Un minaret pour le muezzin Mansour

    Kiosque arabe
    Chronique du jour
    22 Juin 2015
    Un minaret pour le muezzin Mansour

    Par Ahmed Halli
    [email protected]


    Ahmed Mansour, Égyptien d'origine, Britannique par naturalisation, Qatari par vocation, l'un des présentateurs vedettes de la télévision Al-Jazeera vient d'être arrêté par les autorités allemandes. Animateur de deux émissions phares, «Un témoin du siècle», et «Sans frontières», il est accusé de kidnapping et de viol, selon les termes du mandat d'arrêt international lancé contre lui par la justice égyptienne. Appréhendé par la police allemande, samedi dernier à son arrivée à l'aéroport de Berlin, il devait être présenté hier devant la justice allemande, pour qu'elle statue sur son extradition vers l'Égypte. Du coup, Al-Jazeera a mobilisé tous ses moyens, pour ameuter l'opinion et accuser l'Allemagne de complicité avec le régime égyptien. Ancien étudiant en littérature, et muezzin occasionnel, Ahmed Mansour est surtout connu comme un militant du mouvement des Frères musulmans. C'est à ce titre, d'ailleurs, qu'il est poursuivi, et ce, pour avoir participé, avec un groupe de militants islamistes, au kidnapping d'un avocat égyptien, Oussama Kamal, et aux exactions physiques exercées à son encontre. Les faits se seraient déroulés lors des journées révolutionnaires de 2011 qui aboutirent à la chute de Moubarak, et à la prise du pouvoir par les Frères musulmans. Ces derniers avaient d'abord pratiqué la contre-révolution en attaquant les manifestants de la place Al-Tahrir, avant de tourner casaque et de surfer sur la vague révolutionnaire.
    En octobre 2014, Ahmed Mansour avait été condamné à 15 ans de prison, pour avoir séquestré et torturé l'avocat Oussama Kamal, sous prétexte qu'il était un agent de l'ancien régime. Ont participé notamment aux sévices commis sur la victime des dirigeants Frères musulmans, comme Ahmed Baltagi, le bien nommé, Safwat Hedjazi, le téléprédicateur, outre Ahmed Osman, qui avait fourni certains instruments de torture. Mû sans doute par une impulsion professionnelle irrésistible, le journaliste avait filmé les scènes, pour les exploiter plus tard, à des fins de propagande, a contrario. Le journaliste prêcheur de la chaîne qatarie ne porte pas la barbe drue et fournie de ses compagnons d'armes, mais entretient soigneusement une barbe de plusieurs jours. Il ne cache pas depuis très longtemps son appartenance au mouvement des Frères musulmans, dont il est l'un des porte-voix et harangueurs attitrés. C'est ainsi qu'il a joué un rôle actif dans le soutien et la médiatisation des pseudo-révolutions arabes, et il s'était signalé en particulier par sa remise en cause du résultat des élections présidentielles de 2014 en Tunisie. Oubliant le coup d'État qui s'était déroulé sous ses fenêtres au Qatar, il avait, en effet, qualifié la victoire électorale de Béji Caïd Essebci de «putsch par les urnes». La chaîne Al-Jazeera avait présenté ses excuses, à la suite d'un mouvement de protestation de ses journalistes tunisiens, sans toutefois remettre en cause la liberté de parole et de dérapage du militant islamiste.
    Comme attendu, l'accusé a clamé son innocence et crié au coup monté, relayé par sa chaîne et par les canaux d'expression habituels du mouvement des Frères musulmans. Toutefois, si la presse égyptienne évacue l'accusation de viol par la formule parlant «d'atteinte à l'honneur», elle est plus précise sur le reste. C'est Ahmed Mansour en personne qui aurait ligoté la victime, avant sa séquestration dans l'un des locaux d'une agence de voyages. De plus, le quotidien Al-Wafd fournit des détails concernant un vol commis par le journaliste, quand il était étudiant, à l'Université de Mansourah. Les faits remontent à 1983, lorsqu'il avait cambriolé le domicile d'un concitoyen égyptien et lui avait dérobé plusieurs objets et effets personnels. L'affaire avait été réglée à l'amiable, sur l'intervention de notables locaux, et la personne cambriolée avait retiré sa plainte, après qu'Ahmed Mansour ait restitué les objets volés à leur propriétaire légitime.
    À titre de preuve, le quotidien publie un facsimilé d'une lettre des responsables de la faculté, sollicités par la police, afin qu'ils donnent leur avis sur le comportement de l'étudiant. La lettre sollicite l'indulgence de la justice, en rappelant que le voleur avait restitué son butin et que le plaignant avait renoncé à le poursuivre, pour ne pas compromettre son avenir.
    La lettre de la faculté est accompagnée d'un rapport en annexe qui fait état du mauvais comportement et de la moralité douteuse de l'intéressé, ajoute le quotidien Al-Wafd. Les journaux égyptiens fustigent, par ailleurs, le comportement du Qatar qui vient de naturaliser in extremis son employé. La Turquie, qui mène campagne contre le nouveau régime égyptien et réprime ses journalistes, fait mine de vouloir octroyer une quatrième nationalité à Ahmed Mansour. Ce dernier vient de recevoir le soutien attendu de l'ancien Premier ministre tunisien, Hamadi Jebali, membre du mouvement Ennahdha, dont l'animateur de télévision était fervent partisan. L'ex-chef du gouvernement de transition tunisien a demandé à l'Allemagne de ne pas extrader le journaliste vers l'Égypte, et il devrait certainement être entendu. Quant aux commentateurs égyptiens qui s'extasient sur la victoire diplomatique de Sissi, conséquence de sa récente visite en Allemagne, ils devraient vite déchanter. Ceux qui ont fait arrêter un propagandiste des Frères musulmans, nanti d'une carte de journaliste, rendent un service inespéré aux adversaires de la liberté. Plus dangereux encore que le terrorisme islamiste, il y a ceux qui fournissent des arguments et des armes inespérés à ce même terrorisme.
    S'il est encore dans une cellule en Allemagne, Ahmed Mansour doit exulter et apprécier en muezzin accompli la hauteur et la portée du minaret qui vient de lui être offert, en plein Ramadhan.

    A. H.
    Atlas-HD-200 B102 B118
    Icone I-5000

    ZsFa

  2. #2
    Date d'inscription
    novembre 2012
    Messages
    12 937
    Thanks
    0
    Total, Thanks 15 318 fois
    Pouvoir de réputation
    177

    Post Sansal et Salem, parias de leur temps

    Kiosque arabe
    Chronique du jour
    28 Septembre 2015
    Sansal et Salem, parias de leur temps

    Par Ahmed Halli
    [email protected]




    Par Ahmed Halli
    [email protected]


    Lorsqu'on évoque Ali Salem,l'écrivain satirique égyptien, décédé la semaine dernière, et notre grand écrivain, Boualem Sansal, on pense tout de suite «Ils ont fait le voyage en Israël.» Ils auraient pu y aller, et «se la fermer», c'est le cas de nombreux confrères, plus ou moins équipés ou démunis, mais ils ont aggravé leur cas, comme dirait l'un de nos vigiles.
    Boualem Sansal était un auteur encensé, voire adulé, même avec le petit couac de son roman Le village de l'Allemand, puis est venu son voyage de 2012 en Israël, qu'annonçait pourtant entre les lignes son autre grand roman Rue Darwin. Il est parti en Israël, mais sans se cacher ni faire du tapage médiatique, comme celui organisé récemment par la chaîne Al-Jazeera, sur l'esplanade des Mosquées, pour l'une de ses icônes. Au retour de ce voyage-pèlerinage, il a publié, sur son blog, un premier récit intitulé «Je suis allé à Jérusalem… et j'en suis revenu riche et heureux».
    Le titre à lui seul suffisait à déchaîner les foudres, et le texte était à l'avenant puisqu'il était question de rencontres amicales avec les «autres» et d'arrêts spirituels et historiques. L'écrivain a, en effet, visité à Al-Quds les trois hauts lieux du monothéisme, à savoir le «Mur des Lamentations», le «Saint-Sépulcre», et le «Dôme du Rocher». Il sème par-ci par-là des petites phrases, qui ne sont pas nécessairement de son cru, mais qui ont ici une autre résonance. «Je me disais aussi que la paix était avant tout une affaire d'hommes, elle est trop grave pour la laisser entre les mains des gouvernements et encore moins des partis», écrit-il à propos de l'avenir de la région, au détour d'un chapitre. Il se fait prendre en photo aussi, et comme il n'est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, seules celles le montrant sur «Le Mur» ont envahi les réseaux sociaux. Le voilà assimilé à Moshé Dayan !
    Ali Salem, auteur de l'inoubliable pièce de théâtre Madrassat Al-Mouchaghibine(1), ou L'école des turbulents, a ensuite défrayé la chronique en soutenant le voyage de Sadate à Al-Quds. D'aucuns auraient pu parler de sens des opportunités, voire d'opportunisme, puisque l'époque s'y prêtait, et que de grands écrivains et artistes avaient apporté leur caution, sinon leurs silences. Avec Moubarak qui a scrupuleusement respecté les accords de Camp David et astucieusement pris ses distances avec Israël, Ali Salem aurait pu «se la fermer», mais allez donc ! L'éminent dramaturge, qui n'a pas oublié l'école des turbulents et des trublions qui l'a formé, choisit de lancer un nouveau pavé dans la mare, en se rendant en Israël, «pour mettre fin à la haine», selon ses propres mots. Il choisit d'effectuer son voyage dans la foulée des accords d'Oslo, entre Israéliens et Palestiniens, et il en renvient avec un livre plutôt flatteur pour les premiers. Son récit Voyage en Israël est une provocation insupportable pour les intellectuels égyptiens, y compris et surtout les plus progressistes d'entre eux, profondément hostiles à Israël, et pour cause.
    Au lieu «d'exorciser la haine», comme il le voulait, Ali Salem la retourne contre lui et il est descendu en flammes par tous ses pairs, opposés à la «normalisation» avec Israël. Avec les années, la fureur autour de lui s'est quelque peu estompée, mais l'écrivain n'a pas cessé de défendre ses convictions et de se faire l'avocat du diable, en plaidant pour cette «normalisation» décriée. Évidemment, les Israéliens n'ont pas manqué de remuer la fibre sensible, profitant même de son décès pour en rajouter une couche. Dès l'annonce de son décès, l'ambassade israélienne au Caire s'est empressée de rendre un hommage appuyé à Ali Salem. Pour ne pas être en reste, le porte-parole du gouvernement sioniste a imploré que «Dieu l'accueille dans Son Vaste Paradis», selon la formule consacrée, ce qui n'est pas de bon augure. Ce qui est remarquable aussi et réconfortant d'une certaine manière, c'est la réaction des Égyptiens eux-mêmes et le respect quasi-unanime qu'ils vouent à l'écrivain disparu. Tous les commentateurs ont fait preuve de pudeur en passant sous silence le voyage d'Ali Salem en Israël et ses prises de position favorables à l'État sioniste. La seule tonalité un tant soit peu critique est à chercher dans l'article qu'a publié le quotidien Al-Tahrir et qui conclut ainsi : «l'Histoire jugera les œuvres théâtrales d'Ali Salem. Si ces œuvres sont belles, on oubliera ou on mettra de côté ses positions en faveur de la normalisation avec Israël. Mais si ses œuvres ne résistent pas aux effets du temps qui passe, l'Histoire l'évoquera seulement comme quelqu'un qui a défié les siens et a déserté Le Caire Nouveau et ses diablotins(2) pour aller en Israël et y amadouer les démons.»
    Ali Salem partageait aussi avec Boualem Sansal, en plus du statut de parias, une aversion quasi-viscérale pour l'intégrisme islamiste, grossissant davantage les rangs de ses adversaires et de ses détracteurs, tout comme notre écrivain. Cependant, et c'est à méditer, tous les Égyptiens sensés ont pleuré et pleurent Ali Salem, et aucun écrivain digne de ce nom n'a osé dire ou écrire que seuls les Israéliens le regretteront. Il y avait pourtant matière à dire, mais il est manifeste qu'en matière d'imitation, nous sommes encore loin du compte, puisque les rémouleurs actionnent déjà leurs machines à affûter, le regard braqué sur le portrait de Sansal.
    A. H.

    (1) La pièce jouée pour la première fois en octobre 1973 a tenu les planches durant plusieurs années avant d'être exploitée sur les télévisions des pays arabes. L'interprétation réunissait des comédiens hors du commun, comme Adel Imam, Ahmed Zaki, Saïd Salah, Hassan Mustapha, Younès Chalabi, tous disparus à l'exception du premier. J'ai gardé pour la fin la maîtresse, Suhair Albabali, parce qu'elle a tourné «casaque» depuis.
    (2) Allusion ici à l'une des pièces les plus connues de l'auteur Afarit Misr aldjadida,
    ou Les diablotins du Caire Nouveau.
    Atlas-HD-200 B102 B118
    Icone I-5000

    ZsFa

Règles de messages

  • Vous ne pouvez pas créer de nouvelles discussions
  • Vous ne pouvez pas envoyer des réponses
  • Vous ne pouvez pas envoyer des pièces jointes
  • Vous ne pouvez pas modifier vos messages
  •