La bataille de Mossoul

Jeudi 20 Octobre 2016 00:00

L'Irak s'est donc lancé, lundi, dans la nouvelle grande bataille
du siècle: la libération de Mossoul. Baghdad aura, outre à
récupérer sa métropole outragée par le groupe jihadiste,
«Etat islamique» aussi, à faire un sort au «calife» autoproclamé,
Abou Bakr al-Baghdadi, qui se terre à Mossoul depuis plus de
deux ans. Toutefois, déjà une évidence s'impose il est peu
probable que les Irakiens et la coalition internationale dirigée par
les Etats-Unis - qui les soutient, puissent déloger Daesh de son
repère «mossouli» du jour au lendemain.Des mois, qui pourraient
se chiffrer en années [en témoigne l'autre bataille, celle d'Alep en
Syrie qui dure depuis plus de deux ans] seraient sans doute
nécessaires pour nettoyer le panier à crabes qu'est devenue la
grande ville irakienne. Cependant, là ne semble pas le problème
du moins dans le contexte de la (les) guerre(s) qui se mène(nt)
en Irak [et en Syrie] - mais bien dans cette extravagance qui fait
que le pays [Etats-Unis] à l'origine de la discorde et du chaos qui
minent et détruisent l'Irak soit celui qui prête une main hypocrite
à Baghdad par sa direction de la cohorte internationale de lutte
contre Daesh. Aussi, laissons pour le moment le combat prendre
forme et les batailles départager sur le terrain les antagonistes,
pour examiner comment le Monde arabe en est arrivé à cette
extrémité qui fait que toute une région [le Moyen-Orient] a plongé,
du jour au lendemain, dans les atrocités d'une guerre à aucun
moment souhaitée. Or, depuis cinq ans et le soi-disant
«printemps arabe», trois pays (Irak, Syrie, Yémen) vivent la guerre
au quotidien, d'autres (Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Qatar)
y participent directement (au Yémen) ou indirectement (en Syrie).
Tout cela sous la supervision états-unienne. Un pays que l'on
retrouve dans tous les malheurs qui frappent les nations arabes
depuis une quarantaine d'années. Aussi, s'il y a un fait que l'on ne
saurait omettre de noter est que les guerres qui martyrisent les
peuples arabes sont la résultante directe des guerres du Golfe des
années 1990 et de l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis et la
Grande-Bretagne en 2003. A cette époque, les Etats-Unis avaient
mis en scène un incroyable scénario, accusant Baghdad de détenir
des ADM [armes de destruction massive] et menacer dès lors la
«sécurité» du monde. Enfonçant le clou, Londres a assuré que l'Irak
n'est autre que la «quatrième puissance militaire». On sait
aujourd'hui, que tout cela était prémédité les principaux acteurs de
ces mensonges, qui ont préparé la guerre, à l'instar de l'ex-secrétaire
d'Etat US, Colin Powell, ont admis le fait - qu'il y eut mystification et manipulation, les plus meurtrières de l'histoire, qui avaient permis
une guerre commencée en 1991 qui se prolonge aujourd'hui tous
azimuts. Daesh, qu'un rassemblement mondial hétéroclite veut
chasser de Mossoul, n'a été qu'un instrument créé et utilisé à ces
fins par la première puissance mondiale, dont l'objectif a été et reste
de raffermir son leadership, imposer au monde le Nouvel ordre
mondial et, dans son sillage, les normes états-uniennes.La disparition
du bloc communiste, avait rendu cette perspective plausible tout en consolidant le pouvoir unipolaire états-unien. En fait, les Etats-Unis
étaient sur le point de réussir ce stratagème, n'était-ce la résurrection
de la Russie qui, rapidement, a remis en cause les prétentions
directionnelles des Etats-Unis sur le monde ou de lui permettre
d'imposer une «pax américana». Aussi, les groupes jihadistes surgis
ces dernières années du néant ont joué le rôle de diversion focalisant
sur eux l'attention mondiale au moment où les Etats-Unis travaillaient,
en particulier, à reconfigurer le Monde arabe [avec la complicité des monarchies du Golfe], à le fractionner en Etats tribaux et
confessionnels. Le monde s'est ainsi concentré sur Daesh/EI sans s'interroger sur le comment et le pourquoi de cette apparition
«miraculeuse» d'un groupe jihadiste qui, aussi puissant puisse-t-il être,
ne peut disposer de la puissance d'un Etat. Or, cela a été le cas de
Daesh qui, en quelques jours, avait capturé les deux-tiers du territoire irakien. Voilà un mystère qui reste encore à élucider. De même que
de s'interroger sur la provenance de la puissance financière entretenir
une armée estimée par les renseignements étrangers entre 25.000 à
50.000 hommes, demande des moyens logistiques énormes dont le
groupe «EI» avait fait montre. D'autre part, se pose la question
comment l'armée états-unienne - supposée entraîner la future armée irakienne - avait-elle procédé à la formation d'une armée qui s'est
débandée à l'apparition du premier jihadiste, abandonnant armes et matériels, désertant le combat, laissant sans défense l'Irak? Cela se
passait en juin 2014. 28 mois après, on songe à libérer Mossoul. Et
ce sont les Etats-Unis qui mènent la cadence. Vous avez dit bizarre?