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Re : gaza
Je m'appelle Ahmad Al Qatari et j'étais passionné de foot depuis l'enfance
Un magnifique texte d'Inès Safi qui revient sur le footballeur palestinien Ahmed El Qatari, mort dans les bombardements de Gaza, le 8 août, sans aucun commentaire de la FIFA. Il avait 20 ans. Il allait commencer sa carrière au FC Barcelone.
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A propos de l'auteur
Inès Safi
Ancienne élève de l'école polytechnique, et chercheuse CNRS en physique théorique et fondamentale, et est reconnue sur le plan international dans le domaine des nanosciences, Elle s'est aussi impliquée dans les questions philosophiques et métaphysiques posées par la mécanique quantique, participant à des groupes de recherche, des ouvrages collectifs et des colloques au niveau international.
Je m'appelle Ahmad Al Qatari. J'ai eu mes vingt ans. J'étais passionné de foot depuis l'enfance. Avec mes voisins, nous avions des ballons dans un état déplorable. En même temps, nous étions tellement heureux quand nos parents nous autorisaient à jouer dehors. Le foot est devenue ma passion. J'ai travaillé avec acharnement pour atteindre un haut niveau. Mes parents ont dû lutter pour l'acquisition du matériel de sport requis et un régime alimentaire acceptable.. J'ai dû chercher des petits boulots pour ne pas les alourdir.
Il m'a été aussi si pénible de contourner les restrictions sur les déplacements, de franchir le mur de la honte quand il le fallait. Mes parents s'affolaient à chaque fois qu'ils entendaient parler d'un footballeur palestinien emprisonné en mon absence. Il y en a eu tellement qu'on se demandait si tout espoir d'avoir une équipe portant notre drapeau n'était pas tué dans l'oeuf.
Pourtant j'ai tenu bon. Jusqu'au jour où tous nos sacrifices furent couronnés. Je fus si heureux d'être sélectionné pour jouer au BC Barcelone. Ici je serrais la main du président de la Fifa, qui me félicitait avec joie.
J'allais enfin quitter la prison à ciel ouvert où je me suis étouffé pendant sept ans. J'allais devenir une voix de la Palestine dans le monde. Auprès de ceux qui ouvriront peut être leur coeur en me regardant jouer. Mais non. Gaza s'est transformée encore une fois en enfer.
J'ai pleuré tant d'êtres proches, vu des cadavres d'enfants. Un jour ce fut mon tour, pas pour jouer. Mais pour tomber baignant dans mon sang, Mon âme regarde mes parents me pleurant, les coeurs et les rêves brisés à jamais. La destination n'est plus Barcelone. Elle est ascension vers le ciel où je deviens une voix de la Palestine chantant avec les anges...La voix de la Fifa, elle, je ne l'entends pas...
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