Chronique du jour/CE MONDE QUI BOUGE
publié le 04 Février 2016

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Binationaux, Madjid Bouguera ou Antar Yahia
Seront-ils un jour président de la FAF ?


Par Hassane Zerrouky

Abdelaziz Bouteflika veut aller vite. Après avoir bouclé le dossier de l’ex-DRS, finalement remplacé par trois services de sécurité et non par un nouvel organisme comme on l’avait écrit, il veut faire de même avec le projet de révision constitutionnelle.
Dimanche prochain, cette troisième révision constitutionnelle, après celle de 2002 et celle de 2008 ouvrant la voie à la présidence à vie, va être adoptée sans coup férir par un Parlement, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il souffre d’un réel déficit de représentativité. L’APN (Assemblée nationale) a été élue en juin 2012 par à peine 25% des électeurs sur un total de 22,8 millions d’inscrits. Le FLN, qui dispose de la majorité absolue en sièges ( 222 députés sur 462) n’avait obtenu que 1,3 million de voix, soit 14,18% des suffrages exprimés (soit 6% des inscrits) ! Hormis les républiques bananières et les dictatures, dans quel pays démocratique existe-t-il un parti majoritaire avec un si peu de voix ? Quant aux autres partis,
dont le RND de M.Ouyahia, les scores obtenus sont dérisoires.
Il n’empêche, le projet de Constitution passera comme une lettre à la poste et Abdelaziz Bouteflika
pourra s’attaquer à sa succession dès lors qu’il aura fait place nette.
Mais comme nous allons être contraints d’accepter cette loi fondamentale et de nous y référer parce qu’elle comporte des dispositions – je pense aux droits et libertés – qui nous touchent directement, cela ne nous empêche pas d’en pointer certaines, comme l’article 5 qui stipule : «La nationalité algérienne exclusive est requise pour l’accès aux hautes responsabilités de l’Etat et aux fonctions politiques», autrement dit, pas de portefeuilles ministériels pour les binationaux.
Voilà un article qui pourrait donner des idées à des petits malins. Par exemple, interdire aux joueurs de football binationaux, les Antar Yahia ou Madjid Bouguera, qui ont fait retentir l’hymne national en Afrique du Sud et au Brésil sous le regard de centaines de millions de téléspectateurs,
de prétendre à de hautes fonctions au sein de la Fédération algérienne de football (FAF).
La raison ? Le football est devenu un enjeu politique et une affaire d’Etat. Les joueurs binationaux sont reçus par les plus hautes autorités sous les projecteurs des caméras de télé. Les Algériens sont massivement derrière leur équipe nationale. Et au niveau local, les supporters n’hésitent pas à se mobiliser et à mettre leur nez dans la gestion des clubs quand ils ne sont pas contents. Pour toutes ces raisons, et par ces temps de retour du nationalisme étroit trempé dans le religieux, il n’est pas impensable que des voix intéressées invoquent «la nationalité algérienne exclusive» pour prétendre accéder au gouvernement de la FAF ! Dans l’absolu, ce serait absurde. Mais on est en Algérie. Un pays où les gens ont été habitués à accepter toutes les extravagances.
Poursuivons et arrêtons-nous sur le chapitre IV, «des droits et libertés», en particulier sur les articles 38, 41,42 et 43, consacrés aux libertés de création, d’expression , d’association et de réunion dont la liberté de la presse, au droit de créer des partis et des associations,
qui sont constitutionnellement garantis. C’est une avancée, c’est positif crieront en chœur
ceux qui ne veulent pas se donner la peine d’y regarder de plus près.
Toutes ces libertés restent soumises à des lois organiques, qualifiées de «sensibles» par le président du Sénat Abdelkader Bensalah, qui peuvent en restreindre la portée. Ainsi la liberté de manifester sur la voie publique ne pourra s’exercer sans l’autorisation du wali. La création de partis ou d’association est soumise à un agrément du ministère de l’Intérieur. Quant à la liberté de la presse, même s’il est mentionné que le délit de presse ne peut être sanctionné par une peine privative de liberté, il est stipulé plus loin que «la diffusion des informations, des idées, des images et des opinions en toute liberté est garantie dans le cadre de la loi et du respect des constantes et des valeurs religieuses, morales et culturelles de la Nation». C’est quoi ces «constantes»,
ces fameuses «thaouabites» que Mohamed Boudiaf dénonçait en son temps ou ces «valeurs religieuses» ?
Au final, le seul article, non assujetti à une loi à venir, c’est l’article 36 stipulant : «La liberté de conscience et la liberté d’opinion sont inviolables». Sauf si d’ici dimanche, un esprit malveillant ne suggère de les limiter par… une loi organique à venir.
H. Z.