| Miloud Chorfi ? Je trouve que c’est un excellent choix pour diriger l’autorité de régulation de… … L’Odieux Visuel ! Ainsi donc ce qui n’était qu’une blague, une mauvaise blague est en train de se transformer en scénario hyperréaliste : Saïd va succéder à Abdelaziz. Le cadet va occuper le trône sur lequel était et est encore assis l’aîné. Même si, pour la précision ergonomique, l’aîné passe plus de temps sur la chaise roulante que sur le fauteuil présidentiel. Gentes dames, galants messieurs, entamez dès à présent votre entraînement intensif. Apprenez sans discontinuer à prononcer «Saïd» au lieu de «Abdelaziz». Imprimeurs de tout le pays, préparez vos plaques à l’effigie du cadet. Les commandes vont affluer. Finalement, l’Algérie est un pays à la stabilité stupéfiante. Dénominativement République démocratique et populaire, elle va procéder bientôt à un sacrement royal, le Prince succédant au vieux Roi. Rien ne dit nulle part qu’un frère doive succéder à un frère dans la loi algérienne. Les législateurs n’ont jamais inscrit à l’encre cet «arrangement fraternel et familial». Pourtant, c’est ce qui va se passer. Parce que le ramdam actuel, ce n’est pas le décor naturel pour une succession hors de la fratrie. Tout ce remue-ménage, ce n’est pas pour offrir ensuite la place à un extra. Tous ces airbags que l’on place, dont on jalonne les années à venir, ce n’est sûrement pas pour nous annoncer dans quelques jours, sur un ton badin et léger : «Eh ben voilà les amis, peuple d’Algérie ! Nous sommes les Bouteflika’s ! Nous avons gouverné le village près de vingt ans, et là, bye-bye ! On se casse. Et on se casse tous en groupe !» Ce qui est en train de se planter comme décor, et de se planter solidement c’est quatre nouveaux mandats d’un autre Boutef’, Saïd de son doux et sonnant et trébuchant prénom ! Mon Dieu ! Maintenant que j’y pense ! Imaginez, au bout de trois mandats du cadet, vous vous réveillez un beau matin, vous allumez votre radio et vous entendez ceci : «Le Président Saïd Bouteflika a été conduit en France, à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce pour une batterie d’examens de routine suite à un mini AVC bénin, sans répercussion aucune.» Et là, moi, ça ne rate pas ! Se bousculent devant mes yeux une farandole de mots et d’images. Vases. Micro-amplificateur. Robe de chambre sur survêtement Lacoste. Un pays se gouverne avec la tête, pas avec les pieds. Chaise roulante. Un cerveau qui fonctionne mieux que 38 millions de cerveaux réunis. Youpiii ! Ça doit être ça, la stabilité à l’algérienne ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue. H. L.
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