Manifestations de rue et grèves dans plusieurs secteurs

La Tunisie dans le tourbillon de la contestation sociale
le 05.12.16|10h00

Pressé par les syndicats, d’un côté, et les exigences du Fonds
monétaire international (FMI) pour l’obtention d’un prêt de
2,8 milliards de dollars, de l’autre, le gouvernement tunisien
ne dispose quasiment d’aucune solution pour dégonfler le ballon de
la contestation sociale.
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La Tunisie est traversée depuis quelques jours par une vague
de grèves qui touchent plusieurs secteurs d’activité dans le
public et le privé, alors que les discussions entre le
gouvernement et la puissante centrale syndicale, l’Union générale
des travailleurs tunisiens (UGTT), autour des augmentations
salariales, sont toujours dans l’impasse. La rencontre de samedi
entre le secrétaire général de l’UGTT, Hocine Abassi, et le
président Béji Caïd Essebsi n’a donné aucun résultat, le
gouvernement refusant de revoir sa copie concernant la loi de
finances 2017 qui ne prévoit aucune augmentation des salaires,
encore moins le versement des primes promises dans le cadre d’un
accord conclu en 2015, dans lequel l’ancien exécutif de Habib Essid
s’était engagé par écrit en faveur d’une révision des salaires et
certaines primes. Hier matin, Hocine Abassi est revenu à la charge
pour rappeler que la grève prévue pour le 8 décembre est toujours maintenue, en l’absence d’un accord avec le gouvernement. Profitant
de la commémoration de l’assassinat le 5 décembre 1952 de Farhat
Chahed, une des figures du syndicalisme tunisien à l’époque coloniale,
les travailleurs ont rappelé leur détermination à aller jusqu’au bout
de leurs revendications et à user de tous les moyens légaux pour faire reculer un gouvernement aux abois et en manque de solutions.“Le peuple
veut la justice sociale”, “le peuple veut la justice fiscale”, ce sont entre autres les slogans scandés par les adhérents de l’UGTT, dont des collègues sont en grève ouverte depuis samedi au niveau du ministère
du Commerce, lit-on sur la page officielle de la centrale syndicale.
Les fonctionnaires et les cadres supérieurs tiennent aussi un
rassemblement devant le siège de ce ministère et au niveau des antennes locales du secteur du commerce, pour exiger une revalorisation de leurs salaires. Aussi, dans le secteur industriel, les travailleurs de l’une
des plus importantes cimenteries du pays à Kairouan sont en grève depuis
le 1er décembre pour cinq jours. Il s’agit de leur troisième grève en
deux mois, en raison de l’échec des négociations sur l’amélioration des conditions de travail et sur les rémunérations qu’ils jugent dérisoires. Dans le secteur privé, la colère monte chez le syndicat des pharmaciens
qui ont voté le principe d’une grève, en raison d’une augmentation de 6% des taxes sur les médicaments importés. De leur côté, les avocats
tunisiens entameront une grève générale ouverte dans tous les tribunaux
à partir d’aujourd’hui pour protester contre la loi de finances 2017 dans son volet dédié à la fiscalité du barreau, a annoncé le conseil de
l'Ordre national des avocats (Onat). Une marche nationale vers la Casbah sera également organisée mardi, a indiqué Lotfi Arbi, président de la section de l'Onat de Tunis, cité par l'agence TAP. Cette vague de protestation intervient quelques jours seulement après la tenue d’une rencontre internationale sur l’investissement “Tunisie 2020”, durant laquelle de nombreux pays, comme le Qatar et la France ont promis des
aides conséquentes pour la relance de l’économie tunisienne.

Lyès Menacer