A la une Actualité_Criminalisation des violences à l’égard des femmes
le 10.12.15 | 10h00

«Un premier pas positif, mais pas suffisant»
selon H. Oussedik

La représentante d’Amnesty International en Algérie, Hassina Oussedik,
espère que ce premier pas se concrétisera afin de permettre
de criminaliser l’acte de violence à l’encontre des femmes
.

Hassina Oussedik, représentante d’Amnesty International (AI) en Algérie.jpg

Les membres du Conseil de la nation doivent voter
aujourd’hui les modifications apportées au
code pénal criminalisant les violences à l’égard
des femmes. La représentante d’Amnesty International (AI)
en Algérie, Hassina Oussedik, espère que ce premier
pas se concrétisera afin de permettre de criminaliser
l’acte de violence à l’encontre des femmes
et le qualifie de pas positif, mais insuffisant.

«Pour la première fois, on reconnaît qu’une violence
perpétrée dans le cadre privé est une infraction
et un délit, de même qu’on reconnaît que le harcèlement
dans la rue est une atteinte à l’intégrité physique
et morale de la femme, et en cela, cette modification
du code pénal et non pas de la loi sur les violences
à l’égard des femmes est juste un premier pas positif.
Nous espérons d’autres mesures», a estimé Mme Oussedik
lors d’une rencontre organisée hier au siège d’AI,
à la veille de la célébration de la
Journée mondiale des droits de l’homme.

La représentante d’AI considère que c’est une
loi-cadre contre toutes les formes de violences
à l’égard des femmes qui doit être promulguée.
«Nous demandons une loi-cadre, prenant en charge dans
leur globalité toutes les formes de violences à l’égard
des femmes. Cela n’existe pas encore. Il est impératif
d’avoir une approche globale et cohérente, basée sur
le travail qui a été fait par les associations
de protection et de défense des droits des femmes.

Il faut arriver à un texte de loi qui soit élaboré en
association avec les organisations de défense des droits
des femmes afin de garantir une protection réelle
et effective des femmes en détresse et victimes de violence»,
indique la conférencière, en notant que la violence
à l’égard des femmes a des répercussions sur les enfants
et l’équilibre de la famille entière. Concernant
la disposition du «pardon» incluse dans le code pénal,
qui aura pour conséquence l’extinction des poursuites
contre le conjoint auteur de violence, Mme Oussedik exprime
son rejet et affirme : «A Amnesty International,
nous sommes contre cette clause…
Le pardon va engendrer d’autres violences.

Les femmes subiront d’autres violences pour qu’elles
pardonneront malgré elles. C’est contraire à l’essence
même de la criminalisation de l’acte de violence portée
par les modifications du code pénal.» Et d’ajouter
«Nous connaissons le rapport de force et de domination
qu’exerce l’homme sur la femme dans notre société.
Nous savons que dans la majorité des cas, si elles pardonnent,
c’est bien contre leur gré.» Outre la violence à l’égard
des femmes, en cette journée de célébration des droits
de l’homme, un constat a été fait sur la situation en Algérie
à propos de l’intensification des atteintes à la liberté d’expression.


La liberté d’expression en danger

Mme Oussedik note d’ailleurs que même dans le débat politique
et en l’absence d’espace d’expression, la violence,
même verbale, prend souvent le dessus. «Il y a une violation
de la Constitution qui consacre les libertés d’expression
et de réunion. Des faits sont constatés pour limiter
ces libertés, allant jusqu’à l’emprisonnement
et la condamnation à des amendes élevées.

Il est important que tout citoyen s’exprime et donne son avis,
cette liberté doit être consacrée.» Elle évoque d’ailleurs
les difficultés que rencontre le mouvement associatif
à exercer librement ses activités. «Nous n’avons à
ce jour — et nous ne sommes pas la seule ONG dans
ce cas — pas pu avoir d’agrément même si nous avons respecté
les dispositions d’enregistrement exigées par la loi
sur les associations. Nous avons adressé des courriers
à toutes les hautes autorités de l’Etat, mais pas de réponse.

Les services du ministère de l’Intérieur ne nous ont même pas
donné de récépissé, ce qui est pourtant une obligation
à remplir, selon l’énoncé de la loi sur les associations.
Ce sont donc les autorités qui ne respectent cette loi
qui existe, mais qui n’a toujours pas de décret d’application»,
indique Mme Oussedik, avant d’appeler à plus de transparence
«Il est regrettable que le ministère de l’Intérieur ne
communique pas avec les associations.» Notons que la
4e édition de la campagne mondiale Marathon des lettres,
lancée par AI, s’étalera sur tout le mois de décembre.

Des activités seront organisées à travers le pays par AI Algérie
afin d’obtenir le maximum de signatures en faveur du soutien
à apporter à des filles du Burkina Faso forcées à se marier
à l’âge de 11 ans ; à un caricaturiste malaisien risquant
une lourde peine pour un tweet ; à un détenu aux Etats-Unis
clamant son innocence depuis 40 ans ; à une Syrienne
disparue avec ses six enfants, probablement enlevés par
l’armée syrienne ; à une étudiante du
Myanmar emprisonnée pour avoir participé à une manifestation pacifique...

Nadjia Bouarich