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Re : Ailleurs .........En Afrique
Tunisie : la dernière chance de démocratie dans les pays arabes.
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Un petit déjeuner off. Une conversation à bâtons rompus avec le président de l’Assemblée nationale tunisienne. Alors qu’en Libye, en Égypte et en Syrie, les "printemps arabes" font éclore des fleurs de sangs ou des allées vert kaki taillées au cordeau, la Tunisie avance sur le chemin de la démocratie et du pluralisme. Avec une conviction chevillée au corps : l’art du compromis.
Il est d’une simplicité déconcertante. Le ton tranquille, Mustapha Ben Jaafar, président de l’Assemblée nationale tunisienne, "raconte" la Tunisie. Ce qu’il dit est simple : son pays traverse un moment exceptionnel de son histoire. Un moment où les règles classiques de la politique n’ont aucun sens. Le sourire aux lèvres, le vieux sage tunisien précise : c’est une révolution. Il y a une rivière à franchir. Le gué est étroit. Peu importe les différences. Il faut les oublier et se donner la main pour arriver de l’autre côté.
Ben Jaafar, le compromis comme idéal
Quand tout le monde sera là-bas, en terre ferme, sur la rive d’une démocratie stabilisée, alors on pourra jouer le jeu de l’alternance démocratique. Ce jeu où l’on feint de croire que rouge a complètement raison et bleu complétement tort (ou l’inverse). Ce jeu où l’on surjoue l’indignation, la colère, la joie, la mobilisation, la patrie en danger. Ce jeu où l’on s’écharpe pour un mot de travers. Ce jeu où tout est permis puisque le fondamental n’est pas remis en question. Ce jeu-là est prématuré en Tunisie. Un jour viendra oui. Mais pas maintenant.
"Les Tunisiens doivent avancer ensemble". Voir les débats outranciers sur les chaines de télé ne plait pas au docteur Ben Jaafar. Ça abime l’image de la classe politique. Il craint l’abstention, cette mort lente des démocraties. Lui prône le compromis. Quand tout était bloqué, quand sur le Bardo il fallait départager les militants avec des barbelés pour éviter le clash, Ben Jaafar n’a pas vacillé. Il a parlé avec tout le monde. Encore et encore. Il a fait se rencontrer en secret des gens qui ne s’étaient jamais parlés. Pourquoi ? Pour éviter les affrontements et les choix radicaux.
En face de moi, un président dans une démocratie arabe mûre
Le pire à ses yeux ? Voir le parti politique islamiste Ennahdha seul au pouvoir. Ou voir Ennadha écarté du pouvoir et manifester dans la rue. Alors pour éviter cela, il faut gouverner tous ensemble. L’union nationale. Sans chercher à démontrer que l’on a raison envers et contre tous. En abandonnant un peu de soi pour construire un pays avec un peu de l’autre.
De l’autre côté de la table, j’écoute cet homme que je titille pour savoir s’il veut être président de la République. Au fond, de moi je pense qu’il le veut. Mais je sens que s’il croit que sa candidature peut créer un clivage profond, il y renoncera. De l’autre côté de la table, je vois un président putatif d’une démocratie arabe mûre. D’un pays qui a tout pour éviter le naufrage totalitaire de ses voisins. Tout pour être le phare du Maghreb qui brille autrement que par sa puissance militaire. A-t-on jamais vu ça dans le monde arabe ? Non.
La Tunisie, la dernière chance ?
Alors il est temps de bouger vers la Tunisie. Il ne lui manque que des investissements pour asseoir cette maturité politique sur un élan économique. S’il y a un endroit et un seul où investir dans la région, c’est bien là. Peu importe la taille où la puissance. Oublions les soi-disant poids lourds de la région. C’est la Tunisie qu’il faut aider, avant tous les autres. Pour faire envie aux autres. Pour que l’on n’entende plus "c’était mieux avant". On ne pouvait pas parler mais au moins on avait la sécurité et de quoi manger.
Les beaux discours de Barack Obama au Caire n’ont rien changé. Les hésitations européennes nous plombent. En revanche, la révolution tunisienne a encore en elle la capacité à faire bouger les lignes dans la région. Syrie, Irak, Egypte, Libye : pour ceux qui pensent que le monde arabe mérite aussi la démocratie, la Tunisie est notre dernière carte. Si nos démocraties ne le comprennent pas, elles rateront une occasion unique de mettre en adéquation leurs principes et leurs ambitions.
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