Le 26 Mai 2016
Le Grand Omar !

Par Hakim Laâlam
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En Algérie, la corruption a atteint un tel niveau que même
les télés sont…
… offshores !
Je suis un raté ! Un minable ! Et de le découvrir seulement aujourd’hui me rend encore plus minable. Comment ai-je fait pour en arriver là ? A plus de 50 piges, ne pas avoir Omar dans mon carnet d’adresses. Ne pas compter parmi les amis de Omar. Ne pas pouvoir m’enorgueillir d’avoir Omar comme confident. Qui est Omar ? Quel Omar ? Je vois à travers vos questions que vous êtes aussi minables que moi, sinon plus. Comment ça «quel Omar» ? M’enfin ! Le seul Omar qui compte en Algérie et dans sa périphérie offshore : Omar Habour. Le Omar ami de tous les clans. Ami du clan dans toutes ses variantes. Le Omar homme à tout faire du clan arc-en-ciel ! Celui qui ouvre et gère tous les comptes de la nomenklatura, des enfants de la nomenklatura, des chats, chiens et animaux de compagnie de la nomenklatura, le tout sans tenir compte du versant sur lequel est perché le membre de ladite nomenklatura. Omar le Magnifique ! Faut vraiment être bête, «arrêté du cerveau» pour terminer là son parcours sans avoir pu inscrire sur son calepin ce nom-sésame. Aux soirées mondaines, sur les deux berges de l’oued El-Harrach, il est de bon ton de citer Omar entre la poire et le dessert, un verre de «c’ketuveux» à la main. D’ailleurs, il paraît que dans l’entregent de la haute, tout là haut, là-bas, une des questions posées par les familles dont la fille est demandée en mariage est celle-ci : «Disposez-vous librement du portable de Omar ? Pouvez-vous joindre Omar à toute heure, malgré le décalage horaire ?» Vous comprenez alors que je me sente minable. Je n’ai pas de fille à marier. Je ne peux donc poser cette fameuse question. Et je n’ai jamais eu le portable de Omar. Mais j’en fais aujourd’hui l’aveu : si je suis aussi minable de n’avoir pas pour ami le Grand Omar, c’est peut-être parce que j’ai trop perdu de temps à regarder l’Algérie à travers les yeux flamboyants d’un autre Omar. P’tit Omar. Eh oui ! Et du coup, j’ai été largué. Un peu comme vous, amis lectrices et lecteurs. Nous en sommes restés à l’Algérie de P’tit Omar, de Hassiba, de Ali, de Larbi et de Ramdane. Alors que les héros, aujourd’hui, s’appellent le Grand Omar et Chakib le Magnifique ! Un tel niveau de ringardise de notre part nous condamne à disparaître.
C’est à peine si en guise de cigarette du condamné, juste avant de monter à l’échafaud,
ils nous permettront de fumer du thé pour rester encore un chouia éveillés à notre cauchemar qui continue.

H. L.