09 Janvier 2016

Touche pas à mon mandat !

Par Hakim Laâlam
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Et pour l’équipe nationale de foot composée de 98% de
non-résidents en Algérie depuis leur naissance, elle dit quoi…
… la nouvelle Constitution ?
C’est trop facile de venir te planter devant moi en 2016, ta nouvelle Constitution sous le bras, et m’annoncer benoîtement le retour de la limitation des mandats présidentiels à deux. Ah ! Non ! Non M’sieur ! Qui te dit que ça me rend heureux de me voir chiper sous le nez le mandat à vie ? Et pourquoi t’y touches à mon mandat à vie ? Tu ne m’avais pas dit, y a quelque temps déjà, que le mandat à vie, c’était la garantie d’une «stabilité stabilisante» pour l’Algérie ? Qu’il ne fallait pas considérer les canons de la démocratie occidentale comme les seuls modèles, que l’alternance au pouvoir n’était qu’un leurre des Européens posé sur le comptoir d’un bar de Stockholm par une pépé suédoise vachement gironde ? Maintenant que je suis convaincu de la sincérité de ton approche, de la solidité de ton argumentaire, de la spécificité du mandat à vie à l’algérienne, tu voudrais m’en priver ? Et que voudrais-tu que je fasse de présidents de la République qui n’arrêteraient pas de changer, tous les deux mandats ? C’est une affaire à te refiler le tournis, cette alternance speed. C’est même indécent, limite la yadjouz, cette tournante présidentielle ! ça y est khô ! J’y ai pris goût aux scotchés du fauteuil. Imagine un peu le choc en face d’un Président debout. Allallalla ! Quoi, un Président debout ? C’est louche aux yeux du quidam que je suis et qui ne voit depuis des lustres qu’un raïs assis, planté dans son siège comme un bonsaï centenaire. Au-delà de nos petites personnes d’adultes égocentriques, sais-tu qu’il y a dans ce pays des adolescentes et des adolescents qui n’ont vu et connu qu’un Président assis, sur un fauteuil roulant ? On a bien tenté de leur fourguer de temps à autre des vidéos tournées en Super 8 Agfa-Color de Abdekka marchant, mais ils ont vite flairé le bidouillage. Leur châtelain, les mioches, qui seront les adultes de demain (quelle phrase creuse, mon Dieu !), ils le veulent assis, moulé dans le siège et sans date de péremption. Remballe ta mouture de Constitution, fais-en du marc de café, cale un pied de lit dessus, mais oublie la limitation des mandats. Maintenant qu’on l’a depuis Mathusalem, on ne va pas le lâcher ! On le garde. Il supplierait de le laisser s’en aller, qu’on le forcerait à rester !
Même dans le formol ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.