05 Janvier 2016
SVP, rappelez-le

Par Hakim Laâlam
Procès Sonatrach. Tous les prévenus sont d’accord là-
dessus : Chakib Khelil était au courant de tout. Ouais ! Il
était surtout au courant du moment précis…
… où il lui fallait mettre les voiles !
Tous ceux dont l’oreille est collée aux murs du Palais et dont le pavillon interne sait si admirablement recueillir le moindre suintement du béton armé vous le jurent ces dernières heures : Sellal serait sur le départ. Je n’ai pas d’oreilles collées aux parois du Palais. Mes oreilles ne le supporteraient pas, sujettes à de fréquentes otites et autres bobos que connaissent bien les personnes aux oreilles fragiles. Mais si cela s’avérait vrai, que Sellal quitte le Premier ministère, j’aurais alors un fantasme à exposer ici, aux yeux et à l’appréciation de tous, sans retenue et sans pudeur aucune, j’assume : le remplacement de Sellal par… l’Empastillé ! Le retour de Belkhadem à la tête du gouvernement ! Mon Dieu ! Je suis au bord de l’orgasme rien que d’y penser. Abdelaziz II réinstallé aux commandes bloquées de l’exécutif, ça serait l’apothéose de la «cohérence» de gouvernance à l’algérienne. Normal. Logique. Implacable de «droiture zigzagante». Allez ! A vous je peux bien l’avouer, parce qu’incapable de vous cacher quoi que ce soit : si Belkhadem est renommé Premier ministre ou chef du gouvernement, je ferai tout pour être le premier à le féliciter. Je chargerai mon téléphone et le tiendrai à portée de main, son numéro en pré-composé. Oui, bon, d’accord, je n’ai pas encore le numéro de mon Empastillé préféré, mais je peux me le débrouiller. Et, wallah, promis, juré sur l’imam Ali –que je me flagelle le dos avec une cravache si je ne tiens pas ma promesse- que je pondrai ici même une chronique complète, trente lignes pour souhaiter un bon retour à Belkhadem. Je suis fan de l’absurde. L’absurde me fascine. Et cette capacité du régime à embaucher du personnel, à le débaucher et à le réembaucher à l’infini, dans une sorte de mouvement perpétuel me sidère de stupéfaction admirative. Allez ! Puisque nous en sommes aux confessions, dans cet espace intime et feutré de la chronique, répondez juste à cette question : en dehors de quelques couinements en entrefilets dans des journaux privés de pub institutionnelle, qui d’entre vous et moi s’offusquerait vraiment du retour de Belkhadem ? Au-delà d’une semaine, chrono en main, de cris d’orfraie qui finiraient en clapotis à peine audibles, le 8e jour, qui se mobiliserait contre la réinstallation de Abdelaziz II au poste de Premier ministre ? Personne ! Nous sommes bien d’accord là-dessus. Donc, laissez-moi, s’il vous plaît, à mon fantasme. L’absurde est jouissif. Son cousin consanguin, le burlesque, est enivrant. Entre jouissance et ivresse, je savoure déjà les jours à venir. Mumm ! Et je fume du thé pour rester éveillé à ce cauchemar qui continue.

H. L.