Les Britanniques et les Américains ont certes besoin d'une UE valide, mais pas au point de la voir se positionner en rivale.

Le divorce s'annonce houleux. Le mariage de 43 ans ne fut jamais harmonieux, mais des concessions faites ici et là, donnaient un semblant d'entente. Le couple franco-allemand qui tient la tête de l'Union rappelle au Royaume-Uni rebelle qu'il doit trancher et enclencher l'article 50. L'Europe exige un départ immédiat sans concession ni traitement de faveur pour le Royaume-Uni qui a choisi la dissidence. Le vote Brexit aura été un vote de sanction contre les conditions imposées par les institutions européennes, mais il exprime plus un refus de l'immigration et de la mondialisation, qu'un refus de l'union a l'Europe. L'insularité des Britanniques a toujours été connue et s'est toujours exprimée de manière plus ou moins abrupte. On constate l'ampleur de ces mouvements aux idéologies xénophobes qui grandissent à vue d'oeil comme le Front national en France, l'extrême droite en Autriche, et en Pologne. La stigmatisation constante de l'étranger ne fait qu'endommager les fondements de l'Union européenne qui s'autoproclame terre de libre-échange et de libre circulation. On découvre aussi avec froideur que ce vote aura été avancés comme une lutte de classe au sein de la politique du Royaume-Uni. Les couches défavorisées et la classe ouvrière ayant voté principalement Brexit. Car l'Europe a tourné le dos aux plus démunis. L'Europe a encouragé une concurrence de plus en plus exacerbée entre les Etats, pour stimuler le marché commun, elle a fait fructifier les plateformes financières, mais sans exiger des régulations sociales et fiscales communes. En conséquence, les inégalités déjà en cours dues a la mondialisation se sont approfondies. Confronté à la sourde oreille de leurs gouvernements, qui se prétendent frappés de cécité face à l'émergence de ce quart monde sous leurs yeux, il n'est pas étonnant que le populisme l'emporte. Les classes populaires se tournent donc vers des partis aux discours xénophobes car eux seuls semblent faire preuve d'écoute et d'attention à leur égard. C'est le moins que l'on puisse dire. L'Union européenne fait face à la plus grande menace depuis sa création, les voies dissidentes prennent de plus en plus de poids et la fragmentation se profile comme un danger imminent. Les Européens, à commencer par le «couple franco-allemand», crient au scandale et feignent de ne pas comprendre leur partenaire qui, pourtant dès le départ, avait averti de ne mettre qu'un seul pied au sein de l'UE. Les raisons que les diplomates édulcorent pour ne pas envenimer davantage les rapports avec le reste des pays qui forment cet ensemble qui, politiquement n'a ni queue ni tête. L'UE n'est ni une fédération ni un supra Etat. Au-delà de cette inédite construction politique qui tient davantage de l'improvisation que de la définition d'un projet cohérent, il y a les nombreux non-dits et vices de forme qui vont à terme en saper les fondements. L'Union européenne ne devait être, au départ, qu'une Communauté du charbon et de l'acier. C'était l'Europe des Six (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Italie et le Benelux). Le Royaume-Uni n'y avait adhéré que du bout des lèvres en 1973, en même temps que l'Irlande et le Danemark. Faute d'un rapport des forces qui lui soit favorable au sein de l'organisation, il multipliait ses exigences et ses conditions. Bref, il faisait du chantage. Le statut de minoritaire ne lui avait jamais convenu. Et pour cause! Le Royaume-Uni, fort de sa propre organisation internationale, le Commonwealth qu'il estime plus puissante et plus cohérente que l'Europe, n'avait adhéré à la Communauté européenne que pour protéger ses intérêts davantage liés à ceux des USA qu'à ceux des Européens. Mieux encore, il était la tête de pont de l'Amérique en Europe. L'élargissement de l'UE y a fait entrer de nouveaux partenaires acquis aux Américains, ce qui dispense les Anglais de ce mauvais rôle en son sein. L'Angleterre estime qu'avec sa puissance et l'étendue de son empire, elle ne peut accepter le strapontin que lui tendent la France et l'Allemagne. Les Britanniques et les Américains ont certes besoin d'une UE valide, mais pas au point de la voir se positionner en rivale. Or sur les questions géostratégiques, la France sur les questions africaines et moyen-orientales, l'Allemagne sur le front russe, ont des positions et des intérêts aux antipodes de ceux des Etats-Unis. C'est donc la guerre dans laquelle le Brexit est une bombe à retardement. Concernant le «couple franco-allemand», le divorce sera pour bientôt. L'élargissement européen n'a profité qu'à l'Allemagne qui, grâce aux dividendes qu'elle en a tirés, se retrouve leader incontesté sur le plan économique. La France qui est en train de perdre son empire africain, se retrouve étranglée financièrement, pieds et poings liés politiquement face à des Allemands qui lui dictent le niveau de son déficit acceptable et les lois qu'elle doit promulguer. La domination allemande fait le lit de l'extrême droite et des souverainistes français qui, en remportant les prochaines échéances électorales nationales vont acter le décès de l'Europe. En fait, tout se passe comme si l'UE n'est qu'un remake de la Conférence et du Traité de Berlin de 1885, à l'origine des deux guerres mondiales du siècle dernier. L'Allemagne évincée de sa part de colonisation de l'Afrique tient enfin sa revanche sur les Anglais et les Français qui ne lui avaient alors laissé que des miettes. La promesse européenne de conjurer la guerre et de construire un ensemble cohérent pourrait avoir déjà vécu. Les petites nations qui en font partie squattent l'espace pour éponger leurs dettes et quitteront le navire dès que ce que leur demande l'Europe sera supérieur à ce qu'elles en reçoivent. Le Brexit sera suivi du Grexit, du Spexit et du... Frexit.