Nouvelle Constitution. Que va-t-il se passer maintenant que
Abdekka l’a validée ? Il va prendre l’avion pour les…… Invalides ! «Une tentative d’émigration clandestine impliquant 55 personnes déjouée par les forces de l’ANP à Annaba.» Quand tu lis ça, t’as l’impression qu’on a affaire à une opération anti-terroriste, qu’un groupe de tangos aurait été intercepté et neutralisé ou que des casemates bourrées d’explosif prêt à l’emploi auraient été mises au jour et détruites. Yaw ! Doucement camarades ! Il ne s’agit que de citoyens. Parfois des gosses. Des citoyens qui veulent juste fuir. Vous fuir, si vous voyez un peu ce que je veux dire. Les tangos, ils sont assis sur la terre ferme. Plus précisément dans vos salons, à feuilleter et à commenter votre nouvelle Constitution. Les tangos n’ont plus à quitter ce pays clandestinement. Ils sont bien, ici, les Frères des montagnes. Par contre, ceux avec qui vous remplissez ces «bilans glorieux» sont la rançon de la hogra, de la malvie, du désespoir et du vide conjugués. «Bilanter» avec les harragas, faire du chiffre sur le dos mouillé de ces gueux-là, c’est misère ! C’est petit ! Presque aussi petit que de n’avoir pas réussi à faire décoller économiquement un pays avec 280 milliards de dollars de réserve de change et un ticket d’accès direct à caisse de 4 fois 5 ans ! La phase d’après, c’est quoi ? Des communiqués dans lesquels on nous annoncera fièrement que de frêles esquifs, des embarcations de fortune avec à leur bord des dizaines de migrants clandestins, ont été coulés à coups de canon au large de Annaba, d’Oran, de Mostaganem ou de Ténès ? Que des harragas multirécidivistes ont été lapidés sur les places publiques de leurs lieux de «mauvaise naissance» ? Criminaliser un acte de désespoir, c’est offrir le néant aux nourrissons à naître sur cette contrée. C’est proposer le degré zéro du walou comme ligne d’horizon perpétuelle. C’est castrer le rêve en vendant cette boucherie comme un signe de sauvegarde de la dignité citoyenne. Vous êtes arrivés au pouvoir dans les conditions que nous connaissons tous et qui n’ont aucun cousinage avec la démocratie. Malgré les «miracles de l’urne magique», malgré ces pratiques aux antipodes du suffrage populaire, nous nous sommes dit au fond de nous, bien au fond, qu’entre toutes vos «affaires», vous alliez consacrer un peu de temps aux nôtres d’affaires, au bonheur intermittent des petites gens. Peuchère ! On se rend compte finalement que les petites gens, vous leur faites la chasse. Partout. Sur terre. Et sur mer ! Pirates des temps faussement modernes, vous poussez l’audace crasse jusqu’à amalgamer les bilans des noyés avec ceux des opérations antiterroristes.
Impasse terrifiante à quelques heures à peine de 2016 !
Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L. |