| 3e jour du Ramadhan. L’Algérie en mode… … Fabius ! 7 heures 45 minutes. Huit heures moins le quart. Les rideaux des commerces sont baissés. Les volets des maisons sont fermés. Un chat tente de traverser la rue, comme tous les matins, pour entamer sa tournée-retour des restes de poubelles, sur le versant d’en face. Mais là, il hésite. Il pose une patte en bas du trottoir, se prépare à balancer tout son corps de félin nourri au gaspillage sur le bitume déjà brûlant, puis se ravise. Il sent que quelque chose ne va pas dans ce décor. Un truc foireux. Une anomalie. Pas un passant pour lui envoyer un coup de pied dans les flancs. Pas une voiture pour le contraindre à détaler. Même les moineaux habituellement si nombreux à piailler, à pinailler, à chahuter, à se disputer quelques vers imprudents, dans l’ombre rafraîchissante des larges feuilles de platane, se taisent. Ramassés sur eux-mêmes, en boule, le duvet à peine frémissant sous l’effet d’une brise chétive, que l’on aurait dit elle aussi tétanisée par cette ambiance inquiétante. 8 heures. Les rideaux des commerces sont toujours baissés. J’ai même l’impression sourde – eh oui ! J’ai aussi mis en sourdine mon impression – qu’ils sont encore plus lourdement baissés que tout à l’heure, un quart d’heure plus tôt. Docte et sage, le chat s’est définitivement rangé à sa propre théorie. Un événement grave s’est déroulé dans sa ville qui en a détraqué le fonctionnement habituel. Pas question donc de s’aventurer dans une tournée sans retour. A quelques distances des poubelles «dégorgeantes», il est tapi. Tout à l’heure, peut-être. Et c’est d’un œil torve, résigné, qu’il voit s’ouvrir furtivement un volet. D’abord, un quart d’ouverture, puis d’un coup sec, une demi-ouverture, une nappe déployée dehors par des mains agiles, des miettes de ripailles de la veille qui s’envolent, marquent comme une arabesque repue dans le ciel, au niveau de la fenêtre, avant de subir les outrages implacables de la gravité et de retomber en petite grêle colorée sur le trottoir vide. Le bruit de la fenêtre et des volets qui se referment parcourt un court, très court instant la ruelle, heurtant les parois des murs, ricochant sur des façades inertes, pour retomber lui aussi, comme les miettes, en silence de cathédrale. Etant entendu qu’il n’y a jamais silence en la mosquée, les maisons de Dieu ayant un rapport différentié avec les décibels. Ne reste que ce bruit de fond. Comme un moteur fatigué. Un ronronnement phtisique. Deux octaves se succédant sur un rythme presque continue. Une basse. Une haute. Parfois avec une distorsion. Un bruit inquiétant. Un bruit pesant. Comme un métronome échappant au contrôle du musicien. Des ronflements ! Un orchestre de ronflements ! 9 heures 25 minutes. Les rideaux des commerces sont toujours baissés. Les volets des maisons étouffent la vie. La ville dort. Et moi, dehors, à quelques encablures du chat, je fume du thé et je reste éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L. |