15 Février 2015

L’instant magique !

Par Hakim Laâlam
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Quel intérêt y a-t-il à ouvrir un compte en Suisse ?
3% d’intérêts nets d’impôt !
Oh ! J’ai bien conscience que ça ne fera pas baisser les prix de la mercuriale. Ni dénouer les fils inextricables du chaudron qui bout à In-Salah. Encore moins ressouder la fracture sociale, économique et – osons les mots – cultuelle et culturelle qui sépare désormais deux peuples vivant dans un seul pays, mais tout de même ! L’Algérie, la terre, au sens propre comme au sens symbolique, a été le théâtre, le temps d’une journée pluvieuse et sacrée, particulièrement pour les sémites, d’un instant magique. Un intermède sous forme de formidable nique aux intolérances dont nous sommes gavés depuis des lustres. Nous sortons à peine de la manif’ de la honte, celle d’intégristes professionnels encadrant des jeunes et des moins jeunes fanatisés et organisés en meutes hurlantes scandant «nous sommes Mohamed ! Gloire aux frères Kouachi, les martyrs !». Nous en étions là de nos désespérances à quitter la force d’attraction de la nébuleuse verte, à croire qu’il était impossible de se désamarrer de la bêtise travestie en kamis et en yeux soulignés au khôl lorsque Roger a débarqué en Algérie. Et que l’Algérie officielle a eu ce si rare moment de lucidité, d’intelligence fine et aux mille ressorts de faire haie d’honneur au juif pied-noir revenu au pays pour s’y reposer à l’éternité méritée. Instant magique où la République, par ailleurs grandement incompétente à gérer son territoire, notoirement déficiente à mener son peuple vers le bonheur, a pourtant su, là, précisément, s’ouvrir une fenêtre de tir vers l’humanisme et la réconciliation, la vraie, celle entre ses fils, naturels. Il faut avoir le fair-play, la dignité et la hauteur de vue historique de reconnaître l’habileté et le cœur conjugués dans cette affaire de… cœur. Un cœur fatigué, en bout de course à 89 ans et qui a balbutié dans ses derniers moments sa volonté de s’allonger dans les entrailles qui abritent déjà son père et le reste de la tribu juive. Je reconnais aussi et surtout au Palais cette habileté à avoir su déjouer un piège comme seules les sociétés aphasiques et en manque de regard d’avenir savent en poser : Hanin revient dans l’avion de Boutef’ ? Quel scandale ! Alors qu’Assia Djebar rentre par vol régulier ! Ben… même pas ça ! Le piège n’a pas fonctionné. Roger et Assia sont revenus chez eux par vol régulier, banal de régularité. Oui ! Instant magique géré magnifiquement par le Palais. Je sais ! J’en choque beaucoup qui ont pris l’habitude avec moi, ici, d’y aller franco contre les remparts de ce même Palais, à grosses salves. Demain peut-être. Demain, sûrement. Les salves repartiront de plus belle, parce que la démocratie et la dérision, c’est aussi cela, rire des puissants, tout le temps de leur puissance. Mais maintenant, juste ce coup de chapeau pour un coup de maître. Avec ce petit regret tout de même. Ah ! Si Roger et Assia étaient revenus dans la même soute du même avion, sur le même vol régulier. J’aurais alors donné tout l’or du monde que je n’ai pas pour être une mouche dans cette soute et y écouter religieusement ces deux-là parler, disséquer, dire en Algériens ce qu’ils pensent de l’Algérie de 2015. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar, malgré les instants magiques, continue.
H. L.
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