A LA UNE/ACTUALITÉ_Economie
le 16.11.15 | 10h00

L’éthique pour résister à la corruption au sein de l’administration

Comment les collectivités locales doivent-elles s’y prendre face à des appels à la rigueur et à la discipline budgétaire qui fusent de partout, et par quel moyen peuvent-elles adapter leur train de vie à des capacités sérieusement réduites et mettre un terme à des habitudes de consommation prises pendant la défunte embellie financière ? «Pour contrer les effets de ce nouveau choc pétrolier, le ministère de l’Intérieur a institué, à travers la LFC 2015,
un mécanisme de solidarité financière locale entre les communes de la même willaya.

Les communes financièrement à l’aise doivent aider celles qui le sont moins. Aussi, deux instructions ont été données en septembre dernier : elles concernent la rationalisation des dépenses locales et l’optimisation des ressources propres. Aussi, de nouvelles modalités d’élaboration des budgets des communes et des wilayas ont été mises au point», nous a répondu M. Ferari. Autant dire que le boulevard est, peut-être, en passe de se fermer aux pratiques douteuses
ayant longtemps entaché la gestion des affaires locales,
et ce, sous l’œil protecteur des assemblées et de l’administration centrale.

C’est du moins ce que laisse déduire le professeur et maître de recherche Messaoud Mentri, de la faculté de droit (Université Badji Mokhtar Annanba) : «Les administration et assemblées locales vont devoir faire face à une période qui s’ouvre bien plus contraignante, et ce, du fait de la raréfaction des fonds publics. L’utilisation souvent irrationnelle des deniers publics, l’absence de transparence dans la gestion des finances publiques, la multiplication des actes de corruption et de détournement de deniers publics doivent être soulignés et ne peuvent plus être tolérées dans une phase
de crise financière provoquée par la chute des cours du pétrole.»

Concilier liberté d’action et précautions, comment y parvenir ? «Le recours indispensable à l’éthique en tant que nouvel outil de gestion en mesure d’instituer une saine gouvernance de nos collectivités locales», recommande vivement le juriste Kamel Rahmaoui. Car, explique-t-il, «bien qu’un impressionnant dispositif légal et réglementaire ait été mis en place pour encadrer la gestion des collectivités locales, la corruption, la fraude, le gaspillage des fonds publics, les conflits d’intérêts, le népotisme, la collusion, les rumeurs sur les comportements des fonctionnaires publics, les pots-de-vin et même le blocage du fonctionnement des assemblées élues ne cessent
de miner la confiance des citoyens envers leurs élus locaux et les agents publics.»

La norme juridique n’étant donc, à ses yeux, pas en mesure de remédier à cette situation «fort préoccupante et qui handicape sérieusement le développement économique local voire du pays et menace même sa stabilité», s’inquiète-t-il. «La nouvelle loi sur la commune lui reconnaît le droit de contracter des prêts auprès des banques pour concrétiser des projets structurants et rentables. Les compétences adéquates et capables de mener ces projets, du début à la fin, en existe-il réellement, surtout lorsqu’on sait que les obédiences politiques pèsent beaucoup. L’élu local s’attache à défendre la ligne de son parti, et ce, quels que soient les résultats
des choix politiques de la formation dont il est issu ?», se soucie le Dr Rahmaoui.

Naima Benouaret