Federer, « old school » et tellement moderne
Vainqueur à Cincinnati, le Suisse a enthousiasmé la planète tennis toute la semaine avec ses demi-volées en guise de… retour de service.
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Roger Federer a enflammé les réseaux sociaux cette semaine. En vedette, sa nouvelle tactique sur les deuxièmes balles de service de son adversaire : se positionner à un mètre de la ligne de service, maîtriser le retour et se ruer au filet, laissant ainsi évidemment un minimum de temps à son opposant pour s’organiser. C’est évidemment très spectaculaire et souvent très efficace. Un « chip and charge » à l’ancienne, revu et corrigé par le Suisse. Pour certains, en se positionnant aussi près de la ligne, Federer, 34 ans, a inventé un nouveau coup. Je n’irai pas jusque-là. Il bonifie, magnifie, une tactique vieille comme le tennis. Et avec son talent, ça devient absolument magistral, surtout lorsque de l’autre côté du filet se trouvent des serveurs de la trempe de Kevin Anderson, Feliciano Lopez ou Novak Djokovic en finale. Parce que, même en deuxième balle, ça envoie !
Federer explique qu’il a commencé à pratiquer ce retour à l’entrainement pour rigoler et que commençant à le maîtriser de mieux en mieux, l’idée d’en faire une arme nouvelle a fait son chemin. Le plus difficile dit-il est « d’identifier le moment où je peux ou pas le faire ». Mais il n’a pas échappé à celui qui vient de redevenir numéro deux mondial que cette tactique met une pression folle sur le serveur et qu’il joue avec ses nerfs. Ce dernier est désormais dans l’expectative. Car le chip and charge made in Bâle peut surgir à tout moment, ce qui contraint le malheureux à « forcer » sa deuxième balle et parfois commettre une double faute, demandez à Novak Djokovic. Car c’est avant tout le but de cette tactique. Mais il faut être Federer pour se dire que l’on va maîtriser la balle, si toutefois elle passe, et mieux, gagner le point !
Un joueur a marqué à jamais le public par une position ultra-avancée au retour : Michael Chang en 1989, en huitièmes de finale à Roland-Garros. C’est ainsi, sur la balle de match, qu’il avait provoqué la double-faute d’Ivan Lendl. Au bord des crampes, Chang n’avait pas en tête de se ruer au filet -il a d’ailleurs reculé un peu au moment où Lendl a commencé son geste - mais bien de perturber le numéro un mondial. Ce qui avait fonctionné.
Avare de ses secrets de fabrication -et c’est bien normal- Federer n’expliquera jamais comment il travaille spécifiquement ce coup. J’ai une piste toutefois. Celle de mes souvenirs. Il n’y a pas loin d’une trentaine d’années, sur un court annexe de Roland-Garros, j’avais assisté à un entrainement de McEnroe sur cette thématique bien spécifique de la relance. Afin de développer son œil, sa rapidité d’exécution et sa coordination, Big Mac se tournait dos au filet sur le retour. Et au moment où Peter Fleming, son partenaire d’entrainement, lançait sa balle de service, il lui criait « go ». McEnroe se retournait sur lui-même à la vitesse d’un éclair pour se retrouver dans le sens du jeu et tentait de réussir son retour. Essayez, avec un bon serveur en face de vous, et vous verrez, ce n’est pas évident du tout. Et bien McEnroe, qui avait commencé assez loin de la ligne de fond, avançait progressivement à chaque nouveau service pour corser l’exercice. Car lui aussi, en match, était capable de relancer ultra-tôt, sans pour autant tomber dans les actuels « excès » de Federer.
La question est maintenant de savoir si le Suisse va faire perdurer cette pratique ou si elle restera la tendance d’un été. Il y a de grandes chances, vu la façon dont il la maitrise, qu’on la voit de nouveau, notamment en indoor où, sans vent ni soleil, les conditions de jeu sont idéales pour ça. Alors que le tennis a tant évolué ces 15 dernières années, il est amusant de noter que c’est souvent avec deux coups old school remis à sa sauce -ce retour-volée supersonique donc et son chip « poussé » de coup droit- que Federer sème la zizanie chez ses adversaires.