Le pouvoir veut "verrouiller" l'audiovisuel en prévision de la "succession" (analyste)
RSF s'inquiète
Rédaction HuffPost Algérie
Publication: 26/05/2016 19h42
Mis à jour: il y a 2 heures


La volonté du gouvernement « d’assainir » le secteur de l’audiovisuel qu’il a laissé se développer
dans l’informel répond à un agenda politique du pouvoir qui veut empêcher les « contestations »
de se fédérer et « verrouiller » le paysage médiatique afin de préparer la « succession »
estime l’analyse Abed Charef dans un article intitulé « Un Rebrab averti vaut trois Khalifa ».

L’organisaton Reporters Sans Frontières (RSF) s’est inquiétée jeudi 26 mai 2016 de la décision
annoncée par M.Abdelmalek Sellal de confier au ministre de la Communication, M. Hamid Grine,
la mission d’“assainir” le secteur de l’audiovisuel.
Pour l’ONG ce « blanc-seing donné à l’exécutif
pour l’octroi des licences” est un pouvoir « exorbitant » alors que l’autorité de régulation de l’audiovisuel,
indépendante, selon le Code de l’information algérien de 2012 n’a pas été encore mise en place.

Ces « mesures draconiennes pour interdire les chaînes de télévision non-agréées » annoncées par
M.Sellal comprennent notamment la mise en place d’un agrément sur la base d’un cahier des charges
fixant les droits et obligations de ces chaînes.
Le fait que le Ministre de la communication soit en charge
de l’application de ces mesures » en attendant la mise en place de l’autorité de régulation de audiovisuel »
n’a rien de rassurant aux yeux de RSF.
“Cette démarche du gouvernement algérien est préoccupante
puisqu’elle donne à l’exécutif tout pouvoir pour octroyer ou non les licences aux chaînes »,
a déclaré Yasmine Kacha, responsable du bureau Afrique du nord de RSF.

« Il serait plus judicieux dans un premier temps de donner sa pleine dimension à l’autorité indépendante
chargée selon l’article 55 de la Loi de 2014 sur l’audiovisuel, d’instruire les demandes de création de
services de communication audiovisuels », poursuit-elle.
« Bien que cette instance ne soit pas chargée
d’attribuer les licences, elle constituerait jusqu’à un certain degré une garantie pour une presse libre et
indépendante du pouvoir politique » ajoute Yasmine Kacha. Pour rappel, seules 4 chaînes sur les 58
qui activent sont « légalement » autorisées à exercer en Algérie avec un statut étranger: Dzair TV,
Ennahar TV, El Djazairia et Echourouk TV.
M.Abdelmalek Sellal s’est livré lundi 23 mai à une vive
diatribe contre les chaînes de télévision « offshore » accusées de rapacité, de pratiquer du chantage.
Il a annoncé que le ministre de la communication Hamid Grine est chargé par le gouvernement d’assainir
la « situation dans les plus brefs délais », l’appelant à prendre des mesures contre les chaînes TV non agréées.

Un message aux « anciens amis »
Dans une chronique publiée sur Le Quotidien d’Oran, le journaliste et politologue Abed Charef évoque
le background politique du bras de fer entre le pouvoir et le milliardaire Issad Rebrab.

Il considère que la décision du gouvernement « d’assainir le secteur de l’audiovisuel » vise clairement
à signifier à M.Rebrab que même dans le cas où la justice statuerait en sa faveur dans l’affaire du rachat
d’El Khabar il se retrouvera avec un groupe de presse sans la chaîne de télévision.

« Le pouvoir ne lésine pas sur les moyens. Pour empêcher Issaad Rebrab de mettre la main sur une télé
offshore, il va interdire 35 chaînes » note Abed Charef qui voit dans le soudain durcissement du
gouvernement à l’égard des TV offshore un message adressé « à tous les « anciens amis » qui auraient
la velléité de se découvrir un statut d’opposant. »
Pour lui, le gouvernement a décidé de sévir car dans
le contexte économique et social difficile actuel, il n’entend pas « permettre à des pôles contestataires
de se fédérer. »La seconde raison de ce durcissement est la préparation de la succession du président
Bouteflika. Les groupes les plus influents au pouvoir veulent « se préparer suffisamment à l’avance pour
mieux organiser les choses. Ils veulent donc verrouiller le jeu dès maintenant pour éviter tout risque de dérapage.