Le pétrole remonte, aidé par l’Arabie saoudite

Le cours du pétrole , le Brent, référence pour le pétrole algérien, est remonté ce jeudi 12 janvier, atteignant 56.2 dollars le baril à 18h41 GMT, profitant de l’annonce par de membres-clé de l’Opep de la réduction de leur production et de leurs exports. Mais aussi de la faiblesse du dollar face à l’euro. À 15h, la monnaie unique européenne valait 1,0647 dollar contre 1,0509 dollar mercredi vers la même heure.


Les cours avaient baissé en début de semaine, avec la persistance des doutes du marché sur la mise en œuvre de l’accord de réduction prévue. De forts doutes en particulier se sont faits sentir au vu de la hausse des exportations de l’Irak, deuxième producteur de l’Opep après l’Arabie saoudite. La hausse de la production américaine est une autre cause d’inquiétude des marchés.


Jeudi, le ministre saoudien de l’Énergie, Khalid al-Falih, a déclaré lors d’une conférence à Abu Dhabi que le royaume avait réduit sa production jusqu’à atteindre le niveau le plus bas depuis près de deux ans, rapporte Reuters.




Pour Al-Falih, l’accord de l’Opep accélérerait le rééquilibrage du marché du pétrole et les prix y répondraient plus tard cette année. Le renouvellement de l’accord, prévu pour six mois, sera discuté par les producteurs « plus tard », a-t-il ajouté. Selon M. al-Falih, la demande mondiale devrait augmenter de plus d’un million de bpj en 2017, et le marché devrait se resserrer en deux ou trois ans.


En janvier, l’Arabie saoudite a réduit sa production d’au moins 486.000 bpj, la faisant passer à 10.058 millions de bpj. Après avoir réduit ses exports vers l’Europe et l’Amérique, l’Arabie saoudite a réduit ses exportations vers l’Inde et les pays d’Asie du sud-est, tout en maintenant pour l’heure sa place sur le marché dans le reste de l’Asie.


Le royaume envisage toujours l’entrée en bourse de 5% du géant Saudi Aramco, et espère en tirer 100 milliards de dollars. Le pays a intérêt de maintenir une hausse du prix du baril, qui rendrait cette opération plus lucrative, explique Olivier Rech dans Challenges.


Le ministre koweïtien de l’Énergie, Essam Al-Marzouq, a affirmé lors de la même conférence que le Koweït avait déjà réduit sa production d’une quantité supérieure à celle promise lors de la conclusion de l’accord, selon Reuters.


Le ministre émirati, Suhail al-Mazroui, a lui aussi affirmé qu’il était prématuré de parler d’une prolongation de l’accord au-delà des six premiers mois. « Il faut de la compétition dans le marché du pétrole, et tenter de fixer le marché pour atteindre un prix donné ne fonctionnera pas, parce que tous les membres de l’Opep ne soutiendraient pas une telle stratégie », a-t-il dit, rapporte le journal émirati The National.


Le ministre a par ailleurs affirmé que la production émiratie se poursuivrait et envisageait de passer de 3.15 à 3.5 millions de bpj. « Nous nous sommes engagés à réduire l’approvisionnement en pétrole et c’est en cours. Les capacités de production supplémentaire serviront de réserve en cas de pénurie », a-t-il expliqué, selon l’AFP.


Le ministre irakien, Jabar Ali al-Luaibi, a déclaré quant à lui que son pays « espérait de meilleurs prix », ajoutant que l’Irak avait réduit ses exports de 170.000 bpj et envisageait de les réduire encore de 40.000 bpj cette semaine.


De forts doutes ont été émis ces derniers jours sur la réduction de la production irakienne, les exportations depuis le sud de l’Irak ayant atteint un record de 3.51 millions de bpj en décembre, selon Reuters, qui indique que les exportations depuis Bassorah devraient augmenter de 3.641 millions de bpj en février. Le ministre irakien a toutefois affirmé que l’augmentation des exportations en décembre n’affecterait pas la décision irakienne de réduire sa production en janvier.


Jeudi, le Secrétaire général de l’Opep, Mohammed Barkindo, a affirmé qu’il n’y avait pas de raison de douter de la coopération de l’Irak dans l’initiative de réduction. Il a aussi indiqué que le cartel s’attendait à voir les inventaires mondiaux baisser d’ici le deuxième quart de l’année, précisant que l’Opep ne visait pas de prix précis mais souhaitait que le baril atteigne un prix qui permette d’entretenir l’investissement dans l’industrie du pétrole.




En Russie, les conditions météorologiques ont déjà permis une réduction de 100.000 bpj pendant les premiers jours de janvier, selon Reuters. « Il n’y a aucun doute sur le fait que la Russie honore tous les points de l’accord et toutes les obligations qu’elle a prises », avait déclaré un porte-parole du Kremlin mardi dernier, sans préciser si la réduction de 100.000 bpj faisait partie de cet effort.


Selon BMI Research, les pays de l’Opep et hors Opep semblent se conformer aux décisions de l’accord, cette conformité étant évaluée à environ 73%, rapporte Reuters.


La première réunion du comité ministériel de supervision de l’Opep est prévue à Vienne les 21 et 22 janvier.


Du côté américain, la production de brut devrait augmenter de 110.000 bpj en 2017 pour atteindre 9 millions de bpj, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie, qui avait prévu un déclin de 80.000 bpj le mois dernier.


La demande mondiale devrait augmenter « plus fortement que prévu » en 2017, selon Olivier Reich, avec une prévision à la hausse par l’Agence internationale de l’énergie des consommations russes et chinoises. En Chine, l’augmentation de la production automobile est un facteur de la hausse de la demande de pétrole. Selon Olivier Reich, si les producteurs tiennent parole, le marché « devrait se rééquilibrer en 2017 ».


Au cours des années suivantes, si la baisse des investissements pétroliers se poursuit, le recul en conséquence de la production de pétrole pourrait « très facilement » faire remonter le prix du baril autour de 90 dollars, selon M. Reich. Une hausse trop importante des prix relancerait cependant le pétrole de schiste aux États-Unis, un scénario que les producteurs de brut souhaitent éviter.