Chronique du jour_Ici mieux que là-bas
04 Octobre 2015

Ô Conscience!

Par Arezki Metref
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Retour hébété de vacances au paradis de… Satan… Eh oui, vive le paradoxe ! Vanné. Crevé. Et du vague à l’âme !... Et plein d’interrogations de toutes sortes. Notamment sur les clichés. La propagande. Et la bêtise à travers les âges et les landes ! Ça promet !
Mais zut, il ne faut pas parler de choses personnelles …
Et si je ne raconte pas mes histoires, de quoi pourrais-je donc bien parler ? Dis-le-moi, un peu… De tes histoires à toi, peut-être ? Ou des nôtres mais à ta façon ?
Donc, rien de personnel… Alors écrire quoi ? Du brut de décoffrage… Du lourd ! Tiens, vise un peu le morceau : l’Algérie est à la croisée des chemins. Son destin se joue en catimini dans des luttes d’appareil dans lesquelles les forces sociales sont totalement absentes. Tout le politique au sens noble du terme se réduit à de sordides calculs et coups bas autour des leviers du pouvoir. (Ovation)
Ça te va, Ô Conscience exigeante et incorruptible ? C’est ça que tu aimes ? Les clairons ! La fanfare ! Le ronflement ? Je tiens à ta disposition deux turbines et un ronfleur hors échelle…
Soyons sérieux ! L’actualité est opaque. Et incandescente. Ça chauffe. Plus qu’avant ? Ça accélère …
Essayons d’élaguer ses maquis sans trop abuser de cette langue de bois qui fait la solennité que tu apprécies, Ô Conscience ! Toi qui aimes tant les mots qui tonnent comme les fusils de la liberté.
Toufik, inamovible depuis un quart de siècle, a pris sa retraite. Chacun s’est formé son opinion sur la question. Enfin. Oui ! Une opinion !
Tant mieux disent ceux qui, pour diverses raisons, ne le portent pas dans leur cœur. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux que l’on soupçonne d’obséquiosité devant sa puissance jusqu’alors invincible, ont opéré une volte-face sonore qu’on a entendue du fin fond du désert. Un claquement de talon de premier choix.
La vie étant une alternance de retournements, on ne tardera pas à voir ses meilleurs supporters devenir les affidés des nouveaux puissants. Le roi est mort… Classique !
Mais même si le départ de Toufik est un élément important dans la nouvelle façon de l’architecture du pouvoir, comment ne pas s’étonner de la place qu’on lui accorde dans les commentaires politiques et journalistiques ? Un tremblement de terre ! L’éruption d’un volcan… Un tsunami…Presque la fin de l’histoire !
Régulièrement, des chefs de services de renseignement prennent leur retraite sans que cela atteigne la dimension d’un psychodrame national. Le fait même que sa mise à la retraite, dont on ne sait pas grand-chose en réalité, ait cette résonance prouve l’importance des services dans la structure de l’Etat, voire du pays.
De plus, comme en un jeu de dominos, la chute de Toufik semble en entraîner d’autres. Plus grave encore, et plus incompréhensible pour le profane, l’arrestation du général à la retraite Benhadid pour avoir, semble-t-il, diffamé Ali Haddad. Difficile de voir clair dans l’imbroglio. Il paraît quand même stupéfiant de l’arrêter manu militari dans sa voiture.
Quoi qu’il en soit, comme tu le dirais toi, Ô Conscience, seul Dieu est apte à leur faire face !
Le fait est qu’on devine que la lutte sans merci qui a entouré le Trône commence à avoir un perdant… L’Algérie y gagne-t-elle quelque chose ?
Heureusement, tu as des cibles plus faciles ! Allez, vas-y, jette la pierre la première !
Tiens, Boualem Sansal par exemple ! Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, il est le bouc émissaire idéal. On peut lui taper dessus à tire-larigot, pas de risques… On peut même se forger sa petite portion d’héroïsme en le ratatinant dans des pensums fleurant bon l’amour de la patrie.
De quoi donc n’est-il pas coupable ? On lui reproche jusqu’à l’admiration germanopratine qu’il suscite. Cela rappelle le procès intenté par l’intelligentsia nationaliste organique à Mammeri à qui l’on faisait grief du fait que la presse colonialiste aime La Colline oubliée. Comme si c’était de sa faute !
A Sansal, on reproche pêle-mêle, son voyage et ses déclarations en Israël — sur lesquels, il y avait sans doute à nuancer d’un certain point de vue —, son roman 2084 et l’ambition de subvertir Orwell, son mimétisme houellebecquien, les faveurs forcément intéressées de la critique parisienne à son endroit, et j’en passe.
En fait, on lui reproche ce qu’il dit et ce qu’il ne dit pas. Ce qu’il fait et ce qu’il ne fait pas.
Tu lui fais grief, au vrai, Ô Conscience, d’avoir démoli les tabous qui te servent de valeurs qu’au passage tu as trahies de longue date. Je sais qu’à tes yeux, j’aggrave mon cas, mais je te rappelle que Boualem Sansal n’est pas un prophète, ni un guide, ni un gourou, ni un leader politique.
Il n’est qu’un écrivain qui raconte des histoires et parfois fait des déclarations parce que le système médiatique est ainsi fait. Ses propos ne sont que ceux d’un homme. Inutile de leur donner un poids qui n’est pas le leur.
En cette rentrée, Ô Conscience nationale, tu t’es aussi inventé une autre cible : Merzak Allouache. Il a commis le crime imprescriptible de participer au festival international de Haïfa en Israël avec son film Madame Courage.
Ô Conscience dite nationale qui t’émeus que Boualem Sansal ait du succès en Europe et qu’Allouache te trahisse en participant à un festival à Haïfa, accorde un peu de ton indignation à tous ces voleurs qui pillent le pays en ton nom ! Et qui, en plus, se permettent d’intenter des procès aux autres !

A. M.