30 Décembre 2015



Bou M’derreh !

Par Hakim Laâlam
Coup de colère de Toufik : «Arrêtez de parler en mon…
… prénom !»
Des fois, je me dis que les gens ont raison d’accuser la presse de participer à la baisse du niveau du débat politique en Algérie. Quand je lis que le pays est suspendu au «Duel Saâdani-Ouyahia» pour les sénatoriales, je zieute aussitôt vers ma pharmacie et le flacon de Primperan. Ya Dini ! Le duel Saâdani-Ouyahia ! Torché comme ça, t’as l’impression d’assister au duel Khrouchtchev-Kennedy, sur fond de guerre froide entre l’URSS et les USA, en 1961. Ya djamaâ, Saâdani ! Ya djamaâ, Ouyahia ! Je ne sais s’il nous reste encore un brin de cheveu coupé en transversale pour enrayer la machine à propagande, mais essayons bark de nous donner des baffes afin de nous réveiller, de sortir de ce coma aux relents mortifères. Saâdani ! Ouyahia ! Je l’écris. Je le réécris ! Et s’il me faut le faire en continu sur toute la page, je le ferai, à charge pour mon journal de m’accorder l’espace. La guerre froide, la Baie des Cochons, le déploiement des missiles, Cuba, Castro et le redécoupage du monde, je connais. Je connais un peu, juste un peu. Ce peu, ce très peu, couplé à mes tempes grises et à mon arthrose me permettent un chouia de dire «basta» avec ces duels de pacotille que nous amplifions, que nous théâtralisons et que nous vendons ensuite comme «déterminants». Allah yarhem babek, que veux-tu que ça détermine un duel entre Saâdani et Ouyahia ? Quel cours de quelle histoire va se trouver bousculé par un tandem pareil ? Wallah que même l’historiette de la saison de Ligue Une Mobilis n’en frémirait pas d’un poil de ce duel Saâdani-Ouyahia. Même aux spectacles de fin d’année, dans les crèches et primaires, les mioches trouveraient ça ringard comme scénario à un sketch ou à un spectacle de marionnettes. Que les deux «messieurs» fassent leur cinoche, leur mauvais cinéma, libre à eux. Qu’ils se plient aux caprices et calculs tordus du réalisateur en chef, ou du cabinet de réalisateurs, qu’ils acceptent les folies des habilleuses, des costumières et des maquilleuses, grand bien leur fasse, mais nous ? Oui, nous ! Devons-nous nous prêter à ce vaudeville ? Je l’ai écrit. Je vous avez prévenus, je le réécris. Afin que vous saisissiez bien «l’enjeu», la «dimension» : Saâdani ! Ouyahia ! Aujourd’hui, si tu racontais ça aux ossements des Cochons, la baie éponyme en résonnerait fort de leurs fous rires.
Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.