Le gouvernement organise une journée d’étude sur
les réformes de Abdekka. Une journée ? Une journée
complète ? On m’aurait dit ½ heure, j’aurais compris.
Et encore !
Pause-café comprise !
Ça y est ! Ça a pris le temps, mais on y est enfin ! Les éléments de langage ont été acheminés et réceptionnés par les bons supports, les «rebords de balcons exemplaires». Et du coup, en chœur, Mimi Pinson aux baguettes, on nous explique avec une pointe de condescendance que nous avons tort de grossir l’affaire dite de «la lettre de Gaïd Salah à Saâdani». Que nous sommes montés sur nos grands chevaux alors qu’il ne s’agit finalement que d’un acte individuel, n’engageant pas du tout l’institution. Moins cinq et on allait nous suggérer l’acte isolé ! D’abord, cette précision équestre. Nous ne possédons pas de chevaux, ni grands ni petits et de ce fait, nous ne pouvons grimper sur le dos de canassons. Par contre, nous en connaissons un petit bout sur les vieux canassons et leurs bidouillages, pour avoir eu à les subir depuis l’indépendance, voire même avant pour les plus âgés d’entre nous. Et donc, ce contexte ainsi déblayé, les chers éclaireurs de notre sombre mode de pensée et de déduction nous jurent que nous voyons le mal partout, alors qu’à l’origine, le bon très vieux général n’a eu à l’esprit qu’une simple envie folle furieuse de courtoisie à l’endroit de Si Amar, et que s’il s’est autosaisi d’un stylo, qu’il a rédigé avec une bafouille, c’est parce qu’il est gentil, au fond, très au fond, malgré ses allures grognardes. Permettez-moi d’avoir des doutes sérieux lorsqu’on évoque devant moi la rencontre fortuite entre Aâmmi Salah, un stylo et une feuille. J’aime les contes, mais j’ai horreur de dormir debout, préférant la station allongée pour mes phases de repos. Et la tripartite Gaïd-Stylo-Feuille, je hum ! hum ! de doute poli. Pour une raison somme toute générique. Ce régime ne permet pas ce genre de «bourdes». C’est IMPOSSIBLE ! Si le très très vieux soldat avait un besoin vital d’expurger son trop-plein de gentillesse et de courtoisie à l’endroit de Amar l’Artiste, il avait son numéro de portable. Il pouvait l’appeler, le féliciter et lui dire de manière intime, juste entre eux deux, tout le bien qu’il pense du dernier album sorti en avant-première à la Coupole du 5-Juillet, et sur lequel autant d’amateurs ont dansé et applaudi, gouvernement et Premier ministre compris. Pas besoin de lettre ni de… cachet et d’en-tête de l’institution pour ça. Tilifoun, bark Aâmmi Salah ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L. |