22 Mars 2015

Le pays où il n’y a jamais d’éclipses !

Par Hakim Laâlam
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Les scientifiques sont formels. Il faut des lunettes spéciales pour observer Saâdani. Et des
… boules Quies pour l’écouter.
Depuis le dernier discours bodybuildé de Abdekka, je n’ose même plus aborder le sujet. Quel sujet ? Mais l’éclipse, voyons ! Et zut ! Je viens de coucher le mot ! Je m’attends au pire. Ils vont frapper à ma porte dans un instant. Peut-être sont-ils déjà dans la cage d’escalier. Heureusement que l’ascenseur est en panne depuis 1962. Ce qui me laisse de la marge pour m’éclipser ! Et re-zut. M’enfin ! Qu’est-ce qui me prend d’employer le terme éclipse ainsi, en rafale ? Dans l’état d’esprit du discours de jeudi dernier, l’éclipse ne peut être comprise comme une affaire strictement naturelle, scientifique et de curiosité humaine normale. Jamais de la vie ! Ils vont immédiatement penser que je fais allusion à la… succession de Abdekka. Ben oui, faut pas se leurrer. Un chroniqueur qui chronique sur une éclipse au moment où Alger bruit tout entier de raclements de fauteuils, de roulis des roues que l’on pousse vers le placard, de grincements des lames de couteaux dans les cuisines et foyers où se concocte le menu dans lequel nous figurons en bonne place, à la rubrique «Plat principal», ce n’est certainement pas fortuit qu’un mauvais personnage comme moi, pas professionnel pour un sou, pas éthique pour un centime et surtout pas bioéthique, plonge son vilain nez puant dans le phénomène d’éclipse totale du soleil. Pourquoi, sinistre défaitiste devant l’Eternel que je suis, ne me contenterais-je pas d’écrire sur l’éclipse totale ou partielle à une autre période ? J’allais répondre parce que c’est maintenant que l’éclipse a lieu, c’est l’actualité, et l’actualité dicte le tempo au journaliste professionnel et éthique. Eh ben non ! Je ne l’écris pas ! Oubliez même que vous venez de lire les deux lignes précédentes. Désormais, si une éclipse est annoncée pour un jour «J» ignorez ce jour «J» et traitez de l’éclipse un jour «X» ou même «Z». Personne ne vous en voudra vraiment de décaler l’actu. Surtout pas les gens du Palais. En gros, et pour résumer de manière très professionnelle, loin de toute volonté malsaine de semer le vent, la pluie et la grêle de la fitna dans le si beau et si paisible pays qu’est l’Algérie, il y a eu éclipse partout sur la planète, même au Vanuatu meurtri par le dernier typhon, vraiment partout, sauf en Algérie. L’Algérie a été, alhamdoulillah et alhamdouliAbdekka, préservée de l’éclipse, épargnée par ce fléau qui visait en fait à nous déstabiliser. En Algérie, c’est simple, on ne s’éclipse pas. Lorsqu’on n’est plus visible sur les radars et les écrans, c’est juste qu’on travaille, qu’on se repose ou qu’on médite sur le bonheur de son peuple. Mais d’éclipse, jamais ! Je fume du thé et je reste éveillé, le bonheur continue.
H. L.
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23 Mars 2015
La seconde vie de Max la Menace !

Par Hakim Laâlam
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Devinette. Quelle est la grève qui gêne le moins, n’inquiète franchement pas le régime ? La grève des…
… médecins, bien sûr !
Je n’en reviens pas ! Non seulement, ce n’est pas lui qui lit en direct-live ses discours, mais «paraîtrait-il» que ce n’est même plus lui qui les rédige ! Le choc ! Surtout pour celui qui, d’habitude, nous lit les discours de Abdekka. T’imagines la scène. Lui, au pupitre, dominant la salle, le ton fort, la voix assurée et parlant à la première personne : «J’ai décidé de tout fermer. L’oxygène. Le soleil. La pleine lune. Tout cela sera désormais sévèrement réglementé, surveillé et ceux qui oseraient se servir en douce de ces richesses hors hydrocarbures réglementées seront férocement châtiés. Pour le bien et la cohésion de la Nation, bien sûr.» Déjà, avant, dans la salle, les gens, polis de nature, tout en retenue, applaudissaient gentiment tout en souriant sous cape, sachant que le bonhomme qui s’adressait à eux à la première personne du singulier ou à la première du pluriel n’était pas la bonne, la vraie mais juste un porte-voix. Et là ? Le sourire narquois va redoubler de narquoiserie dans les travées s’il se confirme que ce n’est même pas le Raïs qui a rédigé la bafouille. Abyssal ! Mise en abîme. 3e dimension du discours. 4e palier de la procuration de parole. Qui rédige quoi ? Qui s’adresse à qui sous la plume de qui, de quoi ? Comme si nous n’avions pas assez de problèmes comme ça, il nous faut à présent jouer à découvrir l’écrivain mystère ! Qui rédige vraiment ces
textes ? Mais, à bien réfléchir, peut-être serait-il plus facile de poser la question autrement : qui n’a pas pu écrire le dernier discours de Abdekka ? Doucement ! Doucement camarades ! Je vous vois tous bondir sur la même personne, Saâdani. C’est vrai que c’est plutôt tentant d’écarter d’emblée la «piste Amar», de ne pas imaginer un instant qu’il puisse endosser la paternité de ce discours. Pourtant, relisez bien le texte. Mal écrit. Tout dans la démesure criarde, à l’image de ses costumes glacés et à rayures. Violent. Affreusement soudard et un brin, un «gros brin» décousu. Réfléchissez bien avant de biffer le nom de Saâdani de la liste des écrivains. Moi, la possibilité que le musicien de chambre soit l’auteur du dernier discours présidentiel me semble la plus plausible. Elle correspond parfaitement au moment, à l’instant Algérie que nous vivons. Celui des Max la Menace. Celui de la ch’kara. Celui de l’impunité. Celui du trousseau de clés ostensiblement attaché à la ceinture et cliquetant vulgairement au son d’une marche martiale. Celui des bouges malfamés. Celui des bars parisiens et des escortes russes ou plus généralement caucasiennes et slaves. Le moment Algérie souillée et prise en otage. Ce moment inouï qui voit 40 millions de quidams condamnés à entendre un mec leur lire au nom d’un second mec un discours rédigé par un troisième mec. Un fantôme. Une entité mystique. Une chimère. Un fantasme. Un souvenir mauvais qui n’en finit pas de finir. Tellement, tellement, que pour supporter mes nuits, je n’ai pas trouvé mieux que de fumer du thé, dans l’espoir fou de rester éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L.
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