1er Novembre. Des invités prestigieux venus de l’étranger ont
débarqué hier à Alger et ont tenu à assister aux festivités.Saâdani Quand tu vois que le Blaise a fini par démissionner, c’est là que tu te rends vraiment compte de la différence entre un grand pays comme le nôtre, et un pays disons… moins grand, moins fort comme le Burkina Faso. Tout est question d’organisation et de manière de tenir les rênes du pouvoir. Et chez nous, faut bien le reconnaître, tout est très bien organisé. Extrêmement bien organisé. La suppression de la limitation des mandats ? Comme une lettre à la poste. Elle passe, et en plus, on te demande d’applaudir cette avancée démocratique. Le plus dingue, c’est que tu applaudis, si l’on excepte quelques aigris d’entre nous, avares en applaudissements et qui ont vite été envoyés en résidence surveillée à… Ouagadougou ! On te donne à voir et à supporter un Président harnaché d’un micro ampli et chevauchant une chaise roulante conduite par un médecin réanimateur et pourtant, tu ne sors pas pour brandir des pancartes avec écrit dessus «Dégage» ou mieux «Débranchez-le !». Parce qu’ici, en Algérie, il y a une baraka qui pèse de tout son poids pour que les choses ne bougent pas, ne changent pas. Le printemps est soudain une menace ? On convoque aussitôt tous les météorologues du bled et on leur ordonne d’annoncer dans un communiqué officiel que «désormais, le printemps ne passera plus par l’Algérie». Des enseignants et des ouvriers manifestent dans la rue ? On envoie contre eux les policiers. Les policiers manifestent dans la rue et veulent entrer dans le Palais ? On envoie contre eux l’armée. Les retraités de l’armée manifestent dans la rue ? On envoie contre eux des brigades mixtes de militaires actifs et de policiers retraités et exceptionnellement rappelés dans le cadre du plan «Séniors Plus » de l’Ansej. Et si un jour, par un quelconque hasard malheureux, il y a une grève à l’Ansej, alors, on change de dispositif d’aide à l’emploi et à la lutte contre le chômage des jeunes. On crée une nouvelle agence. Avec un nouveau logo et une nouvelle appellation. Une appellation contrôlée, bien sûr. Il y a toujours une solution dans notre grand pays. Sauf la fuite ! On ne fuit pas en Algérie. On peut être démissionné. On peut être tué à travers un rideau de théâtre dans un acte collectivement isolé. On peut se retirer avant le terme en expliquant que c’est pour le bien de l’alternance, alors que l’alternance ne s’est jamais mieux portée que lorsqu’on en respecte les délais légaux. On peut jouer avec la Constitution comme un enfant gâté jouerait avec un Playmobile. Mais on ne fuit pas ! Oui, Môssieur ! On ne fuit pas ! Parce que l’Algérie est un pays stable. Solide. Un pays qui n’acceptera jamais d’installer dans son Palais, au poste de Président un mec qui aurait pour prénom Blaise. Franchement ! Tu imagines ? Blaise Président ? Jamais ! Abdelaziz, oui ! Abdelaziz, Saïd, Tayeb, oui ! Mais pas Blaise, tout de même ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L. |