Altice vend deux actifs.
Pour une fois, Altice n'est pas acheteur, mais bien vendeur ! Le groupe de Patrice Drahi annonce la vente de son unité de solutions de télécommunications green.ch AG et de son unité de centre de données Green Datacenter AG au groupe InfraVia Capital Partners.
La première citée fournit aux clients privés et commerciaux des connexions internet, des services hébergés, des services cloud et multimédias et des solutions de sauvegarde de données. Green Datacenter AG fournit des services de centres de données pour les moyennes et grandes entreprises en Suisse, en Europe et dans le monde entier.
La transaction, qui doit être conclue au début de l’année prochaine, est estimée à 214 millions de francs suisses.


Comment expliquer cette situation ? D’un côté, les clients ont vu pour grand nombre leurs factures augmenter en même temps que les contenus. De l’autre, la Premier League et la Pro A qui devaient faire venir de nouveaux clients n’ont visiblement pas produit l’effet voulu. Le public ciblé est-il trop peu important ? A-t-il consenti à ne plus suivre ces compétitions ou de manière détournée ? Ou bien s’est-il contenté des offres digitales plus abordables mais moins intéressantes pour SFR ? Certainement un peu de tout cela.Il est encore trop tôt pour juger de l’impact des investissements hors sport en matière de contenus, mais le constat est que la croissance et les clients peinent à venir. Par ailleurs, SFR devra faire face dès 2018 à un manque à gagner lié à SFR Presse. Le service de lecture illimitée de nombreux titres de presse française a été intégré sans surcoût aux abonnements. L’idée était de faire passer une part de chaque abonnement dans le régime de la TVA super réduite (2,1%, réservée à la presse) et non celui de la TVA applicable aux services téléphoniques (20%) ou de télévision (10%). L’astuce ne sera plus possible, générant un manque à gagner estimé entre 200 et 300 millions d’euros annuels.Les investisseurs doutent des capacités de remboursement de la dettePlus récemment, engagé dans des discussions à propos des investissements dans la Fibre en France, l’industriel a annoncé vouloir créer son réseau propre sur l’intégralité du territoire pour plusieurs milliards d’euros d’ici à 2025, le tout intégralement sur fonds privés. Actuellement, avec l’aide financière de l’Etat, les opérateurs se partagent zones à fibrer, chacun louant le réseau du concurrent là où il n’est pas implanté. Altice remet en cause le fait qu’Orange dispose de la plus grande part du gâteau partagé il y a plusieurs années entre les parties.Au delà de ces considérations françaises, Altice s’est développé au Portugal mais surtout aux États-Unis, avec les acquisitions de Cablevision et Suddenlink l’an dernier, toujours soutenues par la bourse. Depuis l’introduction réussie en 2014, les investisseurs ont soutenu la capitalisation à la hausse, accompagnant le développement très rapide du groupe.La conjonction de ces paramètres n’a pas rassuré les investisseurs en bourse. La publication de résultats de SFR, qui pèsent pour moitié du chiffre d’affaires du groupe, a provoqué en Novembre une véritable chute du cours de la firme à la bourse d’Amsterdam. L’incertitude règne à propos des capacités de SFR à produire assez de revenus à moyen et long terme pour rembourser les créances. Avec 51 milliards d’euros de dettes, si l’opérateur n’est pas redressé lorsque arriveront les prochaines grandes échéances de paiement, le désastre industriel guette. Sur ce point, le patron tente de rassurer en rappelant qu’elles sont plutôt lointaines, pas avant 2021.L’effet concret et immédiat de l’effondrement du titre est que la bourse n’accompagne pour le moment plus d’éventuels nouveaux investissements. Drahi l’a compris, le directeur financier du groupe annonçant leur gel lors d’une conférence destiné aux acteurs de la bourse. Au point même que le rebranding complet de la marque SFR en Altice prévu courant 2018 serait repoussé. Pour tenter de rassurer les marchés, le message est clair : priorité à la diminution de la dette.La Ligue des Champions, acquise sur la période 2018-2021 pour près d’un milliard d’euros sera l’élément majeur de la stratégie de reconquête des abonnés, qui aurait initialement du être accompagnée de la disparition de la marque SFR. Quelque soit la marque mise en avant, l’automne prochain sera l’instant critique pour déterminer de la réussite ou non de la stratégie actuelle. D’ici là, il est compliqué d’envisager voir Altice s’engager dans un pari tel que celui de la Ligue 1.Incertitudes autour de l’appel d’offres pour la Ligue 1Car notre championnat aurait pu être le feuilleton de l’automne en matière de Droits TV. En effet, de nombreuses voix au sein de la ligue et des clubs professionnels souhaitaient que l’Appel d’offres pour le prochain cycle qui débutera en 2020 soit lancé le plus rapidement possible, pour bénéficier de la situation actuelle combinant des actifs de valeur dans notre championnat (Neymar, Mbappé, Falcao) et un plateau de prétendant à priori alléchant (Canal+, Altice, beIN, Discovery et pourquoi pas les GAFA). Cette stratégie d’anticipation dans l’attribution plait aux présidents de clubs, soucieux d’assurer une stabilité financière à long terme, mais peut s’avérer frustrante lorsque l’actif prend de la valeur (l’arrivée de Neymar impactera peu les prochains droits internationaux signés en 2014) ou que le marché est orienté à la hausse de manière rapide avant même l’exécution du contrat.Ce ne sont pas tant ces considérations qui ont provoqué la décision de retarder l’échéance, mais les diffuseurs eux-mêmes comme nous l’apprenait L’Équipe il y a quelques semaines. D’un côté, beIN et Canal voyaient d’un mauvais œil le risque de perdre leur plus bel actif à 3 ans de l’issue du contrat actuel, avec les retombées médiatiques négatives induites. De l’autre, SFR a demandé du temps pour préparer la consultation. Une volonté qui fait sens. Difficile en 2017 de miser plusieurs milliards à partir de 2020 alors que le véritable test de la stratégie interviendra en 2018. La situation actuelle ne fait que conforter cette idée.Cela ne signe pour autant pas la fin de toute ambition d’Altice sur ce dossier, comme ont pu l’extrapoler de nombreux médias suite à l’annonce du gel des investissements. Si la situation de SFR vient à s’améliorer dans l’année, voire mieux, si l’exclusivité de la Ligue des Champions se traduit rapidement sur le plan commercial, Altice aura tout intérêt à s’impliquer activement dans l’Appel d’offres pour la Ligue 1 qui reste le meilleur produit d’appel sur notre marché. Une réussite de la convergence pourrait au passage faire revenir un acteur comme Orange actuellement persuadé, pour avoir essayé, que cette stratégie est vouée à l’échec.L’enjeu pour la ligue sera de trouver la période la plus propice pour dégainer, sachant qu’elle peut le faire jusqu’à la mi-2019. Aux dernières nouvelles antérieures à la crise boursière, le printemps 2018 tenait la corde. Mais au delà du cas Altice, d’autres paramètres sont à prendre en compte :
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