A la une Actualité_Complexe Pétrochimique de Skikda (CP1K)
le 15.12.15 | 10h00
Après avoir englouti des dizaines de millions d’euros
Sonatrach veut reprendre le complexe pétrochimique de Skikda
Malgré un investissement de 122 millions d’euros, le complexe pétrochimique
avait été mis à l’arrêt en 2013.
La reprise d’une partie du complexe est «inévitable et salutaire».
Le complexe pétrochimique de Skikda.jpg
En 2013, Sonatrach décidait, contre toute attente, de mettre à l’arrêt le complexe pétrochimique
de Skikda (CP1K) alors que la compagnie venait tout juste de débourser 122 millions d’euros
et 850 millions de dinars pour réhabiliter ce fleuron de la pétrochimie nationale.
L’arrêt du CP1K et le redéploiement des 785 employés qualifiés vers d’autres unités n’étaient pas
les seules contraintes de cette décision. Le CP1K représentait en fait un maillon indispensable
d’une chaîne industrielle englobant deux autres complexes
le Polymed de production de polyéthylène haute densité (PEHD) et aussi le mégatrain GNL.
Le CP1K absorbait le gaz d’éthane produit par GNL pour en faire de l’éthylène au profit
de Polymed. Sans le CP1K, Polymed est contraint d’importer de l’éthylène et GNL est forcé
de torcher l’éthane dans l’atmosphère. Aujourd’hui, deux années après, Sonatrach semble
faire son mea-culpa en décidant d’étudier l’éventualité de la reprise — du moins
en partie — de ce complexe. Les commissions techniques déléguées par la direction générale
ne cessent de visiter le pôle hydrocarbures de Skikda pour rencontrer d’anciens cadres
du CP1K et d’étudier la faisabilité de la remise en production d’une
des anciennes unités du complexe, celle d’éthylène précisément.
Quand Sonatrach brûlait des euros
Mais pourquoi ce revirement ? Pourquoi cherche-t-on aujourd’hui à revaloriser des installations
presque neuves qu’on avait pourtant abandonnées en 2013 ? Les avis des cadres
et syndicalistes de l’ancien CP1K divergent. Les uns soutiennent que la crise économique
a fini par avoir raison de Sonatrach. «En 2013, Sonatrach envisageait de construire
un nouveau complexe de pétrochimie avec la firme coréenne Daelim.
Le montant du projet avoisine les 20 milliards d’euros. Aujourd’hui, avec la chute des cours
du pétrole, Sonatrach est contrainte d’abandonner ce projet et de chercher des substitutions,
d’où sa volonté de reprendre ne serait-ce que l’unité d’éthylène.» D’autres interprètent
l’acte de Sonatrach comme une opération de sauvetage du complexe Polymed. Ils expliquent
«Au mois de juillet dernier, le ministre de l’Energie et des Mines, en visite à Skikda,
avait clairement déclaré que Polymed, sujet d’interminables déficits, devait être soit restructuré,
soit fermé. Chacun sait que depuis l’arrêt de l’unité d’éthylène du CP1K, Polymed s’est retrouvé
contraint d’importer des milliers de tonnes d’éthylène, un gaz très cher.
De 2012 à 2014, Polymed a importé l’équivalent de 50 000 tonnes d’éthylène. En 2015 seulement,
il en a acheté 24 000 tonnes. Quand on sait que le prix de la tonne d’éthylène varie entre 1400
et 1800 euros, on comprend le gouffre dans lequel Polymed a été mis. Plus grave encore,
une partie des quantités d’éthylène importées a été torchée dans l’atmosphère
pour des considérations techniques et sécuritaires.»
Yes, we can !
En plus de la volonté de sauver Polymed, Sonatrach cherche également, selon les mêmes sources,
à mettre fin à un autre problème, d’ordre purement écologique. «La mise à l’arrêt, en 2013,
du CP1K coïncidait étrangement avec la mise en production du mégatrain GNL construit par KBR.
Ce mastodonte gazier s’est retrouvé contraint de brûler l’équivalent de 160 000 tonnes/an d’éthane,
un gaz connu pour être un ennemi de la couche d’ozone. Si on avait pensé à préserver le CP1K,
ces gaz auraient pu servir à produire de l’éthylène tout en préservant l’environnement...»
Aujourd’hui, les travailleurs et les syndicalistes du CP1K applaudissent le désir
de Sonatrach de reprendre l’unité d’éthylène du défunt CP1K.
«Nous ne pouvons aujourd’hui que saluer et appuyer la décision des responsables de Sonatrach
de reprendre l’unité d’éthylène, même si nous n’oublions pas cet indélébile goût d’amertume
que nous laisse la décision du démantèlent du CP1K»,
déclare Farès Meksen, responsable de la section syndicale.
Au sujet de la «faisabilité» de l’opération de réhabilitation de cette unité, d’anciens cadres du CP1K
sont unanimes à répondre positivement. «Il faut savoir que 90% des installations de cette unité restent
conformes.Sachez qu’en 2010, le CP1K avait acquis cinq fours dont trois sont encore sous emballage,
sans parler d’un turbogénérateur de 18,6 mégawatts payé 5 millions d’euros et non mis en service.
C’est vrai qu’on sera appelés à revoir des kilomètres de canalisations et l’instrumentation,
mais cela n’est rien devant les avantages que sa remise en fonction drainera.
C’est une décision courageuse qu’on doit saluer», témoigne un cadre à la retraite.
Khider Ouahab



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