Manal Omar et Jahana Hayes au Sila

Deux femmes d’exception


Mardi matin, au pavillon central du Salon international du livre d’Alger, deux femmes ont «investi» l’espace réservé aux Etats-Unis. Elles s’appellent Manal Omar et Jahana Hayes. Et elles ont fait entendre leurs voix.


Plus fort. Plus haut. Une sacrée union. Manel Omar, une Américaine d’origine palestinienne, vice-présidente adjointe du Centre pour le Moyen-Orient et l’Afrique Institut pour la paix des Etats-Unis (USIP) est auteure. Elle est venue au SILA pour parler et présenter au public algérien son poignant livre intitulé Barefoot in Baghdad : A Story of Identity - My Own and What It Means to be a Woman in Chaos (Pieds nus dans Baghdad : une histoire d’identité, la mienne et ce que veut dire être femme dans le chaos), paru aux éditions Sourcebooks. Jahana Hayes, enseignante d’histoire au lycée Kennedy High School dans le Connecticut (New England), a été élue sur 3,5 millions de lycées et collèges des Etats-Unis, «enseignant national de l’année 2016». A l’issue d’une sélection qui aura pris toute année s’articulant sur des visites pédagogiques, entretiens, voyages…
Elle brillera par son exemplarité, son impact positif et motivant sur les apprenants de la communauté et parmi ses pairs. Une consécration à saluer bien bas. Et Jahana a eu l’insigne honneur d’être officiellement congratulée par le président Barack Obama lui-même, le 3 mai 2016. Donc deux femmes d’exception.
Manal Omar nous avouera que marcher pieds nus dans Baghdad n’est pas une lubie. Ce n’est pas Bagdad Café (le film de Percy Adlon). Ce n’est pas une sinécure et non plus du cinéma. Manal Omar, ancienne journaliste, humaniste œuvrant pour les droits des femmes au Yémen, Bahrein, Afghanistan, Soudan, Liban, Palestine, Kenya ou encore en Libye, signe un ouvrage s’inspirant d’un aphorisme irakien et turkmène qui dit : «Marche pieds nus et les épines te feront mal.» Manal Omar, ayant vécu de 2003 à 2005 en Irak, à Baghdad plus précisément, dévoile la lutte des battantes et combattantes de la liberté. Un combat féminin, celui des femmes courage dont on ne parle pas assez. Et que Manal Omar rehausse, relève et distingue. Dans le chaos.
Des chroniques d’un peuple qui, malgré le climat belliqueux, renaît de ses cendres. Tel un phénix. Manal Omar chronique Baghdad sous les bombes, vicié par l’horreur, la folie meurtrière quotidienne de par un poignant témoignage. Car témoin oculaire du courage, de la détresse, l’amitié, l’amour malgré tout encore une fois et puis l’espoir. Elle se défausse de cette image d’Epinal et autres idées reçues. «Mon plus grand défi, c’était d’avoir un livre fidèle à la réalité. J’ai envoyé tous les chapitres au premier éditeur. Mais on me remettra mon livre complètement différent.
Où on représentait la femme arabe comme une victime, comme une personne incapable de se prendre en charge. Alors que j’ai une très grande admiration pour les femmes à travers le monde. Justement je suis contre cette image de victimisation de la femme qu’on a tendance à vendre dans les médias et dans la littérature. Ils adorent cela parce que c’est vendeur et cela attire le lectorat. A travers les voyages et les rencontres que j’ai effectués dans le monde, je n’ai trouvé aucune femme pauvre et résignée. J’ai vu des femmes fortes et courageuses voulant changer la société. Après, j’ai pris un autre éditeur. Une femme, c’était mieux. Vous savez, quand vous publiez un livre, vous n’avez aucun mot à dire à propos du choix du titre et de la photo de couverture. Donc j’ai dû négocier avec l’éditeur pour ‘photoshoper’ les larmes de cette jeune femme qui ne ressemble pas à une Arabe (rire)…»
Jahana Hayes, ravie de se trouver en Algérie confiera : «Je vous remercie de me recevoir ici, en Algérie. En rencontrant des Algériens durant mon séjour, j’ai constaté que nos défis ne sont pas si différents. Les solutions semblent aussi similaires. Donc, ce fut une grande opportunité pour moi pour collaborer, partager des choses. J’ai hâte de rentrer aux Etats-Unis pour partager ce que j’ai appris ici…» Une belle leçon compulsée par Jahana Hayes et Manal Omar. Dont le titre est «La femme est l’avenir de l’homme».

K. Smail