l'effervescence de la lecture

Visiteurs, auteurs, éditeurs ont foulé le sol du siège de la société algérienne des foires et des expositions (Safex), aux pins maritimes à l’est d’Alger, pour partager leur amour du livre. Algérie1 est allé sur place pour capter le meilleur de la 21eme édition du salon littéraire.
968 maisons d’édition dont 671 éditeurs étrangers, et plus d’un million cinq cent mille visiteurs, sont attendus pour ce grand rendez-vous automnal. Entrons donc dans cette grande galaxie Gutenberg made in Algeria.
Entre deux rangés de livres, portant un appareil photo en bandoulière, Alexis Mouravieff, ce professeur d’histoire du monde arabe, et de philosophe à l’Université de Moscou, est venu au SILA dans l’espoir de dénicher des livres rares «C’est la 1ere fois que je viens au Salon du livre d’Alger, que je trouve très riche en production de livres, je n’ai pas encore tout vu mais ce que j’ai vu pour le moment m’impressionne beaucoup, je suis très intéressé par la philosophie et l’histoire préislamique, les livres de réflexion et de philosophie classique
Fares Kabech, professeur de linguistique arabe à l’Université d’Alger, ne semble pas satisfait «Je fais l’étude des manuscrits, alors je cherche des copies, je n’ai pas encore visité tout le salon, mais pour le moment je ne trouve pas grand-chose, je pense qu’il y a un grand manque en matière de manuscrits.»
La maison d’édition algérienne, El Asr, spécialisée dans les publications religieuses, connait ce problème et essaie d’y remédier «Actuellement, nous n’avons aucun manuscrit à présenter, mais notre projet est d’éditer un nombre de manuscrits dans un avenir proche, le patrimoine existe, c’est à nous de le traiter (déchiffrer), lors du prochain salon, on sera présents avec au moins 3 titres », a indiqué Abderahman Hamadou, directeur général de l’entreprise national des éditions islamiques.
Egypte, invité d’honneur
L’Egypte est mise à l’honneur dans cette édition, avec une très forte présence «Nous sommes très honorés d’être invités d’honneur. Depuis sa création, nous participons chaque année à cet évènement, nous sommes venus avec un programme culturel très chargé, avec un très grand nombre de livres, tous domaines confondus … Pour les activités culturelles, on a des soirées poésie, conférences culturelles, projection de films » indique Hanane Hosni, directrice de la foire du livre du Caire.
Sur l’un de ses étalages, des ouvrages, beaucoup d’ouvrages : politique, statistiques, administration, histoire, géographie, psychologie, sociologie, juridique et même une bibliothèque asiatique. Mais l’éditeur éprouve des difficultés à effectuer des ventes «Il faut savoir que les taxes appliquées sur les livres sont chères, et cela se répercutent systématiquement sur leur prix, et ça diminue fortement les ventes », regrette Chérif el Ghali, éditeur égyptien,
Par ailleurs, la littérature d’Oum eddounia sera gratifiée de tous les honneurs, à travers l’hommage qui sera rendu à l’auteur de Miramar, le regretté lauréat du prix nobel Naguib Mahfouz.
Les pays arabes très présent dans ce salon
Présent avec 77 titres, le Sultanat d’Oman, expose des livres de corpus d’exégètes (Fiqh(, histoire, littérature et médecine alternative «Ces titres ont été soigneusement sélectionnés par le ministère du patrimoine et de la culture du Sultanat, et cela se vend très bien, il y a même des livres qui se sont épuisés à peine 2 jours après l’ouverture de l’évènement … je trouve qu’il y a un vrai engouement des algériens pour la lecture, c’est une génération cultivée, c’est un acquis pour l’Algérie», dira Ahmed Hamdan El Harithi, représentant du ministère du patrimoine et de la culture d’Oman.
Fidèle du salon littéraire, le Liban, l’un des grands diffuseurs et éditeurs de livres dans le monde arabe, et pour sa 18eme participation, a exposé des centaines de livres, toutes catégories confondues.
«Vu la conjoncture économique actuelle, je ne m’attendais pas à un salon aussi riche et diversifié, je suis assez surpris, l’engouement des algériens est sans pareil et les efforts consentis par le ministère de la culture ont donné leurs fruits.» s’exclame Jihad Baydoune, de la maison des livres scientifiques,
Le stand iranien séduit surtout par les couleurs chaudes de ses ouvrages, et la calligraphie de ses lettres, puisqu’ils sont tous en langue perse «Les livres sont uniquement pour l’exposition, car nous n’avons pas de livres en langue arabe. En Iran, on a des trésors littéraires, des livres très diversifiés dans plusieurs secteurs, mais uniquement en perse ou en kurde, la dynamique de la traduction est encore faible chez nous, mais j’espère revenir au SILA avec beaucoup de livres traduits en arabe, et que le lecteur de la chère Algérie puisse les lire », confie le Dr Moussa Bidaj, poète, traducteur et rédacteur en chef du magazine Cheraz, une fenêtre arabophone sur la littérateur iranienne.
A quelques allées de là, les stands syrien, marocain, tunisien, jordanien, émirati, saoudien, sont aussi présents et très présents, avec des collections plus riches les unes que les autres.
Et du côté européen ?
La France, l’Italie, la Belgique, la République Tchèque, la Délégation Européenne ont également marqué leur présence avec beaucoup d’ouvrages. L’Espagne à titre d’exemple, expose pas moins de 101 livres, dont 11 traduits en arabe, le reste en espagnol, essentiellement des romans, qui retracent la vie de Cervantès.
L’auteur de "Don quichotte de la mancha" sera également honoré à travers une journée d’études dédiée à l’œuvre de l’un des grands auteurs de la planète, de même que le monument de la littérature universel William Schakespeare, aura une place importante dans le programme dédié à l’auteur de «songe d’une nuit d’été», et c’est en collaboration avec le British council .
Du côté des écrivains, de remarquables titres exposés en attente d’être vendus et dédicacés par leur auteurs, comme ces deux médecins, français qui co-écrivent des livres depuis des années, ils sont à leur 6eme titre qui vient de sortir à Alger et qui est intitulé « Siamoises »
«C’est la 2eme fois qu’on vient au SILA, mon ami Michel et moi, on aime beaucoup venir, parce que c’est un moment de convivialité, il y a beaucoup de monde, on dédicace beaucoup …c’est bien de se retrouver face à ses lecteurs, ça permet des échanges et de voir que l’intérêt de la littérature est très important en Algérie » Confie Djamil Rahmani, médecin et écrivain.
«Djamil et moi, on se connait depuis la nuit des temps, on a fait des études de médecine ensemble, et on exerce toujours la médecine, et comme on passe beaucoup de temps ensemble, un jour on a décidé d’écrire… et aujourd’hui on fête notre 5ème roman "Siamoises" qui vient de sortir en Algérie » confie Michel Canesi. Au sujet du Salon d’Alger il dira « Quand je vois la ferveur qu’il y a ici, je suis très surpris, la dernière fois que je suis venu, il y a quelqu’un qui m’a dit j’ai fait 500 kms pour vous rencontrer, et pour me faire dédicacer votre livre, il y a une ferveur de l’Algérien vis-à-vis de la lecture, c’est très touchant. » ajoute Michel Canesi.
Professeur de relations internationales à l’Université d’Alger, Abderezak Djerad, n’est pas à son premier livre puisqu’il a déjà 5 à son actif, mais c’est la 1ère fois qu’il participe au SILA avec son ouvrage « La géopolitique, repères et enjeux » paru aux éditions Chihab. « le SILA est un moment fort qui permet au livre de retrouver sa place dans le paysage culturel en Algérie, les gens viennent avec leurs enfants et en famille, cela traduit la curiosité intellectuelle qu’il y a chez les jeunes et moins jeunes, et ça fait vraiment plaisir ».
La révolution numérique
La révolution numérique est au cœur des priorités, le Premier ministre Abdelmalek Sellal a insisté lors de l’ouverture du salon, sur l’importance et l’urgence de la révolution numérique. A ce propos le jordanien Basheer Al Nasser, Directeur général d’El Manhal nous explique son concept «Notre travail est de convertir les livres académiques, les magazines scientifiques ainsi que les mémoires universitaires en livres électroniques, cela permettra au livre d’être vu, lu, promu et traduit aux quatre coins du monde, et nous aspirons à des collaborations avec le ministère algérien de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.»
La représentante du Sénégal, Hulo Guillabert, directrice général de Diasporas Noires qui revient en Algérie après une première participation au Festival des arts contemporains Fiac «Je suis parmi les premières femmes en terme d’édition numérique dans toute l’Afrique de l’ouest, j’ai débuté en 2011 avec ma maison d’édition, j’ai publié plus de 30 livres dont celui d’un auteur algérien Arezki Amaris, ainsi que des écrivains du Cameroun, du Côte d’ivoire et des romanciers de France et d’ailleurs »
Dans le stand Panaf, ses voisins maliens et camerounais étaient présents … Le Canada vient conquérir un public francophone avec son immortel académicien Dany Laferiere, les japonais, les Russes, les Grèques, les suisses, les Vénézuéliens sont venus ils sont tous là. Le Mexique a innové cette année en invitant le grand écrivain mexicain Alberto Rué Sanchez qui montera les estrades du SILA en compagnie du grand réalisateur Costa Gavras.
Populaire, familial et convivial, le Salon passionne ses nombreux visiteurs qui viennent découvrir et acquérir des livres, se laisser surprendre par d’autres cultures, et faire de belles rencontres littéraires.
Le salon du livre c’est aussi un RDV majeur pour tous les professionnels de la plume, et un moment clé pour tous les bibliophiles.
A deux jours du 1er novembre, le SILA réinvente l’esprit novembriste en réhabilitant les étrangers, ces justes qui ont pris part au combat libérateur, un devoir de mémoire envers ces hommes et ces femmes qui ont opté pour la cause juste de l'indépendance, une indépendance qui a vu l’arrivée d’un médecin poète bulgare Vera Ketova, une femme exceptionnelle qui a été sublimée par l’Algérie profonde, et qui a déclamé la beauté de Mostaganem en vers ciselés d’une beauté onirique «J'emporte dans ma valise un vrai trésor caché d’un lointain jardin, un bout de terre, comme un bijou offert par un être cher, en souvenir d'une ville nommée Mostaganem.»
Cette grande dame décernée de médaille et distinction à travers le monde, sera l’une des invités d’honneur du SILA 2016. Une édition qui fermera ses portes le 5 novembre prochain, avis aux retardataires !
By Algerie1