La peine de mort mais pour les mortsChroniques Algériennes
Chawki Amari / El Watan .
le 07.08.16 | 10h00
♦ La peine de mort mais pour les morts
C’est une réaction humaine, les assassins d'enfants méritent beaucoup plus que
la mort et chacun aimerait les voir souffrir, lentement brûlés avec un briquet de
poche ou castrés en public au sécateur. Sauf que la peine capitale pose un problème d'irréversibilité : une fois condamné, pas de retour possible car une erreur de justice
n'est pas réparable si elle est sanctionnée par la mort. Il suffit de voir l’un des rares
pays à appliquer la peine de mort, les Etats-Unis, pour admettre que le nombre de personnes reconnues innocentes après leur exécution devrait annuler ce procédé.
En plus du fait que par déchaînement de passions et sentiment de vengeance, on
pourrait attraper n’importe quel suspect et, devant l’effet de foule, le condamner à mort. Surtout, au-delà de la naturelle révulsion devant cette odieuse affaire, il faut se rappeler que des assassins d’enfants ont été amnistiés, puis pardonnés par un référendum populaire qui a engagé tous les Algérien(nes)et traînent aujourd’hui aux côtés des
hauts cadres de l’Etat et des grands patrons du privé. N’étaient-ce pas des petites Nihal
qui ont été sauvagement tuées à Bentalha ou ailleurs ? Quelle est la norme ? Faut-il
tuer les assassins de Nihal ? Oui en théorie, non en pratique, car la peine de mort n’est
pas applicable en l'état de la justice algérienne.Pour parler d’autre chose, il suffit de se rappeler qu’on a vu Chakib Khelil être officiellement mis sous mandat d’amener par la justice, sentence ensuite annulée et procureur limogé. Au temps de Boumediène, les crimes économiques portant atteinte à l’Etat étaient sanctionnés par la peine de mort.
L’ex-ministre de l’Energie aurait pu être fusillé, et plus tard réhabilité par les zaouïas,
les journaux, la télévision, le FLN, le FCE et l’association des coiffeurs de Tlemcen
parce qu’il n’a rien fait de mal, mais trop tard. La comparaison s’arrête là. On peut
rendre l’argent qu’on a volé, mais personne ne peut rendre Nihal à sa famille.
Elle a été condamnée à mort.




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