Une nouvelle gouvernance pédagogique?
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26.12.2015 15:00
La ministre de l’Éducation nationale, Mme Nouria Benghebrit.jpg
Une nouvelle gouvernance pédagogique?
Par Amar Naït Messaoud
L’examen du baccalauréat connaîtra des changements cette année. Si la ministre de l’Éducation nationale, Mme Nouria Benghebrit, avait insisté auparavant sur le déroulement même des épreuves afin de mettre fin à la fraude et à la «technologie» du copiage à grande échelle, ses efforts sont braqués, depuis quelques temps, sur le contenu même des épreuves. Il s’agit, pour les responsables de l’Éducation nationale, d’amener les candidats à donner le meilleur d’eux-mêmes et de montrer qu’ils ont suivi la scolarité et les cours de manière régulière et assidue. D’ailleurs, la scolarité elle-même a beaucoup de chances, selon les orientations de Mme la ministre, d’être prise en compte et évaluée dans la note générale de l’examen. Autrement dit, les élèves auront intérêt à suivre les cours de manière régulière,
non seulement en terminale, mais également de la première et deuxième année secondaire.
Le bruit court que le baccalauréat sera divisé en deux parties. La première partie, pour certaines matières jugées secondaires, serait programmée à la fin de la 2e année secondaire. Le reste des matières fera l’objet de l’examen de la fin de l’année de terminale. Cette dernière partie est censée se dérouler en trois jours seulement.
S’agissant des mesures tendant à limiter ou juguler le phénomène de fraude, le ministère de l’Éducation nationale compte, outre une surveillance accrue et l’utilisation de moyens dissuasifs, introduire des
questions d’intelligence qui ne sont pas susceptibles de se prêter à une forte possibilité de copiage.
Jusqu’à présent, les épreuves du Bac sont majoritairement conçues de façon à répéter dans l’examen ce qui a été dit ou écrit dans le cours. Pire, la formulation elle-même demeure en l’état. «Votre marchandise vous est rendue!», selon la boutade de l’école algérienne. Cette façon de faire est dictée par la facilité de la correction. Il s’agit de chercher la conformité de la réponse par rapport à un standard établi à l’avance, avec son barème. Le changement dans la méthode d’évaluation, à partir de question basée sur la compréhension et l’intelligence, en donnant à l’élève la liberté d’avoir son style et sa formulation, génère indubitablement beaucoup de responsabilité. Cela suppose la présence d’enseignants d’un niveau appréciable, adoptant pendant les cours d’autres méthodes pédagogiques autre que le «parcœurisme». Ensuite, dans les évaluations intermédiaires (devoirs et compositions), la même méthode d’évaluation
qui attend les élèves au baccalauréat, doit être adoptée.
En tous cas, si elle arrive à être mise en œuvre, cette nouvelle méthode d’évaluation basée sur la compréhension et l’intelligence, constituera une petite «révolution» dans l’enseignement secondaire qui, assurément, en appellera d’autres.
Il est vrai que, dès à présent, une certaine appréhension est exprimée par les élèves et leurs parents. Du côté des enseignants, c’est un sentiment que de nouvelles responsabilités viennent ainsi
bousculer le rythme et la méthode adoptés jusque-là.
Au cours du premier trimestre qui vient de s’écouler, le ministère de l’Éducation nationale a fait état de résultats médiocres, chez 70 % des élèves, pour les examens trimestriels. Un autre chiffre, donné il y a quelques semaines par le même ministère, ne peut pas laisser indifférent : seuls 4 % des élèves inscrits à la première année primaire
décrochent l’examen du baccalauréat. La déperdition en cours de route est incommensurable.
Mme Nouria Benghebrit a reconnu, en octobre dernier, que les questions sociales et salariales dans son secteur ont eu le dessus sur les questions pédagogiques. Les grèves et autres formes de protestations ont toujours porté sur des problèmes socioprofessionnels. Ce qui a amené la ministre à déclarer : «Depuis mon installation comme ministre de l’Éducation nationale, j’ai senti que je suis plutôt ministre du Travail et des Affaires sociales, tant mon secteur est dominé par le traitement des questions de primes, de salaires et de classement (…) La saison prochaine, l’acte pédagogique sera un projet dont il faudra respecter le délai de réalisation, quitte même à recourir à l’expertise
des retraités du secteur pour étendre le périmètre de la gouvernance pédagogique».
A.N.M.
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