Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP)
A la une/Actualité_Urgences. L’enquête qui fait mal
le 25.03.16 | 10h00
Lyes Merabet. Président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP)
Cette étude nous renvoie à l’image déformée de notre système de santé
Suite aux nombreuses agressions verbales et physiques à l’encontre des personnels officiant au niveau
des pavillons des urgences médico-chirurgicales, des médecins résidents ont décidé de mener
une étude nationale inéditequi vise à référencer de manière chiffrée le nombre et la nature de ces agressions afin
de confronterles autorités ministérielles à l’ampleur du phénomène et proposer des solutions pour y mettre un terme.
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Ainsi, selon cette enquête, plus de 61% des médecins questionnés sont âgés entre 20 et 30 ans,
et la majorité (56,1%) sont des femmes. L’enquête en question a aussi montré que la plupart de ces medecins
sont des généralistes, pour la majorité (57%) dans le centre du pays.
Selon l’étude, la majorité des praticiens agressés ont entre 20 et 30 ans. Donc de jeunes médecins, souvent encore en formation...
Il faut savoir que l’enquête cible en particulier les pavillons des urgences rattachés à des établissements hospitaliers formateurs (CHU, EHS)
où le personnel est réparti entre médecins assistants de garde, résidents et étudiants en médecine (internes
et externes), ce qui expliquerait à mon sens cette moyenne d’âge.
La responsabilité de la gestion des services des urgences dans ces établissements incombe aux chefs de service ou aux chefs d’unité,
selon le cas, qui sont de rang magistral et qui doivent assurer en permanence un encadrement pédagogique et pratique dans le cadre
de la formation pour de jeunes médecins et des étudiants affectés à des terrains de stage aussi sensibles que les urgences.
Par ailleurs, je tiens à saluer cette initiative, car avec ce genre de démarches que les conditions de travail peuvent s’améliorer
Selon cette étude, la majorité des médecins agressés sont des femmes...
La tendance à la féminisation dans les études médicales en particulier et dans les professions liées aux soins médicaux en général
est un état de fait qui traduit, si besoin est, cette situation. Les statistiques en possession du Syndicat national des praticiens de
santé publique estiment à 90% le taux de féminisation dans le milieu médical du secteur public.
Pourquoi les agressions verbales sont les plus répandues ?
On est simplement dans la déformation du comportement sociétal algérien. L’agressivité et le manque de respect envers le personnel
constituent l’essentiel des requêtes laissées par les médecins de garde à côté des insuffisances liées au plateau technique,
des perturbations dans la disponibilité de certains médicaments et autres produits consommables nécessaires
à la bonne marche du service des urgences.Le plus souvent, c’est dans le box de consultation que les médecins sont le plus agressés.
Pourquoi ? Que faut-il faire pour y remédier ?
C’est le cas généralement, car le médecin se retrouve seul face au patient et à ses accompagnateurs, il est directement accessible,
donc vulnérable. Bien que l’on nous rapporte aussi des scènes de violence physique et verbale à l’encontre de médecins dans les couloirs
de l’établissement de santé, devant les chambres de garde ou dans le parking de l’hôpital.
Que faire ?
Eventuellement, repenser l’architecture affectée à nos structures de santé, en particulier aux urgences, former et recruter des agents
pour l’accueil et l’orientation, sécuriser les structures de santé qui exercent en H24, mieux organiser le réseau de soins pour faire face
aux flux incessants de malades.Dans la majorité des cas, ce sont les accompagnateurs qui sont les plus violents. Interdire à la famille
du patient d’entrer aux urgences, est-ce une solution ?La disposition des espaces dédiés aux soins au niveau d’un service des urgences
et l’existence d’un schéma ou un parcours de prise en charge en est déjà une solution. Ça doit commencer à l’entrée du service dans
un espace humanisé et convivial où se fait l’accueil de l’urgence et où des explications vont être données régulièrement à
la famille et aux accompagnateurs.Justement, l’étude montre que les agressions sont le plus souvent dues à un défaut d’accueil et
d’information, une durée d’attente jugée trop longue ou encore l’absence de lits d’hospitalisation...
Il y a en fait d’autres considérations, en dehors de l’accueil, qui impactent négativement la relation entre personnel soignant et ceux
qui accompagnent le malade. Cela nous renvoie à l’image déformée de notre système de santé qui peine à s’organiser efficacement
pour accompagner les changements intervenus tant au niveau de la donne démographique et socioéconomiques qu’au niveau de
la transition épidémiologique que vit l’Algérie.Dans 56% des cas, le personnel médical ne dépose pas plainte par manque de soutien
de la hiérarchie aussi bien médicale qu’administrative. D’après vous, pourquoi n’est-il pas soutenu ?
Il y a du vrai dans cela. Il faut aussi dire que dans pas mal de situations, des mesures dissuasives ont été prises et des plaintes sont
régulièrement déposées par les établissements de santé contre les agresseurs.
Mais cela reste insuffisant. De plus, au niveau personnel, c’est toujours difficile d’assumer une action en justice pour des situations
qui peuvent se reproduire à chaque garde. Cet aspect doit relever de la responsabilité et des obligations du représentant moral de l’établissement.
La violence que subissent les médecins est encouragée par l’absence de personnel de sécurité -rarement présent au moment de l’agression.
Suite aux nombreuses agressions constatées, pourquoi n’a-t-on pas déployé plus d’agents de sécurité dans les hôpitaux ?
D’une part, il faut trouver ces agents de sécurité «formés» et d’autre part, il faut mettre à la disposition des établissements de santé la possibilité
de recruter à travers l’octroi de postes budgétaires. Le recours à des sociétés privées spécialisées dans la sécurité demande des moyens financiers
que, malheureusement, la plupart des établissements ne peuvent pas assurer.
Face à cette situation alarmante, les médecins résidents proposent des solutions : un diplôme de spécialisation spécifique à la médecine d’urgence
de manière à ne plus recourir à des médecins généralistes, le plus souvent nouvellement diplômés. Qu’en pensez-vous ?
Le «résident» est un médecin généraliste en formation post-graduée. En fait, légalement autorisé à exercer en cette qualité mais aussi avec
un statut d’étudiant relevant de la fac de médecine.Le Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP) ne peut qu’appuyer cette proposition
d’ériger la médecine générale en tant que spécialité à part entière. Un projet que le SNPSP partage avec d’autres, notamment la Société algérienne
de médecine générale (SAMG) et nous espérons que les autorités publiques le prendront en considération, comme c’est le cas
depuis deux ans déjà au Maroc et en Tunisie.
Selon eux, il serait nécessaire de repenser la graduation de médecine générale pour en faire une spécialité à part entière...
Il est indéniable que le rôle de la médecine générale est primordial dans l’organisation de tout système de santé et cela pour le respect de
la hiérarchie des paliers de soins et dans la régulation et la maîtrise des dépenses liées à l’exercice médical en général.
Les pays scandinaves, tels que la Finlande, la Suède ou encore le Danemark, ont instauré cette spécialité dès les années 1980. Depuis,
la plupart des pays d’Europe ont suivi cet exemple que les Américains ont adopté également dans les années 1990. C’est un choix qui
a démontré, sous d’autres cieux, ses avantages sur la bonne marche du système de santé.
Faut-il, par exemple, instituer au sein des grands établissements de santé une organisation chargée de recenser administrativement les lits disponibles
en les mutualisant dans le cadre d’une intégration en réseau afin de ne plus placer le médecin des urgences face à des problématiques qui ne sont pas
de son ressort et qui pourtant sont génératrices de violences à son encontre ?
Ca peut être une solution. Il faut aussi revoir la cartographie sanitaire de notre pays et avoir la volonté politique et l’intelligence d’imposer un maillage
fait de structures de santé distribuées sur l’ensemble des paliers de soins.
Une carte sanitaire qui ne doit pas exclure les CHU, les EHS et autres établissements de haute spécialisation d’un redéploiement éventuel des moyens
et des ressources humaines pour couvrir de manière juste et efficace les besoins en soins de tous les Algériens.
Il est aussi important de considérer le rôle du secteur privé dans cette démarche. Les pouvoirs publics doivent accompagner financièrement et inciter
par un allègement fiscal le privé pour l’amener à investir dans le secteur et le convaincre à venir s’installer dans des zones déshéritées ou enclavées.
Finalement, et concrètement, que faut-il faire pour assurer la protection des médecins ?
Il faut faire beaucoup de choses en même temps mais pas n’importe comment. Dans l’urgence, les autorités publiques sont interpellées
sur la nécessité de trouver des solutions immédiatement et permettre au personnel médical d’accomplir sa mission dignement.
Sofia Ouahib
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