Une facétie bien lugubre
La vie autrefois était calme et s’écoulait paisiblement les gens vivaient en parfaite entente avec la terre et les saisons.

Ils se levaient avec le soleil et se rendaient aux champs qu’ils abreuvaient de sueur pour s’acquitter du devoir que la vie leur avait assigné sur terre.

Quand le soleil avait parcouru la moitié de son chemin dans le ciel, ils marquaient une courte pause à l’ombre d’un figuier ou d’un olivier pour se sustenter et reprenaient aussitôt leurs tâches respectives.
Le soir, ils retournaient chez eux, éreintés, pour y goûter à un repos réparateur bien mérité, en attendant un lendemain toujours identique. Les gens trouvaient juste que la vie s’écoulât ainsi monotone et sans imprévu. Mieux ; ils ne pouvaient en imaginer une autre qui soit différente de celle qu’ils menaient et qu’ils avaient de tout temps connue.

Mais cet avis n’était pas partagé par un jeune paysan qui trouvait cette existence-là bien maussade et ennuyeuse. Aussi décida-t-il, un jour, de jouer un tour à tout le monde afin de créer un peu d’entrain et de gaieté. Il choisit le crépuscule pour mettre à exécution sa farce parce que tous les paysans étaient rentrés des champs à ce moment là. Il monta sur un monticule surplombant le village, s’ébouriffa les cheveux, déchira ses habits, de frotta le visage de boue et en descendit en hurlant comme un possédé.

Quand les paysans sortis en catastrophe de leurs demeures, lui eurent demandé la raison de sa frayeur, il lâcha en haletant : “vite, vite !fuyons d’ici ! Je viens de rencontrer en cours de route, et se dirigeant vers notre village, un terrible monstre à 7 têtes crachant du feu…
Ses dimensions, sans exagérer, équivalent à une centaine de boeufs ! Regardez mes vêtements, mon visage, mes cheveux, euh….c’est lui qui m’a mis dans cet état !
Son haleine est si puissante et si chaude qu’elle renverse et brûle tout sur son passage. Même les rochers fondent à son approche, vite, fuyons, ne restons pas là !”

Les villageois se regardèrent, incrédules. Ils auraient certainement éventé la farce si certains d’entre eux n’avaient hasardé quelques inquiétantes réflexions.
Ce fut tout d’abord un vieux à barbe blanche qui prit la parole :

“je me disais bien que la chaleur d’aujourd’hui était peu commune. Serait-elle due au feu que ce monstre crache ?”

Un jeune berger enchaîna : “le troupeau m’a paru bien nerveux aujourd’hui, c’est à croire qu’il avait subodoré la présence hostile de quelques créatures inconnue…”

Et il n’en fallut pas plus pour semer le trouble et le désarroi dans les esprits ! Les hommes prirent leurs enfants sur leurs épaules et se mirent à courir vers la montagne, suivis tant bien que mal par leurs femmes.
Ce branle-bas avait effrayé quelques enfants qui s’étaient alors mis à sangloter ; des vieillards étaient tombés en essayant de courir, quant à ceux à qui le poids des ans avait immobilisé les membres, ils s’étaient mis à affûter qui un couteau, qui une hache en prévision du combat qu’ils se voyaient déjà livrer à la terrible bête.

Quelques ânes, peu habitués à tant de remue-ménage, s’étaient emparés de tout le village. L’atmosphère était si angoissante et si épouvantable que le farceur lui-même finit par croire que le monstre existait bel et bien !

Et à son tour, la peur le submergea. Il leva les bras au ciel et se mit à courir derrière les fuyards en hurlant : “Attendez-moi ! Ne me laissez pas seul avec le monstre !”

Son affolement était tel qu’il trébucha. Et en tombant, il se cogna la tête contre l’arête d’un rocher. Le choc fut mortel.
Quelques jours plus tard, les paysans finirent par apprendre que la terrible créature n’existait que dans l’esprit facétieux de leur jeune voisin. On commenta durant plusieurs mois l’incident qui finit, avec le temps, par s’estomper des mémoires.
La vie reprit alors son cours, monotone et sans imprévu.

Une vie que le jeune paysan aurait sans doute qualifiée de maussades et ennuyeuse s’il était vivant

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Travaille comme si tu n'avais pas besoin d'argent.... Aime comme si tu n'avais jamais été blessé... Danse comme si personne ne te regardait...