Le jour où Lalmas marqua un but à Lev YachinePar Arezki Metref
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Il y est éééééééééééééé ! La clameur s’élève de la cuvette du stade d’El-Anasser ! Puissante. Tressée de fierté et de conviction. De foi même ! Et pourquoi ce ne serait pas un peu comme une nouvelle bataille de Badr, avec le renfort des anges pour signer le triomphe définitif...
Une invocation ? Une prière ? Une supplique ? Un cri de victoire, voilà tout ! … Nous avons marqué… Quoi ? Un but ! Deux… Trois… Je ne sais plus combien. Indiscutable, il est dans la cage… Ils sont dans la niche… Vous n’y pouvez rien. Les filets ont tremblé comme sous le tonnerre d’une divinité de la guerre… C’est la réalisation d’un édit surnaturel… Ce n’est peut-être pas la main de Dieu de Maradona mais le pied droit de Lalmas… Précis… Net… Et sec. Un coup de canon...
Cette clameur… Il y est éééééééééééééé …. Diffuse, elle ramasse ses bris de sons célestes, et se tient en apesanteur. Un satellite suspendu dans l’air pour les siècles des siècles… Une vieille clameur tapie dans les plis de la mémoire paradoxale. Remember.... L’indépendance est encore toute neuve, à peine extraite de son cellophane... Elle a été livrée sans mode d'emploi... Par quoi commencer ? Et comment ? Le moteur part certes, mais dans tous les sens...
An 1. Ben Bella est au pouvoir, naturellement. Comme s'il était écrit que c'était à lui, et pas à un autre, de s'auréoler des lauriers du combat d'un peuple entier... Bon tacticien, il a su, avec son coéquipier Boumediène, dribbler ses anciens compagnons... Malgré les déchirements fratricides, les coups bas du clan du groupe de Tlemcen pour accéder au pouvoir en mettant à mal le peu de légitimité du GPRA, tout était encore ramené au patriotisme. Chaque victoire, dans quelque domaine que ce soit, est une récompense du sacrifice des martyrs. Le gogo aussi a commencé petit... Le patriotisme a un strabisme divergent. Un œil est à l'est, l'autre à l'ouest...
Et le patriotisme roule aussi bien entendu sur la pelouse sous le coup de pied sacrificiel de dieux du ballon rond… Tes crampons sont ta bravoure… Tes feintes sont ton talent. Ton audace est ta lumière. Tu marques, tu es un héros ! Tu rates ? Aïe ! …
Y a pas à tortiller, c’est comme ça… Le foot... Ben Bella, ancien joueur à l’OM, sait comment marquer… Faut être un buteur avec un peuple de buteurs… Gare aux ramasseurs de balle ! Il y eut les maquisards tout court, ceux de la chanson. Ceux du foot !
Chaque but mis dans la cage adverse, de quelque pays que ce soit, est une étoile de plus accrochée à l’emblème de la grandeur nationale… Comme l’innocence est bonne ! Comme la foi est sublime. Comme tout cela est transcendant !
Le flash ? Le hasard a guidé mes pas vers Belcourt… Séquence nostalgie... Gnangnan! Ah la grande époque… Le foot régentant nos vies… Et puis, oui, Lalmas… En équipe nationale… Au CRB. Lalmas, idole, maître absolu du stade et des tribunes... Et la galerie ? C'est encore, lui, Lalmas qu'elle adule... Le temps a tout brouillé. On dit, aujourd'hui, Lalmas vieux, fatigué...
Sur un mur, pas loin du cercle, un supporteur sans doute, amateur, approximatif et chaleureux, a peint avec le cœur un Lalmas de petit format, balle au pied. Mais dans toute sa splendeur... Peut-on d’ailleurs le représenter autrement ? Balle au pied, fonçant vers les buts adverses, tête baissée comme le bélier dont il portait le sobriquet, et contrairement à ce dernier, rapide et rusé…
Un guerrier et un stratège ? Des milliers de poitrines libèrent un souffle d’exaltation…
Il y est éééééééééééééé ! El Kebch vient de prendre en défaut le meilleur gardien de but du monde ? Je crois que la main furtive et fervente a tracé une légende aussi grande que possible... La grande histoire. De qui ? De quoi ?
Celle de Lalmas ? C'est-à-dire celle du CRB, de l'équipe nationale... Celle de l'Algérie...
Nous sommes en novembre 1964. Le 4. Stade du 20-Août. En face, il y a la redoutable équipe de l'URSS, demi-finaliste de la Coupe du monde. Ibrir, l'entraîneur de l'équipe nationale, aligne un jeune joueur du CRB, qui venait de l'OM Ruisseau. Il domine littéralement le match.
Et voilà que ce jeune joueur d'à peine 20 ans prend en défaut Lev Yachine, le mythique gardien du Dynamo de Moscou et de l'équipe soviétique. Il est le seul gardien de but au monde a avoir alors décroché le ballon d'Or, qui lui est attribué en 1963.
Les 20 000 spectateurs du stade poussèrent la clameur qu'ils devaient répéter souvent lorsque Lalmas est de la partie... Il y est éééééééééééééé !
Meilleur joueur algérien de tous les temps, Lalmas reste une légende. Et cet anodin tag sur un mur de Belcourt ramène, en ces temps où le foot est perverti par le fric, à cette innocence des temps du babil... J'ai l'impression d'entendre encore la clameur. Il y est éééééééééééééé !
A. M.





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