Lula inculpé au deuxième jour du procès en destitution de Rousseff

Brésil

Rédaction internationale
le 28.08.16 | 10h00

Petrobras
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Au deuxième jour du procès en destitution de la présidente du Brésil,
Dilma Rousseff, son mentor politique, Lula, a été inculpé vendredi de
«corruption passive», selon l’AFP.
Ce procès historique devrait mettre fin
à 13 ans de gouvernance de gauche dans le géant d’Amérique latine.
La police fédérale a inculpé l’emblématique ex-président
Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) pour «corruption passive» et
«blanchiment d’argent», dans le cadre du scandale de corruption autour du
géant pétrolier Petrobras. Dénonçant une inculpation «politique», ses avocats
ont dit «ne pas accepter comme coïncidence le fait que celle-ci survienne en
plein procès de destitution de la présidente (Rousseff) élue avec le soutien de
Lula». Au Sénat, la deuxième session du procès s’est déroulée dans une ambiance électrique, avec un échange d’insultes entre sénateurs pro et anti-Dilma Rousseff.
Les sénateurs ont entendu deux des six témoins en faveur de la dirigeante de gauche l’économiste et conseiller de la présidente, Luiz Gonzaga Belluzzo, puis le professeur d’économie Geraldo Prato.
Devaient ensuite s’exprimer, vendredi ou samedi, deux
anciens ministres de Mme Rousseff Nelson Barbosa (Economie) et Luiz Costa
(Education), et des experts en droit et en économie. «Cette session est une
démonstration (du fait) que la bêtise est infinie», a déclaré le président du Sénat,
Renan Calheiros (PMDB, centre droit), dénonçant un hémicycle transformé en
«asile de fous». Il visait tout particulièrement la sénatrice Gleisi Hoffmann du Parti
des travailleurs (PT) de Mme Rousseff qui a qualifié le procès de «farce». La veille,
elle avait déjà provoqué un tollé en demandant si, compte tenu de sa «morale»,
le Sénat pouvait juger Mme Rousseff, plus de la moitié de ses membres (59%) dont
elle-même étant soupçonnés de corruption ou visés par une enquête. L’issue du
procès, attendue mardi ou mercredi, ne fait guère de doute, une nette tendance se dégageant en faveur de la destitution, qui requiert un vote des deux tiers des
sénateurs, soit 54 sur 81.
Dilma Rousseff, 68 ans, première femme élue à la tête du
Brésil, ex-membre de la guérilla, emprisonnée et torturée sous la dictature militaire
(1964-1985), n’assume déjà plus ses fonctions depuis le 12 mai, quand un vote de
plus des deux tiers des sénateurs l’avait suspendue.Son «crime de responsabilité» ?
Selon ses détracteurs, c’est d’avoir maquillé les comptes publics pour camoufler un
déficit trop important et signé des décrets engageant des dépenses imprévues
sans l’accord préalable du Parlement, pratique à laquelle ses prédécesseurs ont
tous eu recours.
«Coup d’état» institutionnel .La Présidente, qui a promis de se
battre «avec la même force» que quand elle combattait la dictature militaire, dénonce
un «coup d’Etat» institutionnel ourdi par le principal bénéficiaire de la manœuvre
Michel Temer, 75 ans, son ancien vice-président devenu son rival.
Tout aussi impopulaire qu’elle, l’homme fort du PMDB exerce déjà la Présidence par intérim et restera aux manettes jusqu’aux prochaines élections présidentielle et
législatives, fin 2018, si elle est destituée. Dilma Rousseff, qui clame son innocence
depuis des mois, se défendra en personne demain devant le Sénat. Selon les experts,
elle s’adressera plus à la nation pour défendre son gouvernement et son image que
pour convaincre les sénateurs qui se sont déjà fait leur idée. Lula l’accompagnera
pour la soutenir, même si son image a été écornée par son inculpation dans le scandale Petrobras, une affaire qui éclabousse tout autant le PT que le parti de Michel Temer et
la majeure partie de l’élite politique brésilienne. Si Mme Rousseff a appelé ses partisans
à «garder espoir», elle semble bien isolée, même dans son propre camp.